Sommets G8-G20 - Le «pavillon marketing» réservé aux journalistes

Ottawa — Le gouvernement a reconnu hier que les seules personnes qui auront accès au lac artificiel et au «pavillon marketing» construits à Toronto sont les 3000 journalistes appelés à couvrir les sommets du G8 et du G20.

Le gouvernement a continué d'essuyer les critiques et les railleries hier à cause des 2 millions de dollars qu'il dépensera pour reproduire le décor champêtre de Huntsville dans un centre de conférence de la Ville reine. Les conservateurs répètent qu'il s'agit de créer une vitrine touristique pour mettre en valeur ce que le Canada a de mieux à offrir.

Seul hic, toutefois: le pavillon Expérience Canada, occupant une superficie de 22 000 pieds carrés, ne sera accessible qu'à ceux détenant une accréditation pour l'événement. Appelé à clarifier qui aurait accès au pavillon, le directeur des communications du premier ministre, Dimitri Soudas, a répondu: «plus de 3000 journalistes».

À la Chambre des communes, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a demandé ce que le gouvernement conservateur pensait réaliser avec son pavillon. «Pense-t-il vraiment qu'il attirera les touristes avec un lac artificiel, des décors en carton et des orignaux empaillés? Ne craint-il pas plutôt que les journalistes étrangers n'y voient qu'un vulgaire piège à ours?» Stephen Harper a répondu que le sommet du G20 «amènera des milliers d'invités influents de différents coins du monde». «Je sais très bien que le Bloc ne veut pas promouvoir le Canada», a-t-il conclu.

Kouchner étonné


Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qualifie aussi la facture des sommets du G8 et du G20, qui comprend l'aménagement du «pavillon marketing» et d'un faux lac, de salée.

«C'est trop», s'est exclamé M. Kouchner en marge de la Conférence de Montréal, où il a fait une apparition éclair. «On dépense beaucoup d'argent dans ces trucs-là [sommets]. Enfin, des milliards de dollars, c'est trop.»

D'ailleurs, le chef de la diplomatie française estime que le G8 est appelé à disparaître. «[Il s'agit] d'une rencontre, vous savez, on déballe du papier, etc., et on s'en va», a-t-il affirmé.

Le G8, qui exclut notamment la Chine et l'Inde est d'une autre époque, selon lui. «Il faut d'abord constater que G7, G8, c'était quand même assez grotesque. Je me souviens très bien de M. Giscard d'Estaing [près] d'une piscine des Caraïbes. [Le but] était de se parler, de se rencontrer librement. C'était sympathique.» La création du G20, à l'aube de l'année 2000, a été un pas dans la bonne direction, selon lui. «C'est mieux. Mais, ce n'est pas suffisant», a-t-il dit, fondant ses espoirs dans une Organisation des Nations unies renouvelée comme principal forum international.

«Mais il existe, ce lac?» a-t-il demandé.