Recensement: un sondage volontaire ne fonctionnera pas, selon l’ancien dirigeant de Statistique Canada

Reprenant le discours martelé par son gouvernement depuis des jours, le ministre de l’Industrie, Tony Clement, a défendu aujourd’hui la décision des conservateurs d’abandonner le formulaire détaillé obligatoire de recensement.

Mais à l’occasion de ses premiers commentaires publics depuis sa démission à la tête de l’agence qui mène le recensement, Statistique Canada, l’ancien statisticien en chef du pays, Munir Sheikh, a soutenu que le retrait du long formulaire obligatoire ne permettrait pas de recueillir la même qualité de données.

Car «dans l’ensemble, vous n’aurez pas l’information fiable que vous recherchez sur ces questions avec un sondage volontaire», a souligné l’ancien premier dirigeant de Statistique Canada, de passage en comité parlementaire ce matin.

Son prédécesseur, Ivan P. Fellegi, qui comparaissait devant le comité de l’Industrie à ses côtés, a pour sa part expliqué qu’un sondage volontaire était «intrinsèquement biaisé». S’il n’est pas obligatoire d’y répondre, certains groupes de la population, comme les autochtones ou les Canadiens à faible revenu, ne s’y attarderont probablement plus, a-t-il déploré.

Et ceux qui ont recours au recensement ne recherchent pas un portrait instantané du pays, mais plutôt à pouvoir comparer l’évolution de la situation et les changements qui se sont produits depuis la dernière étude. Ce que des sondages biaisés ne permettraient plus, a fait valoir M. Fellegi.

Le ministre Clement a plaidé que son gouvernement trouvait inapproprié d’obliger les Canadiens à dévoiler des informations privées et personnelles, sous peine d’amendes ou d’emprisonnement.

Aucun Canadien n’a cependant été emprisonné pour avoir refusé de répondre au long formulaire obligatoire de recensement, comme l’a rappelé M. Fellegi. Une information qu’a refusé de donner le ministre, lorsque questionné par les libéraux à ce sujet.

L’opposition lui a d’ailleurs demandé à plusieurs reprises pourquoi le gouvernement conservateur ne retirait pas simplement cette pénalité, plutôt que d’éliminer la totalité du long formulaire.

Néanmoins, les conservateurs estiment, a martelé sans relâche M. Clement, que leur approche — qui imposera désormais seulement quelques questions obligatoires — respecte le besoin de recueillir certaines données précieuses, tout en respectant la vie privée des Canadiens.

Menace à la vie privée?


L’opposition a toutefois accusé le ministre de dénoncer une crise fabriquée de toutes pièces, car les menaces à la vie privée ne sont pas celles évoquées par les conservateurs.

Le Commissariat à la vie privée n’a reçu que trois plaintes au sujet du processus de recensement en 10 ans. Et dans l’histoire du pays, il n’y a pas eu un seul cas d’information qui ait été rapportée en identifiant la personne concernée, a défendu M. Fellegi.

Le comité permanent de l’Industrie a été convoqué, en pleines vacances estivales, afin de se pencher exclusivement sur la décision des conservateurs de supprimer le long questionnaire obligatoire.

Le gouvernement conservateur a annoncé discrètement, fin juin, qu’il supprimerait le formulaire détaillé de recensement obligatoire — qui est envoyé à un foyer canadien sur cinq — pour le remplacer par une enquête à participation volontaire.

Mercredi dernier, M. Sheikh a démissionné de son poste de premier dirigeant de Statistique Canada, en réaction à l’élimination du questionnaire détaillé du recensement.

Tentant de défendre la décision de son gouvernement d’abolir le caractère obligatoire du formulaire détaillé, le ministre Clement avait déclaré, la semaine dernière, avoir obtenu l’accord de Statistique Canada. Or, M. Sheikh a depuis répliqué que c’était faux.

Faisant preuve d’un peu de souplesse quant à l’une des inquiétudes qui ont été soulevées depuis l’annonce du retrait du long formulaire, M. Clement a affirmé que son «gouvernement était déterminé à prendre en compte les priorités du bureau du commissaire aux langues officielles quant au développement et à l’implantation de ses politiques, programmes et services».

Le comité parlementaire poursuivra ses audiences tout au long de la journée.Outre les partis d’opposition à Ottawa, des statisticiens, chercheurs, économistes, provinces, municipalités et autres groupes, dont ceux de défense de la minorité francophone au pays, soutiennent que le nouveau mode de sondage préconisé par le gouvernement conservateur limiterait la qualité et la quantité d’informations recueillies.

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