Leur corps, leur choix - Manifestation en noir contre «les menaces antichoix»

Chaque année, environ 20 millions de femmes dans le monde recourent à l’avortement «dans des conditions dangereuses», selon les organisateurs de la manifestation.
Photo: Martine Eloy Chaque année, environ 20 millions de femmes dans le monde recourent à l’avortement «dans des conditions dangereuses», selon les organisateurs de la manifestation.

C'est à l'ombre de la statue de John A. Macdonald, le premier premier ministre du Canada, avec en toile de fond la cathédrale catholique Marie-Reine-du-Monde, qu'environ trois cents personnes ont participé hier après-midi, à Montréal, à une manifestation pour dénoncer «les menaces conservatrices antichoix du gouvernement Harper», selon la formulation des organisateurs.

Les discours du square Dorchester, sur le thème «Nos corps, nos choix», ont attaqué la recrudescence du mouvement pro-vie au pays, par exemple avec les récents commentaires du cardinal Marc Ouellet de Québec. Ils ont particulièrement dénoncé le refus du gouvernement de financer les services d'avortement dans un plan international du G8 en faveur de la santé maternelle.

«Stephen Harper répète ad nauseam qu'il ne veut pas rouvrir le débat sur l'avortement au Canada, mais ça ne l'empêche pas de s'entourer de députés et de personnes qui ne veulent que ça», a dit Nathalie Parent, présidente de la Fédération du Québec pour le planning des naissances, coorganisatrice de la manifestation avec la Fédération des femmes du Québec (FFQ). «Le mouvement antichoix, très près de la droite religieuse et fondamentaliste, est très proche du pouvoir à Ottawa.»

Mme Parent a rappelé que, chaque année, environ 20 millions de femmes dans le monde recourent à l'avortement «dans des conditions dangereuses». Huit millions d'entre elles subiraient des séquelles et autour de 70 000 en meurent selon les estimations.

En leur mémoire, les organisatrices avaient invité les participantes à se vêtir de noir et à apporter un cintre, triste symbole des avortements clandestins. Après les allocutions, les manifestantes se sont couchées au sol, ont posé le ceintre sur leur ventre et ont observé trois minutes de silence, près de la statue et de l'église.

La présidente de la FFQ a généralisé le problème en affirmant que le gouvernement Harper tente d'éroder «la capacité démocratique» au pays. Elle a rappelé qu'Ottawa retire maintenant son appui financier aux groupes de défense des droits des femmes, et particulièrement à ceux qui critiquent la position gouvernementale sur l'avortement. Le fédéral a coupé les vivres à au moins une douzaine de groupes au cours des dernières semaines.

«Il n'y a plus de place dans les programmes de financement fédéraux pour nous et pour des dizaines d'autres groupes qui défendent des droits», explique en entrevue au Devoir la présidente de la FFQ, Alexa Conradi. Sa Fédération craint de perdre en 2011 quelque 225 000 $ de subvention du fédéral sur un budget annuel d'environ 600 000 $.

«C'est même risqué de participer à une manifestation comme celle-ci, a poursuivi Mme Conradi. Les subventions ne sont ou ne seront plus versées qu'aux groupes qui viennent en aide directe aux femmes. C'est finalement une stratégie pour déconstruire la capacité d'une société démocratique d'entendre de multiples voix, y compris discordantes. Pour nous, c'est une attaque directe aux droits des femmes, mais aussi une attaque directe de la démocratie.»
1 commentaire
  • Maurice Gauvreau - Inscrit 14 juin 2010 12 h 43

    Pro-choix

    Bravo. C'est trois cents personnes de plus qui vont lutter pour que le "choix" en soit vraiment un et que tous les moyens soient mis en oeuvre pour que les deux choix puissent être efficacement disponibles en toutes circonstances.