Détenus afghans - Harper évoque de possibles élections

Ottawa — Le bras de fer sur le transfert des détenus afghans provoquera-t-il une élection au Canada? C'est la menace qu'a laissée planer hier le premier ministre Stephen Harper, au lendemain du jugement du président de la Chambre sur les limites du pouvoir du gouvernement.

À une question du chef du NPD, Jack Layton, qui lui demandait si le gouvernement allait respecter la décision du président Peter Milliken, M. Harper a répondu que le gouvernement «cherche à respecter la décision et nos obligations légales établies par les lois adoptées par cette Chambre». Mais il a immédiatement ajouté que «le gouvernement dépend de la confiance de la Chambre».

Mardi, Peter Milliken a rendu une décision très attendue où il a confirmé la suprématie de la Chambre sur le gouvernement. M. Milliken a indiqué que le refus du gouvernement de remettre à l'opposition des documents non censurés sur le transfert des détenus afghans est injustifié et remet en question les fondements de notre système parlementaire.

Mais M. Milliken n'a pas voulu trancher sur la façon dont ces documents controversés doivent être divulgués. C'est aux partis de s'entendre entre eux, a-t-il dit en donnant deux semaines aux parlementaires pour trouver une entente. Si cette négociation échoue, l'opposition pourrait aller jusqu'à déposer une motion d'outrage au Parlement. Quant au gouvernement, il pourrait demander à la Cour suprême d'étudier le dossier... ou il pourrait choisir d'en faire un vote de confiance susceptible de plonger le pays en élection.

La remarque de M. Harper n'a pas échappé aux trois partis d'opposition. «Il a laissé entendre que ça pouvait être une motion de confiance, a commenté le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe. On verra bien. Si c'est cela, on y fera face.»

Pour le député néo-démocrate Jack Harris, cette attitude est contraire aux souhaits de collaboration émis par Peter Milliken. «Je ne crois pas que ce qu'il a dit soit très constructif. [...] Ce n'est pas le genre de coopération que le président a demandée.» Pour l'instant, dit-il, cela envoie le message que la suprématie de la Chambre ne sera pas respectée.

«Je ne sais pas ce que fait le premier ministre, a pour sa part déclaré le libéral Bob Rae. Mais nous devons rester concentrés à trouver une solution qui respecte les droits du Parlement et les autres principes», comme l'enjeu de la sécurité nationale.

Rencontre

Les négociations n'ont pas débuté officiellement: une rencontre est prévue aujourd'hui entre le gouvernement et les leaders parlementaires de l'opposition. Les chefs des trois partis d'opposition se sont néanmoins rencontrés hier.

Le niveau de confiance envers le gouvernement semble relativement bas. «On n'a pas commencé très bien aujourd'hui parce que M. Harper semble essayer de se cacher» derrière les responsabilités du gouvernement de protéger la sécurité nationale, a indiqué Jack Layton.

Gilles Duceppe n'est ainsi «absolument pas» convaincu que M. Harper va obtempérer à la décision de Peter Milliken. Quant à Michael Ignatieff, il estime qu'une entente sera «facile» à obtenir... si tout le monde est de bonne foi. Mais la «rhétorique» employée hier par Stephen Harper doit céder la place à une «approche plus positive», prévient Bob Rae.
2 commentaires
  • Sanzalure - Inscrit 29 avril 2010 07 h 30

    Perdu confiance

    Moi, je n'ai pas perdu ma confiance puisque je n'ai jamais fait confiance au gouvernement de Stephen Harper. Et si nous allons en élections, je suis prêt à militer très fort pour effacer ce parti de la carte politique.

    Serge Grenier

  • BROMONTOIS - Inscrit 29 avril 2010 09 h 41

    Quelle est l'alternative ???

    Lorsqu'on décide de se rendre dans un pays pour y défendre la démocratie doit-on remplacer les lois, us et coutumes des gens par les nôtres ?
    Alors que l'on pense se retirer et progressivement se faire remplacer par un gouvernement issu de leur peuple, croyons-nous avoir pu modifier les attentes de ce peuple ?
    Qui sommes-nous pour porter atteinte à la courbe d'évolution de tout un peuple et de son droit à ses coutumes et usages ?
    Donc on devrait exiler les détenus au Canada et leur faire un procès selon nos lois pour un crime commis envers les leurs et hors de notre territoire juridique ...
    Nous demandons aux émigrants de respecter nos us, lois et coutumes lorsqu'ils arrivent ici mais ce serait normal de tout changer lorsqu'on décide d'intervenir dans un autre pays ...