Haïti - Ottawa n'a pas versé les 400 millions promis

Six mois après le violent séisme qui a dévasté Haïti, le Canada n'a toujours pas versé sa contribution promise de 400 millions de dollars au Fonds de reconstruction d'Haïti, a appris Le Devoir. Et il n'est pas le seul. À peine 1,9 % des 5,4 milliards $US promis à court terme par la communauté internationale ont été versés jusqu'à maintenant. Devant les coffres vides, ce qui retarde la remise en état d'Haïti, l'ONU tire la sonnette d'alarme.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, estime que la communauté internationale se traîne les pieds, même si les besoins en matière de reconstruction sont immenses en Haïti. «Je suis inquiet, parce que l'aide pour ce programme n'est pas acheminée aussi rapidement que nous l'avions anticipé. Il faut aller plus vite», a soutenu Ban Ki-moon le 27 juin dernier.

Le programme en question, c'est le Fonds de reconstruction d'Haïti (FRH), mis sur pied par la communauté internationale en mars dernier lors de la conférence des donateurs, à New York. Le FRH est administré par la Banque mondiale, l'ONU, la Banque interaméricaine de développement et l'Association internationale de développement. Le FRH est coprésidé par l'ancien président américain Bill Clinton et le premier ministre haïtien, Jean-Max Bellerive.

À court terme, soit d'ici deux ans, les pays et leurs partenaires (FMI, Banque mondiale, etc.) ont promis de verser 5,4 milliards de dollars au FRH pour lancer la reconstruction d'Haïti. Les promesses sur 10 ans atteignent 11 milliards de dollars.

Le Canada, de son côté, versera une contribution totale de 375 millions $US (près de 400 millions $CAN). Ottawa a d'ailleurs promis de verser ce montant d'ici deux ans, soit dans l'enveloppe rapide des 5,4 milliards.

Pas pressé

Or, le Canada — comme les autres pays — ne semble pas pressé de remplir sa promesse. L'Agence canadienne de développement international (ACDI), qui gère le dossier, a confirmé au Devoir que le gouvernement du Canada n'a rien versé encore au FRH. Une annonce pourrait toutefois être faite sous peu, dit-on. Mais pour l'instant, rien.

«Le Canada évalue comment les montants seront versés», affirme Scott Cantin, porte-parole de l'ACDI. Ce dernier souligne que le Canada a deux ans pour remplir ses engagements. «L'ONU savait qu'on n'allait pas envoyer un chèque demain matin. Ça prend du temps pour tout mettre en place», dit-il, ajoutant que l'ONU «est très contente de la contribution canadienne». Le Canada est le 5e donateur en importance à court terme, et le 7e sur dix ans.

Même s'il n'a pas versé sa part, le Canada suit de près l'évolution du FRH, ayant participé à la dernière réunion des administrateurs, le 18 juin dernier, en Haïti.

À cette occasion, les dirigeants du FRH ont annoncé que le total des contributions versées atteignait seulement 100 millions $US, soit 1,9 % des 5,4 milliards promis à court terme. Le Brésil, les États-Unis, l'Australie et la Norvège ont commencé à verser leurs dons au FRH. Une première tranche de 30 millions a ainsi pu être accordée au gouvernement haïtien pour qu'il fournisse des services «de base» à la population. «On commence à avancer, mais on a une longue route devant nous», a soutenu le directeur du FRH, Josef Leitmann.

Six mois après le tremblement de terre qui a pratiquement rasé Port-au-Prince de la carte, les besoins de reconstruction sont immenses. Encore aujourd'hui, la Croix-Rouge fournit 2,4 millions de litres d'eau potable par jour aux habitants.

Dans les quartiers, les édifices sont encore un amas de débris et bien peu de pelles mécaniques s'activent. Les gens vivent encore dans des camps de fortune grâce à l'aide des ONG.

D'autres contributions

Malgré sa lenteur à verser l'argent pour la reconstruction, Ottawa n'a pas été chiche pour autant depuis le séisme du 12 janvier dernier. Rapidement, le Canada a versé une somme de 85 millions de dollars pour l'aide d'urgence.

