Le Canada se hisse parmi les puissances militaires

Le Canada investira pas moins de 35 milliards de dollars dans les 30 prochaines années pour la construction d’une multitude de bateaux, autant dans le domaine civil (garde côtière) que militaire (marine).
Photo: Défense Nationale Le Canada investira pas moins de 35 milliards de dollars dans les 30 prochaines années pour la construction d’une multitude de bateaux, autant dans le domaine civil (garde côtière) que militaire (marine).

Ottawa — La hausse rapide du budget du ministère de la Défense vient de faire entrer le Canada parmi les quinze puissances militaires de la planète. Il occupe maintenant le 13e rang. Entre 2000 et 2009, Ottawa a fait bondir ses dépenses dans ce domaine de 49 %, soit l'une des croissances les plus rapides parmi les grands pays militaires, selon un nouveau rapport de l'Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (SIPRI).

Le gouvernement Harper a d'ailleurs continué hier de structurer l'industrie de la défense canadienne en annonçant sa stratégie en matière de construction navale. Pas moins de 35 milliards de dollars seront investis dans les 30 prochaines années pour la construction d'une multitude de bateaux, autant dans le domaine civil (garde côtière) que militaire (marine).

Le gouvernement canadien se donne deux ans pour dénicher deux grands chantiers navales et plusieurs plus petits pour remplir les nombreuses commandes à venir. L'un des grands chantiers construira les 23 à 26 navires militaires que la marine canadienne recevra (15 frégates et contre-torpilleurs, 6 à 8 navires de patrouilles extracôtiers et 2 ou 3 navires de soutien interarmées), pour un total qui avoisine les 29 milliards de dollars en acquisition sur une période de 30 ans. À eux seuls, les 15 frégates et contre-torpilleurs coûteraient près de 23 milliards de dollars, selon les informations obtenues par Le Devoir.

Dans le cas des bateaux de la garde côtière, les brise-glaces et les navires scientifiques seront construits par un autre grand chantier (entre 3 et 5 navires en tout), alors que les plus petites embarcations, au nombre de 116, seront entre les mains de chantiers plus modestes. La facture pour la partie civile devrait atteindre six milliards de dollars. Toutes les entreprises navales seront choisies par appels d'offres.

Le ministre responsable de l'Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec, Denis Lebel, estime qu'il s'agit d'une stratégie «historique» puisque cette stratégie à long terme permettra à l'industrie de se structurer pour obtenir des contrats. «On s'attend à ce que les chantiers investissent dans les infrastructures, car les travaux seront prévisibles pendant 30 ans», a-t-il dit hier lors de l'annonce qui s'est déroulée à Ottawa, au dernier jour de la grande foire militaire Cansec.

Le gouvernement estime que cinq grands chantiers maritimes d'importance au pays se feront la lutte pour l'une des deux places disponibles (le volet militaire et le volet civil). Au Québec, le seul qui répond aux critères est Chantiers Davie, à Lévis. L'entreprise s'est toutefois récemment placée sous la protection des tribunaux pour tenter une restructuration.

Un malaise

Cette nouvelle stratégie maritime, qui contient un important volet militaire, vient garnir le budget du ministère de la Défense, qui voit ses flottes de bateaux, d'avions, de chars et autres équipements être renouvelés ou bonifiés rapidement. Depuis que le gouvernement Harper a pris le pouvoir, en 2006, les annonces d'acquisitions militaires totalisent 38 milliards de dollars.

«Notre gouvernement s'est engagé à fournir à l'armée les outils dont elle a besoin pour faire son travail. C'est un engagement qui doit s'accompagner de l'argent nécessaire», a dit hier le ministre de Défense, Peter MacKay.

Une facture qui commence toutefois à créer un malaise chez les partis d'opposition, qui appuient pourtant la mise à niveau des Forces canadiennes, durement touchées par les compressions reliées à la lutte contre le déficit dans les années 1990. Même chez les libéraux, qui ont pourtant amorcé la hausse du budget de la Défense en 2005. «Il y a clairement des besoins dans l'armée, mais les dépenses sont considérables. Pour un gouvernement qui affirme vouloir équilibrer le budget d'ici 2015, je me pose des questions», a affirmé au Devoir le député libéral Marc Garneau, bras droit de Michael Ignatieff au Québec. «Il faut aussi tenir compte de toutes les priorités d'un gouvernement. Dans les prochaines années, il faudra aussi de l'argent pour la santé, l'environnement, l'innovation et la productivité. Il faut peut-être mieux balancer les choses.»

Forte croissance

De fait, la progression du budget du ministère de la Défense dans les dernières années fait en sorte que le Canada se classe maintenant au 13e rang mondial, avec 19,2 milliards de dollars de dépenses (2009). Ottawa devance ainsi l'Australie (19 milliards) et l'Espagne (18,3 milliards).

Entre 2000 et 2009, Ottawa a fait bondir ses dépenses militaires de 49 %, selon le rapport annuel du SIPRI. Au chapitre de la croissance depuis dix ans, Ottawa arrive au 7e rang des grands pays militaires. Les plus fortes progressions ont été enregistrées en Chine (217 %), en Russie (105 %), aux États-Unis (76 %) et en Inde (67 %). En revanche, la France (7,4 %) a connu une faible progression, alors que des reculs ont été constatés au Japon (-1,3 %), en Allemagne (-6,7 %) et en Italie (-13,3 %). Si on met tous les pays de la planète dans le lot, on constate une hausse moyenne des budgets militaires de 49 % entre 2000 et 2009.

Pas moins de 1530 milliards de dollars ont été dépensés dans le domaine militaire à l'échelle de la planète en 2009 seulement. En tête de liste, on retrouve les États-Unis (661 milliards), la Chine (100 milliards) et la France (64 milliards). Le SIPRI note dans son rapport que la récession n'a eu aucun effet sur les dépenses militaires des pays.

À voir en vidéo