Avortement - Bruinooge puni pour avoir trop parlé

Ottawa — Le premier ministre Stephen Harper est furieux contre son député manitobain Rob Bruinooge. Il votera contre son projet de loi C-510 criminalisant le fait de contraindre une femme à se faire avorter.

Selon nos informations, le premier ministre en veut terriblement à son député. Il aurait exprimé sa colère lors d'une rencontre de 50 minutes, lundi matin, avec ses conseillers pour discuter de la controverse sur l'avortement.

«Il est furieux contre Bruinooge, tout le monde est fâché contre Bruinooge», explique une source digne de foi. L'équipe de M. Harper reproche au député d'avoir inutilement remis ce sujet à l'ordre du jour alors que le gouvernement est déjà la cible d'attaques virulentes pour sa position sur l'avortement à l'étranger. Le porte-parole du premier ministre, Dimitri Soudas, a confirmé hier en fin de journée que M. Harper votera contre le projet de loi C-510. «Si jamais il y a un vote», a-t-il tenu à préciser. Un vote n'est pas prévu d'ici le congé estival débutant à la mi-juin.

À titre de président du caucus pro-vie, le député conservateur Rob Bruinooge a déposé un projet de loi criminalisant le fait de tenter de convaincre une femme de se faire avorter. La contrainte est définie par la menace de retirer une aide financière ou un logement, ou encore comme le fait «de harceler, d'importuner par des arguments ou l'expression de sa rancune». Des parents qui menaceraient d'expulser leur adolescente si elle mène sa grossesse à terme pourraient ainsi écoper d'une peine de prison de deux ans, cinq si l'avortement a lieu.

M. Bruinooge avait assuré en conférence de presse qu'il ne s'agissait pas de rouvrir le débat sur l'avortement, mais, lors de la manifestation pro-vie de jeudi dernier à Ottawa, il a tenu un tout autre discours. Vantant son projet de loi, il a lancé: «Pour le mouvement pro-vie au Canada, il est toujours important d'y aller par étapes, par petites étapes, pour reconnaître la valeur des enfants non encore nés. J'ai confiance que les gens comme vous appuieront ce projet de loi. Des pétitions circulent d'ailleurs dans la foule.» C'est ce commentaire qui a mis le premier ministre en colère, nous explique-t-on en coulisse.

Hier, dans La Presse, une source conservatrice a indiqué que le premier ministre obligerait ses troupes à voter contre un éventuel projet de loi recriminalisant l'avortement au Canada. Cette source n'a pas voulu être identifiée. Stephen Harper lui-même n'a jamais voulu affirmer une telle chose, bien que la question lui ait été posée spécifiquement à l'automne 2008, pendant la campagne électorale.

Rob Bruinooge a refusé d'accorder une entrevue au Devoir hier. Son adjointe, Maranda Novak, dit ne pas être «surprise» par cette position. «Ils ont toujours dit qu'ils n'appuieraient pas un projet de loi qui rouvre le débat sur l'avortement.» Le bureau du premier ministre vous a-t-il dit qu'à son avis, le projet de loi C-510 rouvrait ce débat? «C'est ce qu'ils ont laissé entendre», soutient-elle.

Rappelons que l'Assemblée nationale à Québec a adopté mercredi une motion unanime dénonçant les tergiversations d'Ottawa sur la question de l'avortement et demandant au gouvernement conservateur de «mettre fin à l'ambiguïté qui subsiste relativement à cette question».

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