Conservateurs et Opus Dei à la même table

Ottawa — Alors que les liens entre la droite religieuse et le Parti conservateur font couler beaucoup d'encre, une autre illustration de ce rapprochement a été fournie hier. Un député conservateur a organisé pour ses collègues un repas au chic restaurant parlementaire avec le chef de l'Opus Dei au Canada, a appris Le Devoir. Bien que les députés, les sénateurs et le personnel politique de tous les partis aient été invités, une vingtaine se sont présentés, la grande majorité des conservateurs.

Le député de la Saskatchewan et président suppléant de la Chambre des communes, Andrew Scheer, a organisé la rencontre avec le vicaire de l'Opus Dei au Canada, monseigneur Frederick Dolan. Le repas a duré environ une heure et demie.

Au bureau de M. Scheer, on indique que de 16 à 18 personnes étaient présentes au lunch. Un des participants parle plutôt de 10 à 15 convives. Il a été impossible d'obtenir une liste des participants, mais Le Devoir a pu confirmer la présence de deux autres députés et un sénateur conservateurs, soit Harold Albrecht, Pierre Lemieux et Consiglio Di Nino. L'adjointe parlementaire de M. Lemieux était également présente.

Selon nos informations, ni le Bloc québécois ni le Nouveau Parti démocratique n'étaient représentés. Le bureau de M. Scheer affirme que des libéraux étaient présents, mais aucun nom n'a été fourni. Il a été impossible de parler avec Andrew Scheer hier. La porte-parole de l'Opus Dei, à qui on a demandé la raison de la visite à Ottawa du vicaire, n'a pas rappelé Le Devoir.

Selon une participante, la rencontre a été très informelle. «L'abbé Dolan a parlé de comment on peut vivre une vie juste et bonne, comment atteindre le bien dans notre vie professionnelle.» Après une courte présentation du vicaire, il y a eu des échanges entre les participants.

L'Opus Dei est une association controversée de laïcs catholiques faisant partie de l'Église. De stricte obédience papiste, il s'agit d'un groupe ultraconservateur. Il suscite la méfiance du fait de son caractère secret: les membres sont invités à ne pas révéler leur affiliation. On y encourage les pratiques de mortification, notamment la flagellation et le port du cilice (ceinture de crin) deux heures par jour.

L'Opus Dei, qui pousse ses membres à poursuivre des études supérieures pour ensuite se mêler aux élites, est parfois accusée d'appuyer des gouvernements d'extrême droite. Elle compterait environ 85 000 membres dans le monde, dont environ 600 au Canada. Le vicaire Frederick Dolan est lui-même un ancien courtier en valeurs mobilières ayant étudié à la prestigieuse Université Harvard. Il a complété un doctorat en philosophie à Rome et a été ordonné prêtre en 1983. Il a été, de 1992 à 1998, chancelier de la Curie de la prélature à Rome, sorte de haut gradé de l'administration vaticane. Il est né aux États-Unis et est maintenant basé à Montréal.

Notons que les trois députés conservateurs dont la présence au lunch d'hier a pu être confirmée s'opposent tous à l'avortement. MM. Albrecht et Lemieux ont participé à la grande manifestation pro-vie sur la colline parlementaire à Ottawa il y a deux semaines.

Ce n'est pas la première fois que le Parti conservateur et l'Opus Dei sont associés. En 2008, La Presse avait révélé que la candidate de Stephen Harper dans Saint-Bruno-Saint-Hubert, Nicole Charbonneau Barron, en faisait partie. La dame avait accordé des entrevues deux ans plus tôt à titre de porte-parole de l'Opus Dei. Elle y dénonçait l'image caricaturale de l'organisation véhiculée par le best-seller Da Vinci Code. Elle n'avait pas révélé son affiliation aux instances conservatrices, soutenait-on alors.

