Attentat contre le vol 182 d'Air India en 1985 - Faillite lamentable de la GRC et du SCRS

L’ex-juge de la Cour suprême John Major a rendu public hier son rapport de 3000 pages après quatre années d’enquête.
Photo: Agence Reuters L’ex-juge de la Cour suprême John Major a rendu public hier son rapport de 3000 pages après quatre années d’enquête.

Les faillites institutionnelles de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) sont exposées au grand jour dans le rapport d'enquête sur l'explosion d'un avion d'Air India, en 1985. La tragédie était prévisible.

Après quatre années d'enquête, l'ex-juge de la Cour suprême John Major a rendu public hier un rapport de 3000 pages sur l'attentat terroriste qui a coûté la vie à 329 personnes. La «plus grande tuerie dans l'histoire du Canada» est survenue en raison d'un «manque de surveillance généralisé» et de guerres de pouvoir entre la GRC et le SCRS qui durent encore à ce jour, a déploré M. Major.

Le 23 juin 1985, une bombe placée dans la soute à bagages pulvérisait le vol 182 d'Air India, qui s'est abîmé dans l'Atlantique Nord, au large des côtes de l'Irlande. Le quart des victimes n'avaient pas encore 13 ans. Le potentiel perdu, les rêves brisés et la disparition d'êtres exceptionnels ont été soulignés en long et en large lors des audiences.

Le rapport final comprend plusieurs constats «étonnants et troublants». «Une série d'erreurs en cascade a contribué à l'échec de nos forces de police et de sécurité, qui n'ont pas su prévenir cette atrocité», a constaté M. Major.

Les autorités canadiennes n'étaient pas prêtes à faire face à un attentat terroriste d'une telle ampleur. Même si la menace de sabotage était bien connue, les organismes responsables de la sécurité et de l'application de la loi concentraient encore leurs efforts sur les détournements d'avion. Les communications entre les différentes agences étaient «souvent déficientes ou inexistantes», déplore M. Major. Le terrorisme sikh n'était pas sur le radar des forces de l'ordre.

Le Service canadien du renseignement de sécurité et la Gendarmerie royale du Canada disposaient quand même d'une grande quantité d'informations qui auraient justifié un resserrement des règles de sécurité et une vigilance accrue.

Les deux organismes ont été incapables de collaborer avant et après l'attentat. «Ils se sont plutôt livrés à des rivalités de territoire, ont omis d'échanger des renseignements et ont adopté une approche peu judicieuse envers les sources [d'information]», a résumé John Major.

Vingt-cinq ans après les faits, un seul individu, Inderit Singh Reyat, a été reconnu coupable d'homicides involontaires pour sa participation au complot terroriste. Le cerveau présumé, Talwinder Singh Parmar, a été relâché faute de preuves (il a été tué par la police, en 1992, en Inde). Enfin, Ripudaman Singh Malik et Ajaib Singh Bagri ont été acquittés de meurtres et de complot en 2005.

Des trois principaux témoins, un a été assassiné avant le début du procès, un a feint de perdre la mémoire parce qu'il était terrifié à l'idée de témoigner et un a dû être admis au programme de protection des témoins deux ans trop tôt parce que la GRC avait révélé son identité par mégarde.

La GRC n'est peut-être pas bien placée pour traiter des poursuites antiterroristes, fait remarquer la commission.

Toujours des risques

La commission d'enquête sur l'explosion du vol 182 de l'Air India conclut par ailleurs que les erreurs et l'incompétence des autorités ont duré bien au-delà de l'attentat de 1985.

Les gouvernements qui se sont succédé à Ottawa ont toujours parlé d'une même voix jusqu'à ce jour, ce qui a compliqué le travail de la commission pour découvrir la vérité.

Le gouvernement fédéral a prétendu que les failles avaient été reconnues, analysées et corrigées. «Cette commission rejette cette position. On n'a toujours pas reconnu ce qui a mal fonctionné, pourquoi, ni les mesures qu'il faudrait prendre aujourd'hui», estime John Major.

L'ampleur des erreurs, de l'incompétence et de l'inattention qui ont précédé le vol n'a eu d'égal que le triste comportement des gouvernements et des institutions dans la foulée de l'attentat, estime John Major. La commission dénonce en particulier le peu de soutien et de réconfort apporté aux familles, principalement d'origine indienne, et elle suggère de les indemniser.

