Soudaine odeur électorale à Ottawa - Jim Flaherty prononce une allocution provocatrice aux allures de discours de campagne

Jim Flaherty a donné un discours à saveur électorale, hier, devant les gens d’affaires du Cercle canadien d’Ottawa, au Château Laurier.
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Jim Flaherty a donné un discours à saveur électorale, hier, devant les gens d’affaires du Cercle canadien d’Ottawa, au Château Laurier.

Ottawa — Le public rassemblé au Château Laurier attendait un discours économique: c'est plutôt une déclaration de guerre politique que le ministre des Finances, Jim Flaherty, a lancée hier midi.

Promettant un avenir catastrophique aux Canadiens s'ils tournent le dos aux conservateurs, M. Flaherty a attaqué de plein front la «coalition de l'opposition» et mis la table pour un automne électoral.

Ceux qui espéraient que le ton change sur la colline parlementaire après la pause estivale ont obtenu hier un début de réponse: ça ne risque pas d'arriver. Le discours de Jim Flaherty a mis le feu aux poudres aux Communes et relancé les supputations sur la tenue d'un scrutin automnal qu'aucun parti ne dit vouloir.

Devant le parterre étonné des gens d'affaires du Cercle canadien d'Ottawa, M. Flaherty s'est montré vindicatif dans une allocution qui avait toutes les allures d'un discours de campagne. Il a accusé les partis d'opposition de vouloir former une coalition qui fera exploser les dépenses de l'État et augmentera les taxes et impôts.

Selon lui, le déclenchement d'une «élection inutile» mettrait pratiquement tout en péril: les «impressionnants accomplissements du Canada des dernières années», le «statut de leader mondial» du pays en matière d'économie, la croissance à long terme, la prospérité, le «rétablissement de l'économie», la «qualité de vie de nos enfants».

«Avec une coalition Ignatieff-NPD-Bloc québécois, tout serait menacé, a lancé M. Flaherty. Aucun secteur de notre économie ne sera épargné. Tous les contribuables seront touchés.» Disant vouloir «s'élever au-dessus de la politique mesquine [petty]», il a vilipendé les partis d'opposition qui critiquent les réalisations économiques du gouvernement. «Ne démolissez pas notre pays pour des gains politiques à court terme», a-t-il prévenu.

M. Flaherty a par ailleurs vanté en détail les principales initiatives économiques de son gouvernement et la bonne tenue de l'économie canadienne dans la crise qui secoue le monde depuis deux ans. Il a soutenu que le gouvernement «a agi de manière préventive», ses actions ayant permis de mieux encaisser les secousses de cette crise — se gardant bien de rappeler que son énoncé économique de 2008, qui a provoqué une crise politique nationale sans précédent, ne comportait aucune mesure pour stimuler l'économie alors que la crise était déjà palpable.

Il a aussi présenté les trois partis d'opposition comme des champions des taxes et des impôts et a affirmé que «les augmentations de taxes [de la coalition] pourraient faire perdre 400 000 emplois» au Canada.

«Les Canadiens sont fatigués de l'instabilité politique, a dit M. Flaherty. Ils sont fatigués d'avoir des élections tous les deux ans. Ils savent que nous avons besoin d'un gouvernement stable pour assurer la reprise économique et la croissance à long terme.» Et s'il a souligné que le gouvernement ne veut pas d'élections, il a prédit qu'il y en aurait tôt ou tard et que le «résultat sera un gouvernement majoritaire, dans un sens ou dans l'autre».

Étonnement

À l'image du discours, la réaction à cette sortie inattendue a été vive. Selon Thomas Mulcair, chef adjoint du NPD, «il est clair qu'en prononçant un tel discours partisan devant un auditoire qui aurait plutôt dû entendre quelque chose concernant l'économie et l'avenir du pays, M. Flaherty et les conservateurs commencent à préparer la prochaine élection».

Mais celle-ci n'est pas nécessairement imminente, estime M. Mulcair. Elle viendra plutôt après «un budget matraque au printemps où ils vont lâcher lousse Stockwell Day et d'autres pour utiliser la machette, pour couper aveuglément dans les services au public en disant "c'est ça qu'il faut faire", puis en nous mettant au défi de les battre».

«Au lieu d'arriver avec un discours [étoffé] devant un auditoire qui cherchait des réponses substantielles, le ministre a choisi de recycler des peurs d'une coalition possible [datant] de deux ans», a indiqué le libéral Dominic LeBlanc. Son collègue critique des finances, Scott Brison, a avancé que si Jim Flaherty «ne peut pas dire la vérité sur son propre programme, comment voulez-vous qu'il dise la vérité sur le programme de l'opposition?».

