Sondage Angus Reid - Le recensement divise encore plus les Canadiens

Plus le temps passe, plus les Canadiens s'opposent à la décision du gouvernement Harper de mettre fin au formulaire long obligatoire du recensement, selon un nouveau sondage. Une insatisfaction qui va croissant, sauf chez les électeurs conservateurs, qui sont plus fermes que jamais dans leur appui à cette décision controversée. La satisfaction des sympathisants conservateurs pourrait d'ailleurs expliquer l'entêtement du gouvernement.

Ainsi, selon le coup de sonde de la firme Angus Reid, 50 % des Canadiens (+3 % depuis juillet) s'opposent à la décision du gouvernement Harper de remplacer le formulaire long obligatoire par un formulaire volontaire, moins fiable statistiquement, mais moins intrusif dans la vie privée des gens, selon le gouvernement. Ils sont 35 % à appuyer le gouvernement dans sa démarche.

Près de 54 % des répondants (+2 % depuis juillet) demandent au gouvernement de revenir sur sa décision et de rétablir le formulaire long obligatoire. Près de 31 % des gens souhaitent que le gouvernement garde le cap.

Selon la maison de sondage, la démission du statisticien en chef de Statistique Canada, Munir Sheikh, ainsi que l'opposition très forte de plusieurs provinces, groupes sociaux, municipalités, chefs d'entreprises et partis politiques à Ottawa ont fait grimper l'insatisfaction des Canadiens.

La politique de la division à l'oeuvre


Par contre, la base conservatrice nage à contre-courant. Ainsi, chez les électeurs conservateurs, 57 % approuvent la décision du gouvernement Harper, contre 35 % qui s'y opposent. Ils sont aussi 46 % à souhaiter que le gouvernement tienne bon malgré la tempête.

«La bataille du recensement a clairement aidé à solidifier la base des électeurs conservateurs. Depuis notre dernier sondage sur le sujet en juillet, la proportion de conservateurs qui appuie la décision du gouvernement est passée de 49 à 57 %. De plus, la proportion des conservateurs qui souhaitent que le gouvernement maintienne sa décision a bondi de sept points en un mois, pour atteindre 46 %», a affirmé le sondeur, Mario Canseco, dans la note qui accompagne le sondage.

La vaste majorité des répondants qui affirment appuyer l'un des partis d'opposition à Ottawa sont contre la décision du gouvernement. Toutefois, entre 14 et 19 % des électeurs des partis d'opposition se disent d'accord avec le gouvernement, soit un gain potentiel pour les conservateurs.

Des chiffres qui montrent que cette décision s'apparente à l'utilisation de la «politique de la division», pratiquée par le gouvernement Harper depuis son arrivée au pouvoir (voir texte dans Le Devoir du 22 mai 2010). Cette politique de la division (wedge politics) vise à utiliser un débat pour galvaniser la base militante du parti, rallier certains électeurs indécis et ébranler l'adversaire, où le sujet divise les troupes.

Le sondage a été réalisé en ligne le 12 et 13 août auprès de 1017 répondants, avec une marge d'erreur de 3,1 %, 19 fois sur 20.
5 commentaires
  • Sanzalure - Inscrit 17 août 2010 07 h 51

    Boycotter les conservateurs

    Il s'agit maintenant que le reste de la population cesse de faire affaire avec les conservateurs pour les inciter à repenser leurs positions. Le message doit être clair : «Si vous voulez aller à contre-courant, vous irez seuls !»

    Serge Grenier

  • Gabriel RACLE - Inscrit 17 août 2010 11 h 12

    Machiavélisme

    Ce n’est pas S. Harper qui a inventé la « politique de la division », qui n’est pas non plus d’origine anglophone, comme pourrait le faire croire la référence faite dans le texte à la « wedge politics ». La formule « Divide et Impera » « Diviser pour régner » est de Nicolas Machiavel (1469 – 1527).
    Mais lui-même, s’il est l’auteur de la formule, n’est pas l’auteur de la stratégie politique. Il avait étudié les tactiques du Sénat romain, qui agissait de cette façon, ce qui a contribué à la création de l’empire romain. César, en particulier, appliquait cette stratégie pour dominer la Gaule et asservir les Gaulois. Les Romains ont fait alliance avec les Éduens, et le Sénat les a déclarés « frères de la république ». Rome a profité de la rivalité qui divisait les Éduens et les Arvernes et les Séquanes pour intervenir dans les affaires de la Gaule et l'asservir plus facilement. La division des Palestiniens, favorisée par Israël, semble assurer à celui-ci une suprématie régionale. Et l’on pourrait donner d’autres exemples.
    À sa façon, Harper joue les Éduens-conservateurs contre l’opposition Arvernes-Séquanes, elle-même divisée, pour imposer ses politiques. « Divide et impera, divise et tu régneras, disait le polémiste français P.-J. Proudhon (1809-1965); divise, divise, et tu tromperas les hommes, et du éblouiras leur raison, et tu te moqueras de la justice. »
    Mais la stratégie de la division, si elle peut donner des résultats à court terme, a des effets négatifs qui se retournent contre elle à long terme. L’Empire romain a fini par disparaître, devant la poussée des éléments qui le composaient. La Yougoslavie s’est fragmentée dès que l’emprise de la main forte de Tito a disparu. L’Europe n’a connu de ses divisions, crées par différents tractés visant à ne plus avoir de bloc solide comme l’Empire austro-hongrois, que des guerres et cherche maintenant son unité avec l

  • Gabriel RACLE - Inscrit 17 août 2010 12 h 52

    Suite

    Mais la stratégie de la division, si elle peut donner des résultats à court terme, a des effets négatifs qui se retournent contre elle à long terme. L’Empire romain a fini par disparaître, devant la poussée des éléments qui le composaient. La Yougoslavie s’est fragmentée dès que l’emprise de la main forte de Tito a disparu. L’Europe n’a connu de ses divisions, crées par différents tractés visant à ne plus avoir de bloc solide comme l’Empire austro-hongrois, que des guerres et cherche maintenant son unité avec l’Union européenne, qui ressoude des morceaux séparés par des rivalités.
    On peut prévoir que, sur le plan local, la politique du Diviser pour régner de Harper finira par se retourner contre lui. À force de prêcher la discorde, la discorde se retourne contre ceux qui la prêchent. La sagesse populaire finit toujours par avoir raison.

  • Jacques Gagnon - Inscrit 17 août 2010 15 h 33

    Le recensement ne divise rien

    Ceux que vous appelez «Canadiens» n'existent pas, ce sont des «Westerners», des Ontariens, des Terre-neuviens, et autres Balkans ramassés dans un ragoût fétide appelé Canada. Ils sont déjà différents et non divisés et ce n'est pas le recensement qui est responsable de ce fait.

    La vérité, c'est qu'on s'en ficherait s'ils ne nous imposaient pas leur gouvernement qui les représente si bien et nous si peu.

  • Chryst - Inscrit 19 août 2010 17 h 33

    On s’en mordra les doigts

    Nul danger qu’on réagisse, les connaissances viennent d’un pur inconnu, donc rien de payant pour la galerie. N’empêche qu’on va regretter la tournure politique que ça risque de prendre quand on réalisera tout ce qui a été perdu.

    Michel Thibault ing. f. m. sc.