De nombreuses recommandations visent à améliorer la gestion de la relation entre le renseignement secret et les preuves nécessaires pour intenter des poursuites criminelles. Les principales recommandations sont:

- de revoir de fond en comble la surveillance de la sécurité dans l'aviation civile;

- d'accroître le rôle du conseiller à la sécurité nationale du premier ministre, entre autres en lui octroyant le pouvoir d'arbitrer les conflits entre le SCRS et la GRC;

- de créer un poste de directeur des poursuites antiterroristes, sous l'égide du Procureur général du Canada;

- de moderniser la politique de collecte et de conservation des renseignements au SCRS;

- de créer un poste de coordonnateur de la protection des témoins pour la sécurité nationale, pour s'occuper de la protection des témoins dans les affaires de terrorisme.

Accueil favorable

Le premier ministre Stephen Harper a accueilli favorablement ce rapport, y compris la recommandation d'indemniser les victimes. C'est le gouvernement Harper qui a ordonné la tenue d'une enquête, en 2006. Selon le premier ministre, le rapport apportera du réconfort à ceux qui souffrent toujours de la perte d'un proche et il permettra de mettre en place des mesures pour empêcher la répétition d'une telle tragédie.

Le chef libéral, Michael Ignatieff, a jugé les recommandations «appropriées», entre autres pour ce qui est de l'indemnisation des victimes. «En affirmant catégoriquement que ces familles ont, durant l'enquête, été traitées comme des adversaires plutôt que comme des familles endeuillées et en recommandant qu'elles soient dûment indemnisées, ce rapport a permis d'éclaircir bien des points et d'entrevoir les réparations à accorder», estime-t-il.

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Avec La Presse canadienne
2 commentaires
  • jacques noel - Inscrit 18 juin 2010 07 h 39

    82 fois le FLQ

    En 10 ans de terrorisme, le FLQ a fait 4 victimes: le gardien O'Neil, Thérèse Morin, Mme St-Germain et Pierre Laporte. Des accidents la plupart du temps. On est loin de l'IRA qui en a fait 3000 dans un pays 5 fois moins peuplé!

    Toujours est-il qu'on apprenait hier que l'incompétence des services secrets canadiens aurait mené à la mort de 329 personnes (dont 9 Québécois), victimes du terrorisme sikh en territoire canadien, 82 fois le FLQ.

    Ca n'a pas empêché le gouvernement Charest de ne pas financer le Moulin à paroles sous prétexte qu'on allait lire le manifeste du FLQ! Pendant ce temps, Stephen Harper visitait le grand temple sacré à AMRITSAR, les mains jointes, le mouchoir sur la tête.

    http://www.cbc.ca/politics/story/2009/11/18/vp-mil

  • Walkyre - Inscrite 18 juin 2010 12 h 41

    LA GRC et sa réputation ...

    @ jacques noel

    Ahhh, encore une fois notre "responsable national" ..... !

    S.V.P. nommez-moi seulement UNE chose, dont le responsable n"est PAS Jean Charest. Seulement UNE...!

    Retour à l'article !

    Il fut un temps que la GRC avait une réputation sans égal et cela presque mondialement. Quand on était petit, même en Europe, qui ne connaissait pas les "Mounties" ? Depuis un certain temps, cette réputation n'est pas seulement entachée mais plutôt finie ! Et là, je veux donner que quelques exemples :

    - Wiebo Ludwig à Hythe en Alberta, qui se bat depuis un certain
    temps déjà, contre une Compagnie de gaz naturel. Dans ce cas-ici,
    on voulait faire croire à la population, que c'est une histoire de Secte
    et qu'il a tué un homme ..... ça sent la mouffette. Et de quel côté
    est la GRC ? Vraiment pas belle, cette histoire.,

    - Robert Dziekanski, ce Polonais qui fut tuer par la GRC à l'aéroport
    de Vancouver,

    - différents d'autes cas d'abus de Taser par la GRC (à lire sur la liste
    des plaintes contre la GRC),

    - le rôle de la GRC et les Services Sécrets dans les cas de Maher Arar,
    Omar Khadr et autres,

    - cette histoire farfelue qui parle de l'écoute et qui me rappele
    étrangement à des comportements des membres de l'ancien "Bloc
    Communiste",

    - et là. je pense, que je m'arrête, pour ne pas avoir de problèmes.

    Pas beau, pas beau du tout !

    Si ça continue de même, il faut vraiment penser à un autre déménagement.