Oka pose un geste pour atténuer les tensions entre un promoteur et les Mohawks

La municipalité d’Oka a posé un geste pour atténuer les tensions entre les Mohawks de Kanesatake et un promoteur immobilier qui veut construire sur des terres qu’ils revendiquent.
Le conseil municipal a en effet voté unanimement une motion samedi dernier qui pourrait éventuellement lui permettre de se porter acquéreur de trois terrains qui appartiennent à l’entreprise Financière Norfolk.

La motion autorise Oka à imposer une réserve sur le terrain, empêchant tout développement pour deux ans.

Le maire d’Oka, Richard Lalonde, a déclaré qu’il s’agit d’un geste significatif pour préserver la paix dans la municipalité. Un geste qui permet de gagner du temps pour trouver une solution.

M. Lalonde a indiqué dans un communiqué que la municipalité souhaite dans un premier temps négocier de gré à gré avec l’entreprise propriétaire des terrains, mais qu’ultimement, les revendications territoriales des autochtones relèvent du gouvernement fédéral.

Un pas dans la bonne direction

Pour le conseil de bande de Kanesatake, il s’agit d’une bonne nouvelle.

«Cela empêche presque les gens de Norfolk de tenter de développer ce terrain», a déclaré le chef Gordon Oke, s’empressant d’ajouter «qu’il s’agit d’un pas dans la bonne direction mais il y a d’autres étapes qui doivent être franchies. Les différents niveaux de gouvernement doivent venir à la table des négociations pour résoudre cette revendication territoriale que nous avons depuis fort longtemps.»

Car la motion de la municipalité ne fait qu’empêcher le promoteur de construire sur son terrain. Elle ne s’attaque pas au noeud du litige qui est de déterminer le propriétaire du terrain, en tenant compte des réclamations des Mohawks.

Le maire croit cependant que la motion que la municipalité vient d’adopter va faciliter les négociations pour l’avenir.

Le chef Oke opine en ce sens. «Cela ne règle pas tout mais au moins cela empêche les gens de Norfolk de causer du trouble à cet endroit, parce que c’est exactement ce qu’ils cherchent. Des problèmes forceraient le gouvernement à intervenir pour qu’il achète le terrain et dise à l’entreprise ‘voilà votre argent, maintenant, partez’», a-t-il expliqué.

Pour lui, Norfolk cherche uniquement à obtenir de l’argent.

«Ce terrain est juste à côté de celui à l’origine de la crise de 1990. Il me semble que tout le monde sait cela», a-t-il lancé.

Tout faire pour éviter 1990

Ce litige a refait surface récemment quand le propriétaire des terrains a menacé de les lotir et d’y abattre des arbres. Il avait alors affirmé que la municipalité lui avait refusé tout permis de défrichage, même s’il est propriétaire et paie dûment les taxes foncières.

Le conseil de bande de Kanesatake maintient que les terres lui appartiennent et qu’il va les protéger. Les Mohawks souhaitent que les gouvernements provincial et fédéral reprennent les négociations pour régler leurs revendications territoriales.

Le grand chef de la bande doit rencontrer dans environ deux semaines le négociateur du gouvernement fédéral, une première rencontre depuis 2006 selon M. Oke.

En 1990, Oka avait été le théâtre d’une crise au sujet d’un projet d’agrandissement d’un golf, sur un terrain situé juste en face de celui de Financière Norfolk. La Sûreté du Québec et l’armée étaient intervenues et un policier avait perdu la vie.

«Je veux une fois de plus rassurer tout le monde: personne ici n’est intéressé à revivre les événements de 1990. (...) Le geste que nous avons posé démontre clairement notre position et notre volonté d’assurer notre sécurité et notre qualité de vie tout en préservant notre quiétude», a rappelé le maire d’Oka.
1 commentaire
  • Jean Martinez - Inscrit 29 juillet 2010 09 h 50

    Beau geste

    Le maire d'Oka a fait un geste sage. Il reste à espérer que le fédéral ne se servira pas des Mohawks pour envoyer un message politique au Québec. Dans ce cas, les Québécois devront en tirer les conséquences et juger très sévèrement le régime fédéral.