L'empathie comme signature - Portrait du nouveau gouverneur général du Canada

David Johnston<br />
Photo: Agence Reuters David Johnston

Ottawa — Un monde de différences sépare David Johnston de celle qu'il remplacera le 1er octobre prochain sur le trône de gouverneur général du Canada. Elle est née à Port-au-Prince, lui, à Sudbury. Elle n'avait que 47 ans à son installation, il en aura 69. Elle n'était que la troisième femme à occuper ce poste depuis 1867, il sera le 25e homme. La pétillante animatrice s'était fait connaître au petit écran, tandis que M. Johnston a fait sa marque dans les couloirs moins lumineux des facultés de droit. Mais les deux têtes semi-couronnées ont en partage au moins une qualité: leur entregent.

Le premier ministre Stephen Harper a officiellement fait connaître son choix pour remplacer la gouverneure générale sortante, Michaëlle Jean. Il a jeté son dévolu sur David Johnston, un professeur de droit actuellement président de l'Université de Waterloo, en Ontario. Par communiqué de presse, M. Harper a souligné que son candidat possédait «une vaste expertise juridique, une pleine compréhension du gouvernement et une conscience aiguë des fonctions et des devoirs qui seront bientôt les siens. [...] David Johnston représente ce que le Canada a de meilleur. Il personnifie l'assiduité au travail, le souci du travail bien fait, le service public et l'humilité.»

M. Johnston a été présenté très brièvement au public hier. Il est arrivé dans le foyer du Sénat pour y lire une courte déclaration bilingue devant les caméras. Il n'a répondu à aucune question. «La charge du gouverneur général est une institution importante, et nous ferons tout en notre pouvoir pour combler les attentes des Canadiens», a-t-il dit. Citant les rêves de Samuel de Champlain, il a promis de concocter d'ici octobre les objectifs de son propre règne.

À au moins un moment, on a senti la touche du bureau du premier ministre dans son allocution. «En tant que représentant de la reine du Canada, qui est la chef d'État de notre pays, je m'engage à être le loyal défenseur de notre héritage, de nos institutions et du peuple canadien, a-t-il dit. En particulier, j'ai hâte de rencontrer les braves hommes et femmes des Forces canadiennes.» On se rappellera que le premier ministre avait rappelé Michaëlle Jean à l'ordre lorsqu'elle s'était dite «chef d'État».

M. Johnston a connu une brillante carrière en droit. Né d'une famille modeste à Sault Ste. Marie, il a pu étudier à la prestigieuse Université Harvard grâce à une bourse sportive. L'aspirant joueur de hockey a finalement opté pour le cérébral. Son cheminement professionnel l'a mené dans les facultés de droit des plus grandes universités canadiennes: Queen's, Toronto, Western Ontario — où il a été doyen de la faculté — et McGill. Il a aussi été principal de McGill de 1979 à 1994.

L'empathie comme signature


Ceux qui le connaissent soulignent le talent qu'il a à entrer en contact sincère avec des gens qu'il rencontre pour la première fois. «Une fois que vous lui dites votre nom, il s'en souvient pour toujours. C'est un talent incroyable qu'il a», souligne Gretta Chambers, chancelière émérite de l'Université McGill. «Ça fait plaisir aux gens.»

Roderick Macdonald, titulaire d'une chaire en droit constitutionnel à McGill, abonde dans le même sens. «Il sait comment mettre les autres personnes à l'aise. Quand il était principal, aux réunions des anciens, il faisait le tour de chacun. Et au lieu de passer les 30 secondes habituelles à échanger des superficialités, il avait cette capacité à amener les gens à livrer de la substance.»

Une fois, raconte-t-il, une dame l'avait abordé en lui disant en préambule qu'il ne se souvenait probablement pas d'elle, mais... «Il lui a dit: "Oui, vous êtes madame X et lorsqu'on s'est parlé il y a deux ans, vous m'aviez parlé de rénovations. Comment va votre électricité?"»

Bien connu des cercles politiques

Stephen Harper avait déjà eu recours aux services de M. Johnston. C'est à lui qu'il s'était adressé pour établir les paramètres d'une éventuelle commission d'enquête sur la relation entre Brian Mulroney et Karlheinz Schreiber. À l'époque, ce choix avait été critiqué, M. Johnston ayant certains liens avec l'ancien premier ministre. À l'arrivée au pouvoir des progressistes-conservateurs en 1984, son nom avait en effet circulé comme éventuel greffier du Conseil privé.

