Les pro-vie se mobilisent

La plupart des personnes qui ont manifesté sur la colline parlementaire provenaient de l’Ontario.
Photo: La Presse canadienne (photo) La plupart des personnes qui ont manifesté sur la colline parlementaire provenaient de l’Ontario.

Ottawa — Le premier ministre Stephen Harper promet peut-être de ne pas relancer le débat sur l'avortement au Canada, mais certains de ses députés ne demandent que cela. Une vingtaine d'entre eux ont participé hier à la manifestation annuelle pro-vie sur la colline parlementaire. Un député a ouvertement demandé que le Parlement se prononce sur quand, au juste, débute la vie. Un autre a reconnu que son projet de loi criminalisant le fait de contraindre une femme à se faire avorter était en fait une première étape dans la lutte contre l'avortement.

La manifestation sur le parterre du Parlement était imposante: de 12 000 à 15 000 participants selon les organisateurs, environ 5000 selon les calculs des journalistes. Il y avait 21 députés présents, soit 18 conservateurs et 3 libéraux. La conservatrice Kelly Block était la seule femme du lot. Plusieurs chefs religieux étaient aussi de la partie, dont le cardinal Marc Ouellet.

Tour à tour, les députés se sont présentés au micro pour expliquer à une foule enthousiaste pourquoi ils étaient pro-vie. «Je crois que la vie commence dès la conception, a expliqué le conservateur Dean Del Maestro (Peterborough). La loi aujourd'hui, au Canada, dit que la vie commence à la naissance. Alors avant qu'on rédige des lois concernant l'avortement, notre première étape doit être de déterminer quand cet endroit [il désigne le Parlement derrière lui] croit que la vie commence. Je suis prêt à plaider ma cause. La science est prête aussi. Nos adversaires le sont-ils?» Il a par la suite expliqué à certains journalistes qu'il aimerait que le Comité permanent sur la santé se penche sur cette question à la Chambre des communes.

Le conservateur Jeff Watson (Essex) a expliqué pour sa part que les mots avaient leur importance dans ce débat. «Les ossements desséchés ne sont revenus à la vie que lorsque Ézéchiel a parlé», a-t-il lancé en faisant référence à la vallée biblique traversée par le prophète. Il estime donc que la rhétorique du mouvement pro-vie doit changer. «Nous pouvons déclarer ensemble que le vieux débat sur l'avortement est terminé. Place à la nouvelle ère où l'avortement est impensable.»

Ce sont justement les propos qu'avaient tenus en matinée, en conférence de presse, les représentantes de la campagne Silent No More. Ce mouvement américain, qui s'implante peu à peu au Canada, de même que dans sept pays européens, donne la parole aux femmes disant regretter leur avortement. «Notre mouvement Silent No More ne prend pas de position politique sur l'avortement. Il ne s'agit pas de dire si l'avortement est légal ou illégal. Nous voulons le rendre impensable», a expliqué la cofondatrice américaine, Janet Morana. Après insistance des journalistes, elle a fini par admettre que son mouvement était pro-vie.

Mme Morana a félicité le Canada pour avoir refusé de financer les avortements à l'étranger dans le cadre de son initiative sur la santé maternelle. Les États-Unis avaient une telle politique, mais le président Barack Obama l'a annulée. «Nous sommes très contents que le Canada adopte une position pro-vie et qu'il n'exporte pas à l'étranger de l'argent pour des avortements.»

Ce thème a été abondamment repris à la manifestation, notamment par le cardinal Marc Ouellet. «Notre gouvernement a eu le courage de résister aux pressions qui voulaient faire financer des programmes d'avortement dans les pays du tiers monde. Nous l'appuyons.» Il s'est mérité les applaudissements nourris de la foule, qui se sont amplifiés quand il a ajouté: «Mais nous voudrions voir plus de courage pour qu'on fasse plus pour défendre au Canada les enfants non encore nés.»

