Recensement: Ottawa persiste

Selon le président du Conseil du Trésor, Stockwell Day, une partie des données demandées dans le recensement «est déjà disponible par d’autres moyens, et [ces données] sont plus récentes».
Photo: Agence France-Presse (photo) Prakash Singh Selon le président du Conseil du Trésor, Stockwell Day, une partie des données demandées dans le recensement «est déjà disponible par d’autres moyens, et [ces données] sont plus récentes».

Tout en réitérant son opposition au caractère obligatoire du recensement, le président du Conseil du Trésor, Stockwell Day, a affirmé hier qu'il existait désormais d'autres méthodes pour collecter des données et que certains pays possédaient des techniques «plus sophistiquées que de menacer leurs citoyens de sanctions criminelles.»

M. Day a confirmé que le gouvernement s'opposait à «criminaliser et rendre obligatoire la réponse au long formulaire». La semaine passée, le chef du NPD, Jack Layton, s'était prononcé contre les peines de prison en cas de non-réponse. Le gouvernement reste cependant opposé à toute forme de sanction, y compris les amendes, qu'elle soit de nature criminelle ou pénale.

Le ministre reproche au formulaire de 40 pages d'être trop exhaustif et trop intrusif. Il a en revanche affirmé ne pas vouloir s'en prendre au formulaire court, bien qu'il remette en question sa nature obligatoire. «Nous n'avons rencontré aucun groupe qui ait un problème avec les informations de base, mais une partie des données demandées est déjà disponible par d'autres moyens, et [ces données] sont plus récentes.»

Questionné sur les moyens d'acquérir ces données plus approfondies, le ministre s'est contenté de répondre que le gouvernement «pense qu'il peut obtenir ces données», qu'elles sont disponibles et mises à jour beaucoup plus régulièrement que par le biais d'un recensement quinquennal.

Le questionnaire détaillé était posté à 20 % des ménages canadiens et comportait des questions sur la situation d'emploi, les modes de transport utilisés et la vie familiale, dont l'une qui s'enquérait sur le nombre de chambres à coucher d'une résidence. Il pourrait désormais être envoyé à 33 % de la population, mais perdrait son caractère obligatoire.

Bévue stratégique

Le statisticien Michel Saulnier, président de l'Association de la recherche et de l'intelligence marketing (ARIM), s'est prononcé contre l'abandon du long formulaire obligatoire. Selon lui, il s'agit d'une bévue stratégique fondamentale qui aura de multiples conséquences. «On fait ce recensement depuis des années. À travers le temps, on voit comment la société évolue et sans ces informations, qui seront perdues à jamais, il y aura des trous noirs.»

Le statisticien affirme que la fin du long questionnaire obligatoire se traduira par des impacts économiques pour de nombreuses petites et moyennes entreprises qui n'ont pas les moyens de se payer des sondages et autres analyses. «Plusieurs PME n'ont pas les moyens d'embaucher des consultants. N'ayant pas ces informations, certaines vont peut-être faire des erreurs d'introduction de nouveaux produits, de développement ou de pénétration de nouveaux marchés.»

Le week-end dernier, la Société statistique du Canada a initié un mouvement pour obtenir des appuis externes en lançant une pétition pour convaincre le gouvernement Harper de revenir sur sa décision. De nombreux statisticiens du monde ont déjà exprimé leur solidarité.

Crime: statistiques à la hausse?

D'autre part, Stockwell Day a réaffirmé sa décision d'injecter plusieurs milliards de dollars dans la construction de nouveaux pénitenciers plus efficaces et capables, selon lui, de gérer les criminels dangereux qui se trouvent dans les rues.

Le nombre de crimes non rapportés est alarmant, a expliqué M. Day pour justifier l'investissement, qui, il l'espère, devrait aider à créer «des rues et des communautés plus sûres», et ce, bien que le taux de criminalité soit actuellement déjà en baisse.

Questionné à savoir si les statistiques qui font état de la baisse d'activités criminelles sont un mythe, le ministre a évité de répondre, soutenant que le nombre de crimes est toujours très élevé, plus élevé même que dans les années 1960.

C'est pourquoi le gouvernement va continuer de plaider en faveur de peines de prison plus sévères, a expliqué M. Day.


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Avec La Presse canadienne

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