Retrait du formulaire long du recensement - Les discussions se poursuivent

Cette décision controversée sera débattue au Parlement, alors que les critiques fusent chez des scientifiques, des universitaires, des dirigeants d'entreprises et des groupes communautaires depuis son annonce, le 26 juin. Une quinzaine de témoins, dont le rédacteur en chef du Canadian Medical Association Journal, la commissaire à la protection de la vie privée et plusieurs professeurs, présenteront leur point de vue. Munir Sheikh, qui a quitté ses fonctions en réaction au changement, expliquera en détail les raisons de sa démission.

Hier encore, un comité consultatif fédéral demandait le retour du formulaire long obligatoire. Pour éviter les atteintes à la vie privée que dénonce le ministre Tony Clement, le Conseil national de la statistique suggère un compromis: retirer les séjours en prison pour les citoyens qui n'y répondent pas. «Des questions de vie privée [...] ont été soulevées, et jusqu'à un certain point on veut dire aux gens: "C'est bien d'avoir un débat, mais il y a une urgence réelle de trouver une solution qui protège la qualité et l'intégrité du système canadien de statistiques"», a déclaré le président du Conseil, Ian McKinnon. Ce comité a pour mission de conseiller Statistique Canada.

Le recensement ailleurs

Une chronique du quotidien Globe and Mail a amené de nouveaux éléments au débat. Neil Reynolds estime que si le formulaire long obligatoire a été maintenu aussi longtemps, c'est surtout parce que c'est «un rituel», «une tradition institutionnelle» pareille à la nuit de Guy Fawkes, célébrée dans certaines provinces canadiennes en mémoire du jour où le parlement britannique n'a pas brûlé malgré un complot. L'exercice n'est pas «nécessaire», écrivait-il, et donne lieu à des erreurs de fait. En effet, au recensement de 2001, 21 000 Canadiens ont répondu adhérer à la religion «Jedi», clin d'oeil à Star Wars. On peut en douter!

Neil Reynolds se demande pourquoi le Canada devrait maintenir un questionnaire obligatoire, alors que plusieurs pays les ont retirés de l'autre côté de l'Atlantique, notamment dans les pays nordiques et en Allemagne.

«Notre système de recensement est bien plus petit qu'au Canada, a confirmé Patricia Dodge, de l'ambassade de la Finlande, à Ottawa. Il ne coûte que 20 sous par personne.» Depuis 1990, les données compilées lors du recensement finlandais sont presque entièrement recueillies grâce à des registres administratifs, comme celui de l'assurance sociale, des autorités qui perçoivent des taxes et impôts des Finlandais ou encore le registre du ministère du Travail, qui compile des données des citoyens à la recherche d'un emploi grâce aux services du gouvernement. Seules quelques questions dont les réponses ne se trouvent pas chez ces différentes agences sont adressées directement aux citoyens.

Le recensement basé sur les banques de données laisse moins de place à l'interprétation subjective des personnes sondées qu'avec un questionnaire, estime l'organisme finlandais similaire à Statistique Canada. On donne l'exemple d'une personne qui a un emploi en même temps que ses études. Cette personne se définira probablement comme un étudiant, alors qu'elle devrait être considérée comme une personne «employée».

Le dernier recensement traditionnel a eu lieu en 1970 au Danemark. La plupart des données fournies par Statistics Denmark sont tirées également des registres administratifs. Il existe trois principaux registres, un pour la population, un autre pour les entreprises et un dernier pour les bâtiments et les logements. L'informatisation offre de nouvelles possibilités: le Registre de la population (nom, adresse, parents, date de naissance et appartenance à une église) est mis à jour quotidiennement.

La Suède et la Norvège ont aussi opté pour ce type de collecte.

L'Allemagne, qui n'a pas tenu de recensement depuis 1987, en réalisera un basé sur les banques de données en 2011. Les informations recherchées auront une portée moins large que celles qui figurent au questionnaire canadien. Le revenu et le niveau d'éducation, entre autres, ne devraient pas y figurer.

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Avec La Presse canadienne



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