Il était surtout connu pour sa capacité d'arbitre et ses talents de conférencier, dit-on. Il a animé les débats des chefs pendant les campagnes électorales fédérales de 1979 et 1984. C'est lors de ce dernier que Brian Mulroney avait servi son uppercut à John Turner en lui lançant: «You had the choice, sir!» (Vous aviez le choix, Monsieur!).

Fédéraliste, il s'est joint au Comité des Québécois anglophones pour l'accord de Charlottetown en 1992, accord appuyé par M. Mulroney. Il corédige avec Michel Côté le livre If Quebec Goes... The Real Cost of Separation en 1995, année référendaire.

Mais attention!, prévient M. Macdonald. Cela ne fait pas de lui un expert constitutionnel pour autant. «Son expertise est dans le domaine du droit des valeurs mobilières, le droit des corporations et le droit des affaires. Son livre de 1995 portait sur le coût économique de la séparation.»

N'empêche qu'il voit d'un très bon oeil, tout comme Mme Chambers, le fait d'avoir un avocat à ce poste en situation de gouvernement minoritaire. «On a vu dans le dernier mandat que Mme Jean a eu à faire face à la Constitution à plusieurs reprises et il a fallu qu'elle prenne conseil ailleurs parce que ce n'était pas vraiment son boulot, rappelle Mme Chambers. Mais lui, il s'y connaît, alors ce n'est pas une mauvaise chose, il me semble.»

En 2008, Michaëlle Jean avait dû décider si oui ou non elle acceptait de proroger le Parlement quelques semaines après l'élection. La rencontre entre le premier ministre et la gouverneure générale avait duré plus de deux heures. M. Harper avait dû annuler un événement partisan prévu cette matinée-là, preuve qu'il ne s'attendait pas à une audience si longue.

David Johnston aurait-il fait comme Mme Jean et accepté la requête? M. Macdonald estime qu'il aurait à tout le moins emprunté le même chemin. «Il se serait demandé que faire pour protéger l'impartialité de son rôle», croit-il. Car selon lui, David Johnston est un homme pour qui les institutions sont importantes. «Quand il prend une décision, il considère toujours le long terme. Il se demande quelle est la décision qui assurera l'avenir de l'institution, que ce soit l'université, les musées ou le Parlement.»

Le chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, a salué cette nomination et l'engagement du candidat en matière «d'apprentissage et d'innovation». Il a rappelé que le gouverneur général devait prendre ses décisions «en assurant de manière non partisane la continuité et la stabilité de la gouvernance. J'ai entièrement confiance en l'aptitude de M. Johnston à s'acquitter de ces fonctions». M. Ignatieff avait plaidé pour le prolongement du mandat de Mme Jean.

M. Johnston est marié à Sharon Johnston. Ils ont cinq filles et sept petits-enfants. La cérémonie d'installation est prévue pour le 1er octobre, quelques jours après le cinquième anniversaire d'entrée en fonction de Mme Jean.
29 commentaires
  • Socrate - Inscrit 9 juillet 2010 07 h 11

    NOUS

    Déjà le NOUS ? Intéressant...

  • michel lebel - Inscrit 9 juillet 2010 07 h 13

    Un honnête homme dans une institution qui a fait son temps.

    Daniel Johnston ne fera pas de vagues, ne se prendra pas pour un autre ou un chef d'État... Il ne s'amusera pas à nos dépensa avec un panda en Chine! Mais enfin cette nomination laissera sans doute bien des gens indifférents. L'institution de gouverneur général me semble surannée, "passée date", mais il est toujours difficile de se débarasser d'une vieille institution et de ce qu'elle représente. Vu l'absence de consensus sur le sujet, mieux vaut alors le statu quo. On pourrait cependant réduire tout le flafla qui souvent l'acompagne. Mais enfin...

  • Caroline Moreno - Inscrit 9 juillet 2010 07 h 48

    Portrait du représentant de la reine à Ottawa

    Beaucoup d'encre pour rien.

  • martin grenier - Inscrit 9 juillet 2010 08 h 39

    niais

    Faut etre niais en 2010 croire encore que la reine d'angleterre en notre chef
    grenier.martin@videotron.ca

  • Gilbert Talbot - Abonné 9 juillet 2010 09 h 03

    Le haut-parleur.

    Est-ce le futur gouverneur général ou le premier ministre qui parle par la bouche de monsieur Johnston ? Il me semble que la personne, ses idées, ses décisions s'effacent devant la volonté du Premier ministre. Il est une sorte de haut-parleur qui propulse plus au large les orientations fondamentales du gouvernement. Il est notre reine, c'est-à-dire une parure qui coûte très cher au coûts du gouvernement fédéral.