Fadden s’excuse, mais ne se rétracte pas

Le 22 juin dernier, Richard Fadden avait créé toute une commotion en soutenant que des ministres provinciaux de deux provinces étaient sous l’influence de pays étrangers.
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Le 22 juin dernier, Richard Fadden avait créé toute une commotion en soutenant que des ministres provinciaux de deux provinces étaient sous l’influence de pays étrangers.

Ottawa — Le grand patron des espions canadiens, Richard B. Fadden, s’est excusé hier d’avoir parlé publiquement de l’influence exercée par des pays étrangers sur certains politiciens canadiens. Mais il ne retire pas ses remarques, qu’il juge anodines. Le Bloc québécois et le NPD croient au contraire que l’homme devrait démissionner parce qu’il a trop parlé... mais pas assez non plus.

La Chambre des communes ne siège pas l’été, mais les députés fédéraux ont trouvé les allégations du directeur du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) d’il y a deux semaines si inquiétantes qu’ils sont revenus à Ottawa pour le faire comparaître en comité parlementaire. M. Fadden a tenté de les rassurer.

«Les cas mentionnés n’ont jamais représenté une menace immédiate pour la sécurité nationale», a déclaré M. Fadden hier. «Pour cette raison, il n’était pas nécessaire, et il ne l’est toujours pas, d’en informer le ministre avant que le SCRS n’ait achevé son analyse.» M. Fadden estime que le SCRS devrait communiquer davantage avec le public et que ses commentaires devaient être pris dans ce contexte.

Il a expliqué que deux personnes faisaient l’objet de l’enquête, commencée «il y a quelques années». La collecte d’informations est terminée, et le SCRS en terminera l’analyse d’ici «quelques semaines». Le directeur du SCRS soutient avoir consulté au début 2010 la conseillère à la sécurité nationale auprès du premier ministre, Marie-Lucie Morin, sur la façon d’avertir les provinces dont les ministres sont visés.

Le 22 juin dernier, M. Fadden avait créé toute une commotion en soutenant sur les ondes de CBC, la veille de la visite du président chinois au Canada, que des ministres provinciaux de deux provinces étaient sous l’influence de pays étrangers. Il n’a pas nommé les deux provinces ni les pays en question, bien qu’il n’ait pas nié, ni admis, que la Chine pouvait être du lot. Il a aussi dit que des fonctionnaires de Colombie-Britannique étaient sous influence, de même que des élus municipaux de cette province.

La Colombie-Britannique et l’Ontario se sont sentis visés, et cela a amené les deux premiers ministres à exiger des clarifications de M. Fadden. Ces critiques ont été reprises hier par le Bloc québécois et le NPD.

«Vous êtes bien conscient que vous avez jeté le discrédit sur plusieurs personnes de la classe politique, parce qu’en ne nommant personne, aucune province, vous visez toutes les provinces et tous les ministres. [...] Vous rendez-vous compte de l’impact fondamental sur toute la classe politique?», a demandé la bloquiste Maria Mourani.

Le directeur du SCRS estime que Mme Mourani «exagère» et qu’il n’a, au contraire, qu’évoqué une évidence. «S’il doit y avoir de l’ingérence politique, on pourrait se demander où pourra se trouver cette ingérence. Ce n’est pas auprès du type qui livre les lettres ou celui qui travaille dans le métro. C’est clairement dans la classe politique du Canada. Ça ne devrait pas être une surprise! Mais je regrette d’avoir fait des remarques dans le domaine public et ce n’est pas quelque chose que je referai à l’avenir.»

Le Bloc québécois et le NPD ont demandé la démission de M. Fadden. Celui-ci n’a pas l’intention de l’offrir. Le porte-parole du premier ministre, Dimitri Soudas, a seulement indiqué que «M. Fadden a eu l’occasion de clarifier ses commentaires. Son témoignage parle de lui-même». Le Parti libéral a semblé satisfait des clarifications apportées par le directeur du SCRS.

Autant le Bloc québécois que le NPD ont accusé Richard Fadden de trop parler, ce qui ne les a pas empêchés de lui demander d’en dire encore davantage: quelles provinces ou villes étaient sous influence, quelle était l’origine ethnique des politiciens concernés, etc.

Comment expliquer cette apparente contradiction? Selon le néodémocrate Don Davies, à partir du moment où des accusations sont lancées, mieux vaut qu’elles soient précisées, sinon, le doute plane sur tout le monde.

Après ce témoignage, un groupe de dissidents chinois ont tenu une conférence de presse pour citer des cas où le gouvernement de Beijing a tenté d’influencer les politiciens d’ici. Ils ne déplorent pas le fait que M. Fadden ait pu jeter un doute sur la loyauté des politiciens canadiens d’origine chinoise. Au contraire. «Nous croyons qu’il a rendu service au public», a déclaré Lucy Zhou, parce qu’il a ainsi mis cet enjeu à l’ordre du jour.

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