Ottawa veut recruter dans le monde virtuel

On aurait pu croire que la Gendarmerie royale du Canada avait déjà fait du recrutement sur Second Life, mais le corps policier avait été en fait victime d’une usurpation d’identité par des imposteurs.
Photo: Archives Le Devoir On aurait pu croire que la Gendarmerie royale du Canada avait déjà fait du recrutement sur Second Life, mais le corps policier avait été en fait victime d’une usurpation d’identité par des imposteurs.

La Commission de la fonction publique du Canada va consacrer 50 000 $ pour mettre en place en septembre prochain un programme expérimental de recrutement dans le monde virtuel en trois dimensions Second Life. La mesure vise à se rapprocher de candidats en prise directe avec les univers numériques de communication. Elle fait sourire toutefois les spécialistes en nouvelles technologies qui estiment que Second Life ne fait plus partie de l'avenir, depuis plusieurs années.

«C'est une décision étonnante», dit le consultant spécialiste des réseaux sociaux Marc Snyder de la firme Octane Stratégies. «La semaine dernière, Linden Lab [entreprise qui gère ce monde] a mis à pied un tiers de son personnel. Investir ses lieux sur le déclin pour du recrutement est donc très drôle.»

Lancé en 2004, Second Life a fait sensation à cette époque en offrant de vivre une vie virtuelle par l'entremise d'une représentation numérique de sa personne appelée avatar. Dans ses belles années, plus d'un million de personnes y avaient une existence. Aujourd'hui, ils seraient environ 500 000 à faire vivre ce monde dont la survie est désormais aléatoire. «Je conseille différents groupes, associations, organismes gouvernementaux, entreprises, en matière de réseaux sociaux et de communications numériques, poursuit M. Snyder. En trois ans, je n'ai jamais conseillé d'aller dans Second Life.»

La Commission dit vouloir s'inscrire dans cet univers afin d'y mettre en place une foire de l'emploi pour informer les internautes des possibilités d'emploi offertes dans la fonction publique. «C'est un projet pilote, a indiqué hier au Devoir Annie Trépannier, porte-parole de l'organisme. Cela devrait nous permettre d'entrer en relation avec les 30-40 ans [largement représentés dans ce monde]».

Pour arriver à ses fins, la Commission prévoit construire un bureau virtuel dans lequel une trentaine de fonctionnaires virtuels vont accueillir les aspirants fonctionnaires.

Dans les dernières années, des millions de citoyens numériques vivant dans Second Life ont déserté l'endroit. Même chose pour des centaines de grandes marques qui y avaient pourtant installé des commerces virtuels pour faire la promotion de leurs produits. Désormais, c'est par l'entremise de jeux en ligne que certaines grandes entreprises partent à la recherche de nouveaux employés, comme l'a démontré le géant L'Oréal au début de cette année, avec son projet Reveal qui s'inspire, certes, de Second Life, mais n'occupe pas ce territoire que plusieurs mauvaises langues n'hésitent plus à présenter comme un futur terrain vague virtuel.

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