Une étape à la fois

Le président du caucus pro-vie, le conservateur Rob Bruinooge, a aussi pris la parole devant la foule, vantant son projet de loi d'initiative privée (C-510) rendant illégal le fait de faire pression sur une femme pour qu'elle se fasse avorter. «Pour le mouvement pro-vie au Canada, il est toujours important d'y aller par étapes, par petites étapes, pour faire reconnaître la valeur des enfants non encore nés. Je suis persuadé que les gens comme vous appuieront ce projet de loi. Des pétitions circulent d'ailleurs dans la foule.» Lorsqu'il a présenté son projet de loi en avril, M. Bruinooge avait assuré qu'il «ne rouvre pas le débat sur l'avortement».

Tous les députés pro-vie n'étaient pas présents à la manifestation. Par exemple, le ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration, Jason Kenney, a expliqué qu'il n'en avait pas eu le temps. «Je suis contre la peine de mort, je suis contre l'infanticide, contre l'euthanasie et c'est toujours ma position», a-t-il indiqué.

M. Bruinooge estime que le caucus pro-vie, un regroupement de députés fédéraux opposés à l'avortement, compte de 30 à 40 membres. Il n'a pas voulu en fournir la liste. Pour l'heure, seuls le Parti conservateur et le Parti libéral y ont des représentants. Il y a beaucoup moins de libéraux qu'avant, car un grand nombre d'entre eux ont été défaits aux élections.

La plupart des manifestants provenaient de l'Ontario. Le cardinal Ouellet a salué la présence des Québécois. «Je salue particulièrement ceux qui sont venus du Québec, où nous avons vraiment besoin d'un effort particulier pour refaire une culture de la vie», a-t-il dit.

Notons qu'il y avait beaucoup de jeunes sur place. Plusieurs écoles catholiques ontariennes mobilisent leurs étudiants, nolisant des autobus pour les y envoyer d'aussi loin que de Toronto. C'est le cas de Justine Merced et de ses deux amies de l'école St-Martin, à Mississauga, ou encore de Teresa et sa soeur de sixième année venues de Port Perry. «Je crois que tout le monde a le droit à la vie. Ce qu'ils font est mal.»
57 commentaires
  • Christian Gagnon - Abonné 14 mai 2010 03 h 32

    Tristesse et

    Étonnant de voir ça ! Il semble il y avoir autant de bigoterie qu'à une certaine époque... des citoyens - à droite politiquement - qui se disent pour la vie, mais qui généralement supporte la peine de mort ??? Le droit à la vie n'est-il pas le droit à la dignité en premier lieu ? Oui ! La vie est sacrée, mais pas à tout prix ! De toute façon, nos sociétés perdues dans les abysses de la technologie ne respectent même pas les autres espèces… Alors quand on me parle de respecter la vie, la pro-vie, peuh! Notre société connaît déjà les manquements et les désastres sociaux provoqués par le manque de jugement créé par le clergé d’antan - que certains semble ne pas avoir compris encore - et ces zigotos de pro-vie qui sont tous plus ou moins religieux ou inspirés par celui-ci, usurpe la laïcité au nom d'une sacro-sainte vie qui n'est qu'une illusion crée par des siècles de joug religieux, voudraient qu’on refasse les mêmes erreurs stupides ? Bravo ! Tant qu'à ça, fondons une théocratie ! Je plaint Ouellette qui doit s’ennuyer du temps où la religion et ses sbires était toute puissante et tenait le haut du pavé. On comprend donc que certains citoyens voudrait revenir à la belle époque où les hommes menaient les sphères de la vie privée et publique et que les femmes étaient mieux de se la fermer ! Étonnant que des femmes participent à ce genre de manifestations où religion et spiritualité sont confondues ! Mesdames, réveillez-vous ! (sic; ref:les Jéhovah et leur magazine du même nom…)