Chez les bloquistes, le chef Gilles Duceppe a dénoncé le «double langage des conservateurs, qui disent vouloir travailler avec l'opposition», mais qui s'en tiennent à «une attitude de provocation». Il a décrit comme des «insipidités» les propos de Jim Flaherty.

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Si la sortie de M. Flaherty a pu donner une idée des orientations politiques que suivront les conservateurs durant la prochaine campagne électorale, la période de questions a aussi permis de voir quelle sera la réplique libérale.

Michael Ignatieff a ainsi attaqué le gouvernement en dénonçant «le gaspillage» des sommets du G8 et du G20, des avions de chasse et de l'agrandissement des prisons. Il a ajouté à cette liste connue «le triplement des dépenses publicitaires, qui ont atteint la somme inouïe de 130 millions» en 2009-2010.

Le Globe and Mail d'hier révélait en effet que les dépenses du gouvernement en publicité ont bondi de 79,5 millions à 130 millions en deux ans. C'est trois fois plus qu'à l'arrivée des conservateurs au pouvoir. Près de 50 millions de ce qui a été dépensé en 2009-2010 l'a été pour vanter le plan d'action économique.

Selon M. Ignatieff, la priorité du gouvernement, c'est «prisons, avions et publicité» («prisons, planes and publicity», a-t-il asséné en anglais), alors que les priorités des Canadiens seraient «l'éducation, les soins de santé et les pensions de retraite».

Les conservateurs ont défendu l'investissement en publicité en expliquant que 24 millions ont été dépensés pour la campagne de promotion du vaccin contre la grippe H1N1. Stockwell Day a rappelé «qu'il y a huit ans [à l'époque des commandites], les libéraux avaient dépensé 110 millions» — ce qui, au fait, était dénoncé par les conservateurs...
12 commentaires
  • Jean-Philippe Baillargeon - Abonné 22 septembre 2010 00 h 39

    Je suis d'accord avec vous Mr Flaherty

    C'est pourquoi je vous demande, à vous d'arrêter ce que vous faites si bien depuis 2006...
    «Ne démolissez pas notre pays pour des gains politiques à court terme»

  • Socrate - Inscrit 22 septembre 2010 05 h 13

    ingérence

    Les voeux pieux du PLC à l'effet d'Intervenir en Éducation, en Soins de Santé et dans les Fonds de Pension ne sont que des subterfuges pour venir empiéter dans des champs de compétence provinciale tout comme sous l'ancienne clique à Jean Chrétien, et nous ne serons pas dupes. Schiste au PLC!

  • Richard Larouche - Inscrit 22 septembre 2010 06 h 00

    Pas impressioné !

    Les «impressionnants accomplissements du Canada des dernières années», dixit M. Flaherty... Lesquels? Les conservateurs ne m'impressionnent que par leur ineptie et leur propagande calquée sur celle de George W. Bush !

  • Gabriel RACLE - Inscrit 22 septembre 2010 07 h 42

    Tactique

    En agitant des possibilités d’élections automnales, le ministre des Finances Jim Flaherty brasse l’air en utilisant une tactique militaire bien connue. Tout le monde sait que les États-Unis exécutent constamment des vols, à l’aide d’avions pilotés ou de drones, au voisinage de l’Iran ou carrément au-dessus de son territoire, pour obliger les Iraniens à allumer leurs radars et ainsi, détecter leur position, leur fréquence et leur portée.
    Flaherty fait la même chose. Harper et ses sbires mettent constamment l’opposition et le parti linéal en particulier, dans une position défensive. Et dans ce cas, il oblige principalement les libéraux à dévoiler leurs positions et les points sur lesquels ils feront porter leurs efforts, en cas de déclenchement d’élections.
    Y aura-t-il des élections? Rien n’est moins sûr. Rien de tel que de faire du bruit pour ne pas avoir à faire autre chose, Chacun construit sa ligne Siegfried ou Maginot, et tout le monde reste tranquille derrière cette barrière.

  • Duchêne Denys Mehdi - Inscrit 22 septembre 2010 07 h 44

    Les marchands de peur

    Le gouvernement Harper, sous traitant des politiques économiques du gouvernement étatsunien posséderait-il des sondages internes si peu favorable dans les intentions de votes pour lancer autant d,épouvantails devant une salle d'individus qui brassent de si grosses affaires et qui en ont déjà vu d'autres en matière de chantage à caractère économique venant de politiciens à la remorque des astrologues« économistes ?