Sommets du G8 et du G20 - Faux lac et écran géant simuleront Huntsville à Toronto

Ottawa — Si vous n'allez pas à Huntsville, Huntsville ira à vous. À l'occasion des sommets du G8 et du G20, le gouvernement conservateur fera construire dans le centre des congrès de Toronto un lac artificiel et un écran géant sur lequel seront projetées des images champêtres pour simuler les paysages bucoliques de la région de Muskoka. Les journalistes, qui ne pourront pas aller sur les lieux des rencontres entre chefs d'État, pourront faire semblant d'y être. Le tout au coût de 1,9 million de dollars.

Le gouvernement a essuyé un barrage de questions hier à la Chambre des communes à propos de ce lac artificiel. Un journaliste de la chaîne Sun a révélé sa construction ce week-end. Il y aura un quai, des canots, et la projection sera aussi sonore. Le tout fait partie d'un ensemble plus grand appelé par le ministère des Affaires étrangères le «corridor canadien» destiné à «fournir aux médias des histoires passionnantes, des images et des idées qui pourraient former la base de reportages écrits ou télévisuels». Après les sommets de trois jours, le lac sera vidé et démonté.

Au départ, les journalistes devaient être basés à Huntsville, où un coûteux centre des médias a été construit. La région de Muskoka est réputée pour ses beaux chalets en bordure de lac. Toutefois, l'événement prenant de l'ampleur, Ottawa a décidé que les journalistes seraient plutôt confinés à Toronto. Un nombre restreint seront transportés par navette soir et matin pour assister aux poignées de main et conférences de presse. Adieu les belles images canadiennes qui devaient faire le tour du monde.

Pour satisfaire les journalistes

Le ministre d'État aux Affaires étrangères, Peter Kent, a expliqué que cette construction avait pour but de satisfaire les médias. «Ce sera bénéfique pour les journalistes internationaux, qui sont moins cyniques que les [journalistes] canadiens.» M. Kent est lui-même un ancien journaliste de Toronto. Lorsqu'on lui a demandé s'il aurait accepté de faire semblant d'être ailleurs en posant devant un écran, il a répondu qu'il avait vécu quelque chose de similaire à Venise. Il a toutefois reconnu «qu'il n'y avait pas de fausses gondoles à Venise».

Les trois partis d'opposition se sont déchaînés à propos de ce lac. «Le Canada ayant affiché le déficit le plus important de son histoire, y a-t-il quelqu'un, n'importe qui, au gouvernement qui a fait valoir que dépenser 2 millions de dollars pour un lac artificiel de 72 heures lors d'une rencontre ayant pour thème la frugalité fiscale était une mauvaise idée?», a demandé le libéral Mark Holland.

Le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a indiqué qu'il en allait de la fierté nationale. «Il est normal que le pays hôte d'une rencontre internationale utilise celle-ci telle une vitrine pour mettre en valeur ce que le pays a de mieux à offrir et c'est exactement ce que nous faisons.»

Le chef du NPD, Jack Layton, s'étonne que «le gouvernement doive créer un lac artificiel quand le Canada compte plus de lacs que n'importe quel autre pays au monde». Gilles Duceppe, au Bloc québécois, a qualifié ce lac de «patronage déguisé».

Les partis d'opposition critiquent aussi Ottawa à cause du contenu de ces sommets. Une ébauche des communiqués de presse a fait l'objet d'une fuite ce week-end. À propos de l'initiative en santé maternelle, le projet-signature de la présidence de Stephen Harper, on y parle de l'importance du «planning familial volontaire». L'avortement n'est mentionné nulle part. Sur l'environnement, il est mentionné que la lutte contre les changements climatiques ne doit pas nuire aux économies nationales.