  • oscar Fortin - Inscrit 14 mai 2010 06 h 09

    pro vie et la guerre

    S'il est important de savoir quand commence la vie, il lest également tout aussi important de savoir comment elle se termine. Je suis heureux de voir le cardinal Ouellet participer à une manifestation pro-vie. Je regrette que lors des nombreuses manifestations à travers le pays et dans son diocèse contre la guerre qui tue des humains nous ne l'ayons pa vu. Pourtant la vie est aussi sacrée chez les victimes qui tombent sous les balles des fusils de nos soldats que celle des embryons dans le sein de leur mère. On ne peut pas avoir un discours qui condamne les atteintes à la vie des embryons et en même temps bénir les armées qui tuent des personnes humaines dont la nature humaine ne fait aucun doute. Je pense que le discours sur la vie doit s'étendre à toute la vie et non seulement à celle des embryons dans le sein de la mère. Cette considération s'adresse tout autant aux députés qui ont voté l'envoi de l'armée canadienne en Afghanistan, non pas pour faire pousser des fleurs, mais, sous divers prétextes, pour tuer des humains, hommes, enfants, femmes. C'est pour celà qu'elle part avec tout un arsenal d'armements.

    Plus profondément, il me semble important que l'Église reprenne ces pensées chez les premiers chrétiens souvent persécutés et mis à mort par les forces de l'Empire à l'effet que la vie du corps et celle de l'âme sont d'un niveau tout à fait différent. Si on peut tuer le corps on ne peut tuer l'âme, partie fondamentale de l'être humain. Serait-ce à dire que la partie la plus sacrée de la vie échappe à toute intervention humaine y compris la mort. S'il faut respecter le corps. son intégrité et sa vie, il ne saurait en lui-même constitué la personne humaine dans tout ce qu'elle est. De plus la promesse de la résurrection en fait une réalité qui lui permet d'échapper à l'anéantissement. Il y a donc nécessité de donner de la profondeur à ce débat chrétien sur le caractère sacré de la vie tout en l'ouvrant à l'ensemble de la vie de tous les humains. Il est parfois paradoxal de constater que "les pro-vie" soient souvent des "pro-guerre" ou rarement des opposants farouches aux guerres.

    Je rêve du jour où je verrai le cardinal Ouellet manifester sur la colline parlementaire et dans son diocèse contre la participation canadienne à la guerre en Afghanistan, contre les budgets consacrés aux guerres, contre les politiques du gouvernement canadien en matière d'environnement etc... Dans tous ces cas il en va de la vie humaine...

  • Jean St-Jacques - Abonnée 14 mai 2010 06 h 13

    Mgr Ouellet...

    Ce personnage controversé n'avait pas sa place à la manifestation à Ottawa contre l'avortement. Il panique et manque de jugement. Il ne comprend rien à la situation et il faut combattre les religions et non l'avortement. Il devrait faire le ménage dans son milieu et laisser les femmes vivre leur vie avec les droits qui en découlent.
    C"est triste d'entendre les rengaines de cet homme.

  • Franfeluche - Abonné 14 mai 2010 07 h 49

    Le contraire est-il vrai ?

    M. Bruinooge présente un projet de loi ( C-510 ) qui rendrait illégal le fait de faire pression sur une femme pour qu'elle se fasse avorter. Or, serait-il illégal qu'on fasse pression sur une femme pour qu'elle ne se fasse pas avorter ?

    Quant à la position de l'Église sur le sujet, je ne la partage pas. Comme je ne suis pas d'accord sur plusieurs de leur prise de position au sujet des femmes.

  • Paul Lafrance - Inscrit 14 mai 2010 08 h 02

    L'avortement

    Bien que pour moi, l'avortement n'est pas une question de religion, mais plutôt une question de respect de la vie, je m'oppose à l'avortement sauf en cas de viol ou de danger pour la mère. Concernant les peuples Africains, je ne crois pas que l'avortement soit une solution parce que je crois que ça deviendra une intervention qui devra être constamment répétée. J'opterais plutôt pour la stérilisation volontaire de ces femmes dépourvues de toute espérance de bien-être pour leur progéniture.