Rentrée parlementaire à Ottawa - Reprise instantanée des hostilités

Stephen Harper a planté le décor politique, version conservatrice
Photo: Stephen Harper a planté le décor politique, version conservatrice

Ottawa — L'image ne pouvait pas frapper davantage les esprits. En juillet dernier, c'est sous la pluie battante d'Ottawa que Michael Ignatieff avait donné le coup d'envoi de la grande tournée de «l'Express libéral». Près de 56 000 kilomètres et 165 discours plus tard, c'est par une radieuse journée ensoleillée qu'il est revenu hier sur la colline parlementaire. Juste à temps pour la rentrée et une reprise instantanée des hostilités.

À peine sorti de son autocar, le chef libéral a dénoncé le fait que le premier ministre Stephen Harper se soit entêté au cours des derniers mois à lancer des débats stériles qui divisent les Canadiens.

Sa première intervention à la période de questions s'est faite sur ce thème. «Les préoccupations [des Canadiens] sont les hypothèques, les soins de santé, les pensions de retraite, l'éducation de leurs enfants», a dit M. Ignatieff, avant de faire la liste des préoccupations du gouvernement: «Avions de chasse. Prisons. Et cette bataille absurde contre le recensement. Pourquoi ignore-t-il les préoccupations véritables des Canadiens?», a lancé M. Ignatieff.

La réponse du premier ministre, Stephen Harper, a permis de planter le décor politique, version conservatrice. «Je n'ai pas de difficulté à expliquer qu'en matière de crime, les priorités de ce gouvernement sont de mettre les criminels en prison, pas de les laisser en liberté. Je n'ai pas de difficulté à leur expliquer que lorsque nous envoyons nos militaires dans de dangereuses missions, nous sommes prêts à leur donner l'équipement dont ils ont besoin. Et je n'ai pas de difficulté à expliquer que lorsque nous sommes en pleine récession, ce n'est pas le temps d'augmenter les impôts de qui que ce soit», a répliqué M. Harper.

Cette première période de questions après la pause estivale n'a pas été marquée de débordements excessifs. Mais elle a comme toujours connu ses turbulences, malgré les appels au calme lancés dans les jours précédant la rentrée.

En point de presse après l'exercice, Gilles Duceppe disait ne pas avoir «vu grand changement» dans l'ambiance générale. Mais c'est à moyen terme qu'il sera possible de vérifier si le ton a vraiment changé, a-t-il dit. Favorable à une meilleure discipline en Chambre, le chef du Bloc québécois ne voit toutefois pas de raisons de réformer la période de questions, comme le suggère le député conservateur Michael Chong.

M. Chong a présenté à la Chambre en mai une motion visant à changer l'organisation et le déroulement de la période de questions. Elle sera débattue dans les prochaines semaines.

Selon le nouveau leader parlementaire de l'opposition, David McGuinty, les libéraux ont «fait des efforts [hier] pour poser des questions raisonnables et substantielles». Mais il a affirmé que les conservateurs «ne sont pas exactement accoutumés» à «répondre à des questions, ils sont plus prêts à poursuivre une petite politique».

Le chef adjoint du NPD, Thomas Mulcair, a pour sa part affirmé qu'il ne faut pas trop compter sur un changement radical de ton dans les prochaines semaines. Cela fait partie de la joute parlementaire, estime-t-il. «Dire que les gens vont arrêter du jour au lendemain de s'envoyer des vannes, ça n'aura pas lieu.»

Recensement


Comme prévu, la fin du caractère obligatoire du recensement a occupé une bonne partie de la période de questions. La semaine dernière, Le Devoir a révélé que le Canada serait exclu d'une base de données internationale pour cause de non-fiabilité de ses résultats, tandis que la Banque du Canada s'est inquiétée de ne plus disposer des données nécessaires pour évaluer la vigueur de l'économie. Le ministre de l'Industrie, Tony Clement, s'est fait rassurant, hier.

«Nous allons de manière proactive identifier les groupes susceptibles de répondre en moins grand nombre au recensement volontaire et mettre en place un plan pour entrer en contact avec ces groupes et nous assurer que leur taux de réponse s'élève à un niveau statistiquement significatif», a indiqué M. Clement. La demande du chef du NPD, Jack Layton, de tenir un débat d'urgence sur le sujet a toutefois été rejetée par le président.

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