Sécurité: trop cher pour rien, selon Sarkozy

Une manifestante est libérée d’un centre de détention après avoir été interpellée par les forces de l’ordre de la Ville de Toronto. Les policiers de la Ville reine ont arrêté, ce week-end de G20, plus de 600 personnes, dans ce qui apparaît déjà comme la vague la plus importante d’arrestations de l’histoire contemporaine du Canada.<br />
Photo: Agence Reuters Mark Blinch Une manifestante est libérée d’un centre de détention après avoir été interpellée par les forces de l’ordre de la Ville de Toronto. Les policiers de la Ville reine ont arrêté, ce week-end de G20, plus de 600 personnes, dans ce qui apparaît déjà comme la vague la plus importante d’arrestations de l’histoire contemporaine du Canada.

Toronto — Quatre voitures de police incendiées, quelques dizaines de vitrines commerciales éclatées et plus de 560 arrestations: Toronto en a-t-elle eu pour son argent en matière de sécurité cette fin de semaine? Foi de Nicolas Sarkozy, la réponse est non.

Du moins le président français a-t-il affirmé samedi que la France tiendrait en 2011 des sommets du G8 (à Nice) et du G20 qui coûteront «10 fois moins cher» que ceux de Muskoka et de Toronto. Une façon de dire que la facture canadienne a été trop salée: 1,2 milliard au total, dont environ 900 millions pour la seule sécurité.

Interrogé sur la pertinence de ces dépenses pour des sommets que M. Sarkozy a lui-même qualifiés d'«informels» (G8) et de rencontre «d'étape» avant le rendez-vous de Séoul (G20), le président a esquivé la polémique. «Voilà une question bien posée qui est destinée à me rapprocher de mes amis canadiens», a-t-il répondu samedi, un sourire aux lèvres.

Hier, sur le même sujet, il a reconnu que le Canada «s'est donné beaucoup de mal» pour organiser des sommets qui ont par ailleurs «gêné» les Torontois. «J'ai bien reçu l'avertissement pour les présidences françaises» du G8 et du G20, a indiqué M. Sarkozy en conférence de presse.

Le premier ministre Harper a pour sa part défendu les dépenses onéreuses, évoquant les événements violents de samedi pour illustrer leur justification. «Nous déplorons l'action de quelques voyous, a mentionné M. Harper lors de sa conférence bilan. La réalité est que ces sommets attirent toujours ce genre de personnes. Ça explique pourquoi nous avons ces coûts de sécurité.»

Hier soir, le Groupe intégré de la sécurité du G8 et du G20 rapportait un total de 562 arrestations liées aux sommets depuis le 18 juin. La plus grande partie d'entre eux (224 personnes) ont été appréhendés dans la nuit de samedi à hier. Quelque 70 Québécois seraient du nombre.

Tempête après le calme


Pourtant, jusqu'à ce moment, un immense calme avait régné à Toronto. Désertée de ses habitants, la Ville reine était plutôt fantôme, exception faite des milliers de policiers qui quadrillaient le centre-ville, déployés autour de la clôture délimitant le périmètre de sécurité.

Mais, samedi, une marche pacifique regroupant entre 5000 et 10 000 personnes a dégénéré après que des éléments radicaux (associés au groupe Black Bloc) eurent semé la pagaille dans les rangs. Le long de la rue Queen — artère principale située à quelques pâtés de maisons des limites de la clôture de sécurité —, des vitrines ont volé en éclats, des pillages ont été enregistrés, le désordre s'est installé.

Au plus fort des affrontements, quatre voitures de police ont été incendiées par les manifestants. Les policiers ont dû utiliser gaz et poivre, de même que certaines balles de caoutchouc. Mais si la tension est montée passablement haut, la situation n'a jamais paru réellement impossible à maîtriser: les policiers ont réussi à garder les manifestants loin du périmètre de sécurité (que l'on annonçait infranchissable en soi). Les accès aux rues avoisinantes étaient bloqués, la foule forcée à une dispersion progressive.

Cette présence massive et stratégique a été maintenue toute la nuit. Pour rentrer à leur hôtel situé au coeur du périmètre samedi soir, les journalistes du Devoir ont d'ailleurs dû zigzaguer entre une douzaine de barrages policiers.