De plus, Ottawa avait promis de verser 1 $ pour chaque dollar de dons faits par les Canadiens à des organismes humanitaires présents en Haïti. La grande générosité des Canadiens a fait grimper le total à 220 millions de dollars. De cette somme, une première tranche de 65 millions de dollars a déjà été versée. Le total pour l'aide humanitaire d'urgence s'élève donc à 150 millions de dollars depuis le 12 janvier. Les 400 millions promis au FRH s'ajouteront à cette somme.

Lors du plus récent G20, les pays ont convenu d'éponger la dette qu'Haïti a contractée auprès des institutions financières internationales, qui s'élève à 825 millions de dollars. Le Canada a promis de verser sa part, soit 33 millions.

Par ailleurs, le Canada continue de verser des sommes pour le développement à long terme d'Haïti à travers ses programmes réguliers de l'ACDI. Il s'agit d'environ 100 millions de dollars par année.
7 commentaires
  • Jean-Sebastien Ricard - Inscrit 9 juillet 2010 10 h 24

    Les priorités d'Harper

    Les éléments soulignés par M. Labadie dans son commentaire doivent évidemment être considérés. Il n'en demeure pas moins toutefois que lorsque l'on sait l'"efficacité" avec laquelle les Conservateurs sont capables de trouver de l'argent pour financer la répression policière au G20 (930 millions $), pour faire doubler les couts du système carcéral (alors que le taux de criminalité est en baisse constante depuis des années) ou encore, pour augmenter le budget militaire (près de 10% d'augmentation entre 2008 et 2009), l'incapacité à acheminer le 400 millions promis est un scandale!

  • ARKA777 - Inscrit 9 juillet 2010 10 h 57

    à Scott Cantin :p'tit histoire de faim

    À Scott Cantin, porte parole de l'ACDI, je lui présente la scène suivante:
    Lui et sa famille vienne de subir un ouragn; tout est détruit; il n'a plus aucun bien matériel. Il doit aussi attendre l'argent des assurances. Son meilleur chum lui dit alors qu'il va lui donner 100,000$ d'ici 2 ans. Puis Scott voit les frais médicaux de sa famille s'élever et ne peut plus payer. L'argent du chum n'est pas encore arrivé. Il demande à son chum l'argent promise. Ce dernier lui répond : "Tu savais que j'allais pas t'envoyer un chèque demain matin. Ça prend du temps pour tout mettre en place",

  • Eric Allard - Inscrit 9 juillet 2010 12 h 30

    Vive la Croix-Rouge, mais...

    Heureusement que la Croix-Rouge est sur place pour prendre en charge les besoins de base de la population en ces temps troubles (eau, logement, hygiène de base...). C'est cette présence qui a probablement évite la catastrophe après la catastrophe (épidémies mortelles...).

    Par contre, ces efforts ne font pas partie du mandat premier de la Croix-Rouge, ce qui les force à y investir une très grande partie de leurs ressources, surtout au niveau de la main-d'oeuvre.

    Cette situation (vue d'un oeil profane) laisse perplexe. Qu'arriverait-il si une autre catastrophe de la même ampleur arrivait ailleurs en Amérique du Sud. Est-ce que la Croix-Rouge aurait la capacité d'agir, ou est-ce qu'ils seraient obligés de faire le choix entre la situation actuelle en Haïti et la nouvelle catastrophe?

    Si il ne faut pas agir trop vite (et sans plan), il faut à tout prix assurer les besoins de base de la population locale et éviter la maladie et les épidémies, qui seraient dévastatrices.

    La peur que Haïti ne retombe dans l'oubli lorsque les médias auront autre chose à se mettre sous la dent semble fondée. Loin du regard des caméras, on peut craindre que la classe dirigeante ne reprenne leurs vieilles habitudes et investissent tout l'argent donné pour se rebâtir des palais et des quartiers riches, tout en laissant la population dans la misère qu'elle a toujours connue.

  • Roland Berger - Inscrit 9 juillet 2010 17 h 53

    Michaëlle Jean

    Michaëlle Jean va se retrouver dans une situation délicate. Le pays dont elle aura été la gouverneure générale ne tient pas ses promesses. Ce Harper est vraiment très brillant quand il s'agit de casser quelqu'un qui n'entre pas dans sa vision du monde tel qu'il devrait être selon son dieu.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

  • Walkyre - Inscrite 9 juillet 2010 20 h 59

    Faire la morale aux autres - c'est facile !

    Notre "Cher et Grand Guide" George W. Harper a surtout une très grande bouche. - C'est tout !