Crimes d'honneur - Aucun trait culturel ne peut justifier la violence

Ottawa — La ministre fédérale de la Condition féminine, Rona Ambrose, lance un message aux communautés culturelles présentes au Canada: la violente faite aux femmes prétendument au nom de «l'honneur» est inacceptable. Elle déplore la «collusion» des collectivités envers ces crimes et invite les groupes de femmes à lancer des programmes pour casser cet état d'esprit.

La ministre Ambrose s'est présentée hier dans un centre de santé punjabi de Toronto pour y dire qu'aucun trait culturel ne peut justifier la violence, encore moins le meurtre. «Nous voulons sensibiliser les gens au fait que toute forme de répression afin de protéger l'honneur de la famille est inacceptable», explique la ministre en entrevue avec Le Devoir.

«La dynamique est différente dans le cas des crimes "d'honneur"», continue la ministre en prenant bien soin d'utiliser toujours les guillemets pour parler d'honneur, afin de ne pas cautionner le concept. «Vous avez une belle-mère, une mère, un père, un frère, qui commettent des abus contre les filles et les leaders de la communauté ne les condamnent pas nécessairement. [...] Cela se distingue des autres formes de violence dans la mesure où la violence commise au nom de l'honneur implique un certain degré d'approbation ou de collusion de la famille ou de la communauté.»

La ministre reconnaît être motivée par le meurtre récent d'Aqsa Parvez, cette jeune Torontoise de 16 ans originaire du Pakistan qui a été étranglée par son père et son frère complice parce qu'elle refusait de porter le voile et voulait vivre à l'occidentale. Ils ont été condamnés le mois dernier à la prison à perpétuité, sans possibilité de libération avant 18 ans. Mais il n'y a pas que ça. «Ce sont les cas extrêmes, mais il y a aussi toutes sortes d'oppression exercée parce qu'une jeune fille veut seulement se maquiller ou fréquenter un garçon qui ne provient pas de sa communauté ou n'est pas de la même religion. Il y a toujours ce genre de conflit dans les familles, mais lorsque la violence survient, ça devient une question de société. On ne peut plus le considérer comme un enjeu privé.»

La sortie de la ministre coïncide avec la publication d'un rapport diffusé hier par le Frontier Centre for Public Policy, signé Aruna Papp. Intitulé La Violence faite aux femmes sous le couvert de la culture, le document soutient que cette violence est plus répandue dans les communautés sud-asiatiques (Inde, Pakistan, Sri Lanka, Bhoutan, Népal et Bangladesh) et que le problème va grandissant au Canada.

L'auteure, une thérapeute de Toronto spécialisée en violence conjugale, a recensé depuis 2002 12 meurtres d'honneur commis au Canada et trois autres en portant la marque. Il y a bien sûr le cas d'Aqsa Parvez, dont la mère s'était dite stupéfaite parce qu'elle croyait que son mari allait «seulement» lui casser une jambe ou un bras.

Il y a aussi le cas des trois Montréalaises d'origine afghane qui ont été retrouvées mortes, avec la première épouse de leur père, dans une voiture submergée dans le canal Rideau, près de Kingston, en 2009. Le procès du père, de la mère et du fils Shafia devrait commencer en avril. Le rapport rappelle aussi le cas d'un jeune couple assassiné en 2006 par le frère de la jeune femme de 20 ans qui désapprouvait son choix, celui d'Amandeep Singh Atwal, 17 ans, tuée par son père en 2003 parce qu'elle fréquentait un non-sikh, ou encore celui d'Amandeep Kaur Dhillion, tuée en 2009 par son beau-père après avoir menacé de quitter le fils de celui-ci.

Pour l'auteure, ce décompte de meurtres ne représente que la pointe visible de l'iceberg et ne prend pas en compte les côtes brisées et les bras cassés qui sont si fréquents. «Lorsque la famille d'Aqsa a été condamnée, j'en ai discuté avec certaines femmes que je suivais et elles m'ont dit: "À quoi pensait-il? Il aurait dû savoir. Il faut y aller pour un bras cassé." Je me suis demandé: "À quand la prochaine Aqsa"? Ces femmes protègent leurs filles contre le mode de vie occidental, mais elles ne les protègent pas contre la violence de la famille.»

Aruna Papp dit avoir écrit son rapport après s'être rendu compte que les enfants des immigrantes qu'elle traitait au début de sa carrière commençaient à venir la voir pour les mêmes problèmes. Bref, que, après deux ou trois générations en sol canadien, rien n'avait changé. Elle estime que le Canada devrait être plus critique envers les pratiques concernant les dots et les mariages arrangés, parce qu'elles contribuent à créer un environnement propice aux crimes d'honneur.

«L'idéologie du multiculturalisme fait en sorte qu'on évite de débattre, même parmi les militantes les mieux intentionnées, de l'égalité des femmes, des valeurs culturelles et des traditions, parce qu'elles auraient tendance à trahir une mentalité colonialiste ou conduire à une "racialisation" d'une communauté ethnique», écrit l'auteure.

L'auteure ne mentionne pas que, dans la très grande majorité des cas de meurtre d'honneur, les responsables ont été condamnés à la prison à perpétuité sans possibilité de libération avant 15, 16, voire 18 ans. À cela, la ministre Ambrose rétorque que plusieurs de ces hommes ont été condamnés pour meurtre non prémédité... «Certains pourraient se demander pourquoi ce n'était pas au premier degré [punis plus sévèrement encore].»
2 commentaires
  • SusanK - Inscrit 13 juillet 2010 16 h 15

    Bravo MME AMBROSE

    N'oublions pas non plus les nouveaux-convertis à l'Islam qui sont souvent les plus radicaux de tous.

    J'en connais un qui s'est converti il y a quelques années. Tout allait bien avec son épouse jusqu'au moment où il lui a demandé de porter le hidjab. Elle a refusé. Il l'a divorcée par après. En Cour, l'imam qui témoignait pour l'époux en a même parlé au juge comme excuse valable pour le divorce.

  • Marie-France Legault - Inscrit 14 juillet 2010 10 h 18

    Un crime est un crime...

    que ce soit fait par un islamiste, un boudhiste, un témoin de Jéhova, un catholique "tuer" une femme par lapidation ou immersion dans le Niagara reste un crime...
    il faut avoir l'esprit "fêlé" et bloqué par les préjugés pour justifier un tel acte de barbarie...


    Comme dirait l'autre québécois: L'adultère est-ce que ça fait tout seul? Il doit bien y avoir un partenaire, une autre personne....
    alors pourquoi SEULE la femme est la grande coupable???

    L'homme qui fait l'adultère serait considéré une victime un SAINT HOMME????