Après le coucher du soleil, les forces de l'ordre sont entrées en mode «tolérance zéro»: les arrestations ont été massives durant la nuit. Hier, les manifestations planifiées ont été rapidement encadrées ou déroutées. Le zèle des policiers a toutefois été dénoncé par certains manifestants, des arrestations ayant été jugées inutiles ou trop musclées.

Loin de Québec


Au final, les manifestations de Toronto n'auront pas atteint l'ampleur — ni en nombre, ni en dégâts — de celles du Sommet des Amériques de Québec, en 2001. Aucun comparatif possible non plus avec la rencontre de l'OMC à Seattle, en 1999. Même la victoire du Canadien contre les Bruins de Boston lors des séries éliminatoires en 2008 a causé des débordements plus massifs.

En conséquence, plusieurs en concluaient hier que les 900 millions dépensés en sécurité étaient abusifs et inutiles. D'autres estimaient au contraire que c'est justement la forte présence policière qui a découragé ou empêché les manifestants d'en faire plus...

Chose certaine, le chef de la police de Toronto, Bill Blair, n'a pas apprécié. «Nous n'avons jamais vu un tel niveau de délinquance gratuite, de vandalisme et de destruction dans nos rues», a-t-il indiqué samedi soir, sa casquette de commandant bien enfoncée sur les yeux.

Le maire de Toronto, David Miller, s'est lui aussi questionné sur les intentions des manifestants qui ont causé les dégâts. Mais il a rejeté toute critique dirigée contre les policiers torontois, estimant qu'ils avaient fait un travail parfait dans les circonstances. Il fallait d'abord protéger le périmètre de sécurité, a-t-il dit, et c'est ce qu'ils ont fait.

M. Miller a par ailleurs dénoncé la décision du premier ministre ontarien, Dalton McGuinty, d'autoriser un règlement permettant aux policiers d'interpeller quiconque s'approchait à cinq mètres du périmètre de sécurité et refusait de décliner son identité. M. Miller a indiqué qu'il aurait aimé que M. McGuinty «suive les règles» et publie ce règlement dans la gazette officielle plutôt que sur un site Internet.
24 commentaires
  • André Loiseau - Inscrit 28 juin 2010 06 h 13

    La loi, l'ordre et nos sous

    Il fallait faire un petit effort pour arrêter le plus possible de manifestants
    afin de sauver la face de M. Harper, l'homme qui fait la leçon des restrictions monétaires aux autres mais qui jette nos sous par la fenêtre afin mieux vernir sa réputation amochée au Canada et à travers le monde. Attendons l'analyse des événements par le ROC pour en savoir plus...

  • Maxime Gagné - Inscrit 28 juin 2010 07 h 52

    Arrestations arbitraires

    Qu'en est-il de cette arrestation massive sur le campus d'une université à Toronto? Selon les informations que j'ai recueillies, ce fut très arbitraire, sans mandat, sur la base de simples soupçons, ils auraient arrêté 70 personnes.

  • Roland Berger - Inscrit 28 juin 2010 07 h 55

    Les sophismes de Harper

    Les sommets G-8 et G-20 ont été pour Harper l'occasion de servir un nouveau sophisme : la présence de voyous dans les rues de Toronto prouve qu'il avait raison de dépenser 900 millions pour la sécurité. Ce cerveau ne cesse d'étonner par ses fourberies.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

  • François Dugal - Inscrit 28 juin 2010 10 h 30

    Les méchants

    Les courageux policiers ont justement arrêté «la racaille», des voyous qui n'ont aucun respect pour l'autorité.
    À quand les camps de ré-éducation dans le grand-nord canadien pour ces irresponsables.

  • Walkyre - Inscrite 28 juin 2010 10 h 38

    930 millions pour .... un désastre

    C'est rar, que je suis d'accord avec Sarko, mais quand il a raison, il a raison. Le sommet était un désastre - surtout en point de vue sécurité. La seule chose, qui me console, c'est , de savoir que les médias étrangères s'intéressent de plus en plus au Canada maintenant.

    Après que j'ai pu entendre ce matin à la radio, les arrestations à l'université étaient bien planifiées, les responsables savaient qu'il s'y trouvaient presque que des Québecois. Donc, notre "Cher et Grand
    Guide" George W. Harper et ses bourreaux savent exactement de quel côté le vent de la résistance souffle le plus fort.