Harper voudrait Luc Lavoie au CRTC

Luc Lavoie
Photo: Luc Lavoie

Ottawa — Le vice-président sortant du CRTC le confirme: le nom de Luc Lavoie circule beaucoup au sein de l'organisme. Plusieurs sources ont ainsi confié à Michel Arpin — dont le mandat vient de se terminer — que le gouvernement aurait offert son poste au bras droit de Pierre Karl Péladeau. Un geste qui soulève des questions éthiques, dit-il.

Vice-président en radiodiffusion depuis le 30 août 2005, Michel Arpin a quitté ses fonctions au terme de son mandat il y a 10 jours. Depuis quelques mois, il affirme avoir entendu «à de nombreuses reprises» que le gouvernement aurait offert à M. Lavoie la vice-présidence du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). Selon ces rumeurs internes, M. Lavoie aurait dit non. Car «pour lui, c'est la présidence ou rien du tout».

Le témoignage de M. Arpin au Devoir s'ajoute à des rumeurs récentes ramenant Luc Lavoie à l'avant-plan. À la mi-août, le Globe and Mail avait indiqué que son nom circulait comme remplaçant potentiel de M. Arpin, mais aussi comme possible successeur au président du CRTC, Konrad von Finckenstein.

Le mandat de ce dernier ne se termine qu'en 2012, mais le Globe affirmait que le premier ministre Harper souhaitait qu'il cède sa place immédiatement. On lui aurait offert un poste d'ambassadeur en échange. Mercredi, M. von Finckenstein a toutefois affirmé que «personne au gouvernement ne m'a approché à propos de la demande de Sun TV [la Fox News du Nord], de la nomination du vice-président ou encore de mon propre mandat».

Chose certaine, la nomination de Luc Lavoie au CRTC créerait d'importants remous. Ancien porte-parole de Brian Mulroney et de Quebecor Media, M. Lavoie est revenu dans le giron de l'entreprise de Pierre Karl Péladeau en juin dernier. Il seconde actuellement Kory Teneycke, l'ancien directeur des communications de Stephen Harper recruté par M. Péladeau pour mettre sur pied la nouvelle chaîne d'information SunTV. Celle-ci se présente comme une chaîne campée à droite, inspirée du modèle développé par Fox News.

Il a été révélé ces dernières semaines que Stephen Harper s'intéresse de près à ce dossier. Il a mangé l'an dernier à New York avec le patron de Fox News, Rupert Murdoch, repas auquel a pris part Kory Teneycke. M. Harper s'est aussi fait préparer cet été des notes de synthèse concernant la demande de licence de Quebecor pour SunTV — dont le CRTC a refusé la première mouture cet été.

S'il était nommé, Luc Lavoie devrait en théorie juger de la pertinence de ce projet de créer une chaîne dont il est l'actuel promoteur. Il serait aussi aux premières loges pour arbitrer les tensions entre son patron, Pierre Karl Péladeau, et Radio-Canada devant le CRTC.

Une situation qui laisse perplexe Michel Arpin. Mais «il y a des règles en place, dit-il. Le commissaire à l'éthique ferait enquête pour savoir si Luc Lavoie a été lié à Quebecor dans les 12 derniers mois. Comme c'est le cas, il lui serait interdit de siéger sur n'importe quel dossier concernant Quebecor. Le bureau du premier ministre et le Conseil privé sont tout à fait au courant de cette règle», estime M. Arpin.

Déçu

Michel Arpin le dit sans ambages: il aurait aimé rester en fonction. En entretien avec Le Devoir, il affirme être «déçu» face à la décision du gouvernement de ne pas considérer sa proposition de renouveler son mandat.

M. Arpin a signifié au gouvernement dès janvier 2010 son intérêt à demeurer en poste à un moment critique pour le CRTC. Le ministre du Patrimoine, James Moore, a répondu par lettre à la demande de M. Arpin pour lui dire qu'un concours serait ouvert afin de trouver un remplaçant.

Le vice-président a alors déposé sa candidature à sa propre succession, mais sans succès. «J'ai manifesté très formellement mon désir», dit-il aujourd'hui. Selon ce qu'il sait du processus en cours, six candidats ont été rencontrés par le gouvernement. Au bureau de M. Moore, on indiquait hier que «le processus se poursuit toujours». «Les nominations sont faites pour une durée déterminée, et nous remercions M. Arpin pour sa contribution au cours de son mandat», a-t-on mentionné.

Michel Arpin comprend la situation, mais il désirait néanmoins avoir la possibilité de terminer le travail entamé. «Depuis quatre ans, le CRTC a révisé l'ensemble des règles en télédiffusion et distribution. Nous arrivons maintenant à la phase de mise en place: en 2011, le conseil doit tenir des audiences pour renouveler toutes les licences pour la télévision hertzienne. Je voyais un grand intérêt, pour le conseil et pour moi-même, qu'il y ait uniformité de vue pour la mise en place de ces nouvelles règles.»

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