Affaire Julie Couillard : TVA et Gesca se livrent une guerre de réputation

La saga Julie Couillard, qui a éclaté sur la colline parlementaire en mai 2008, revient à l’avant-plan alors que le Groupe TVA réclame 1,3 million de dollars à Gesca pour atteinte à la réputation journalistique. Des chroniqueurs du Soleil et de La Presse s’étaient interrogés sur la frilosité de TVA à diffuser la photo de Mme Couillard, ce que le poste de télévision n’a pas apprécié.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir La saga Julie Couillard, qui a éclaté sur la colline parlementaire en mai 2008, revient à l’avant-plan alors que le Groupe TVA réclame 1,3 million de dollars à Gesca pour atteinte à la réputation journalistique. Des chroniqueurs du Soleil et de La Presse s’étaient interrogés sur la frilosité de TVA à diffuser la photo de Mme Couillard, ce que le poste de télévision n’a pas apprécié.

Ottawa — Alors que le Tout-Ottawa n'a d'yeux que pour le roman-feuilleton politique Helena Guergis-Rahim Jaffer, il en est un autre qui s'est presque fait oublier: celui de l'ancien ministre Maxime Bernier et son ex-conjointe, Julie Couillard. L'histoire revient à l'avant-plan alors que le Groupe TVA poursuit Gesca devant les tribunaux et réclame 1,3 million de dollars pour atteinte à la réputation journalistique du conglomérat.

Le Groupe TVA, son vice-président à l'information, Serge Fortin, son chef d'antenne, Pierre Bruneau, et le journaliste Paul Larocque poursuivent en Cour supérieure Gesca Ltée, son quotidien La Presse, son site Cyberpresse, une compagnie à numéro ainsi que les journalistes Patrick Lagacé et Richard Therrien. TVA réclame 850 000 $, et les trois autres poursuivants, 150 000 $ chacun.

Le 7 mai 2008, ce qui allait devenir la «saga Julie Couillard» éclate sur la colline parlementaire. Les politiciens évoquent pour la première fois les liens passés avec le crime organisé de Julie Couillard. Les médias s'emparent de la nouvelle, mais pas TVA qui, paradoxalement, fouillait cette histoire depuis des mois. Le réseau finira par en parler, mais sans jamais montrer ni nommer Mme Couillard.

Richard Therrien, chroniqueur télé au Soleil, et Patrick Lagacé, commentateur à La Presse, s'interrogent alors sur la frilosité de TVA. Ils se demandent si elle s'explique par le fait que le grand patron de Quebecor, Pierre Karl Péladeau, est un ami personnel du ministre. Ils évoquent aussi les liens entre la haute direction du réseau et le Parti conservateur.

L'intérêt de qui?

Ces articles sont à l'origine de la poursuite intentée par le Groupe TVA. «Les défendeurs ont agi afin de miner la crédibilité des demandeurs, de façon à les discréditer, en tentant de démontrer que la salle de nouvelles du réseau TVA ne sert pas l'intérêt public, mais plutôt les intérêts des hauts dirigeants de QMI», est-il écrit dans la requête du Groupe TVA consultée par Le Devoir.

Selon TVA, ce sont les journalistes de La Presse et du Soleil qui ont eu davantage à coeur leurs intérêts commerciaux en prenant pour cible le conglomérat dont font partie Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec, des concurrents. «Les agissements des défendeurs s'inscrivent dans un contexte de concurrence déloyale dans une volonté de nuire à un concurrent plutôt que de servir l'intérêt public», est-il écrit.

TVA dévoilera l'image et le nom de Julie Couillard pour la première fois le 26 mai 2008 en diffusant la fameuse entrevue exclusive obtenue.

Dans sa réplique, Gesca assure que ses journalistes n'ont pas voulu «porter préjudice», mais que leurs doutes étaient «légitimes». TVA et QMI, en tant qu'importants acteurs de la société québécoise, ne peuvent se soustraire à l'analyse critique, est-il écrit.

Gesca relate même les démarches effectuées par TVA pour obtenir l'entrevue exclusive. Le représentant de TVA «a alors fait valoir à Julie Couillard que TVA était la seule entreprise de presse à ne pas l'avoir identifiée. Il s'agissait donc d'un argument de vente».

Dans sa requête, Groupe TVA explique pourquoi l'identité de Julie Couillard n'a pas été révélée: elle n'a pas de dossier judiciaire, n'est accusée de rien et ne s'est pas présentée sous un faux nom, ses liens avec les motards datent de 10 ans et rien n'indique que Maxime Bernier était au fait de son passé. Les avocats de Gesca retournent ces arguments contre TVA. «Il était hautement inhabituel pour TVA de taire le nom et de masquer l'image d'une personne impliquée dans le cadre d'un débat national.»

Groupe TVA, qui nie catégoriquement une quelconque censure de la part de la haute direction, fait remarquer que l'entrevue avec Mme Couillard a eu raison de la limousine ministérielle de M. Bernier. Ces faits «démontrent hors de tout doute la fausseté et l'absence totale de fondement des accusations et insinuations des demandeurs voulant qu'une nouvelle d'intérêt public ait été tuée par TVA afin de protéger M. Bernier ou le Parti conservateur du Canada».
5 commentaires
  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 30 avril 2010 07 h 30

    La vérité qui choque.

    C'est rare qu'on voit une entreprise de presse en poursuivre une autre. À ma connaissance c'est la première fois. On sentait effectivement à l'époque que TVA et le groupe Qebecor marchait sur des oeufs dans cette affaire.
    La plus belle preuve étant la présence du VP de Québecor,le très sympathique et grand ami de Brian Mulroney et des Conservateurs, Luc Lavoie, présent sur place pour coacher Julie Couillard avant l'entrevue eclusive qu'elle a donnée au réseau TVA.

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 30 avril 2010 11 h 58

    Mon Dieu

    Avec la crise dans les médias, ils ne pourraient pas dépenser leur argent ailleurs qu'en cour?

  • Gordon Sawyer - Inscrit 30 avril 2010 12 h 19

    JOURNALISME OU COMPLAISANCE ?

    La question qu'il faut se poser, ici : mais qu'est-ce que faisait Lavoie sur les lieux d'une entrevue réalisée par un journaliste de TVA, chargé de questionner une femme longtemps acoquinée au crime organisé ?
    Et surtout, pourquoi le journaliste Paul Larocque a-t-il accepté de réaliser l'entrevue, compte tenu du coaching présumé de Lavoie (lui-même associé à Québécor) auprès de Couillard ? Par ailleurs, à partir de quels critères Pierre Bruneau et ses patrons ont-ils décrété que cette entrevue méritait d'être diffusée, alors que Larocque était dans l'obligation de les informer dûment des éléments mentionnés précédemment ....

  • Loraine King - Inscrite 30 avril 2010 12 h 57

    Grand Dieu

    Ne soyez pas inquiet, Rodrigue Tremblay. Les médias ont reçu assez d'argent des publicités du gouvernement pour son Plan d'Action qu'ils ont grandement les moyens de les dépenser en cour.

  • Paul Corbeil, Québec et Labrador - Inscrit 30 avril 2010 16 h 50

    TVA télévision plus que médiocre, télévision plus que lamentable!

    TVA télévision plus que médiocre, plus que minable qui on le culot de demander au CRTC une redevance sur les recettes des autres chaines de télévisions payantes car ils sont trop pourries pour faire une télévision de qualité, de haut niveau? Si vous être pourrie TVA alors disparaissez et donner à la télévision payante toute la place qu’elles méritent!