La montée de la droite religieuse au Canada et ses liens avec le Parti conservateur ont fait l'objet d'un livre publié récemment, The Armageddon Factor. L'auteure, Marci McDonald, y soutient que les groupes religieux s'organisent de mieux en mieux de manière à infiltrer le gouvernement et à influencer ses décisions. Elle cite comme exemple la présence à Ottawa de plusieurs députés et ministres créationnistes de même qu'une armée de conseillers ayant passé par ces groupes de pression.
15 commentaires
  • pierre savard - Inscrit 27 mai 2010 06 h 12

    Et puis...?

    L'Opus Dei n'est pas pire ques la CSN (cette dernière n'est-elle pas une secte ?). J'aime mieux voir le PCC fleurter avec l'OD qu'avec les syndicats de la fonction publique. Nous savons le genre de catastrophe économique et morale que provoque l'accoitance entre syndicats et gouvernement.

  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 27 mai 2010 07 h 17

    Qui a payé le diner?

    De plus le lunch de ses députés a probablement été payé par les contribuables sur le compte de dépenses de 533 millions auquels ont droit l'ensemble des députés que les Libéraux et Conservateurs refusent de soumettre à une vérification par le bureau de la vérificatrice générale.
    On est revenu aux temps de Versailles sauf qu'aujourd'hui la noblesse est censée nous représenter au Parlement.
    J'espère qu'ils se souviennent de 1789 . Il vient toujours un temps où le peuple en a assez de travailler pour que des parasites s'empiffrent à ses dépends!

  • Michèle Dorais - Abonnée 27 mai 2010 07 h 40

    Quand le chat n'est pas là....

    les souris dansent. Merci à Hélène Buzzetti de veiller au grain.

  • Jacques Légaré - Inscrit 27 mai 2010 08 h 52

    Les monstres sont de retour, préparons-nous au combat



    Très important combat qui s'annonce pour les femmes. Il faudra se mobiliser aux prochaines élections contre ces archaïques qui veulent nous faire revenir aux années 1950s, voire 1930s.


    Vous, les femmes, serez les toutes premières victimes. Ne laissez plus jamais ces religieux machistes, sexistes, haineuses des femmes, hypocrites sans bon sens, vous humilier de nouveau. Tenez bon, dans quelque parti que vous soyez. Aucune de vos actions de combat ne sera trop douce contre ces bourreaux des temps anciens qui relèvent la tête.


    Qu'attend Ignatieff pour s'allier au NPD et au Bloc pour les renverser ? Sans doute les banquiers qui contrôlent le parti libéral, et qui ont évincé Stéphane Dion plus à gauche et partisan d'une coalition, préfèrent sacrifier les femmes du pays pour éloigner du pouvoir le NPD. C'est du joli !


    «Plus de fric, et plus de barbarie conservatrice» est indigne d'un grand banquier libéral. Et s'il n'est pas libéral son fric achètera des chaînes contre les femmes et des barreaux de prison contre la pensée moderne, progressiste et libre.


    Financiers, banquiers, tous Ignatieff confondus, réveillez-vous ! Les industriels Krupp, en 1933, ont fait exactement la même erreur que vous, et en plus grave.


    Instruisez-vous, et votre argent servira la bonne cause pour le plus grand bien du pays.


    Jacques Légaré, ph.d. en philosophie politique, né 1948

  • Claude Archambault - Inscrit 27 mai 2010 09 h 31

    Un titre qui trompe une yempête dans un verre d'eau.

    Le PQ au pouvoir avait combien de souper avec les syndicats, les même qui se trouvaient en face d'eux lors des négociations. Le PQ a coucher tellement souvent avec les syndicats qu'il a engendré un monstre (çà doit être la consanguinité) le SPQ Libre. Alors qui a t il de mal à ce qu'un poignée de député, un vingtaine et pas tous des conservateur, mais la majorité. C'est tendancieux de dire: Conservateurs et Opus Dei à la même table. Il n'y avait que 3 députés et une vingtaine tout au plus se sont présenté bien que les députés, les sénateurs et le personnel politique de tous les partis aient été invités.

    À n'importe quel rassemblement syndical on retrouve bien plus de député PQiss et leur haute gomme assis cote à cote.