Pas de financement pour l'avortement à l'étranger - Harper dit respecter la volonté de la Chambre

«Nous pouvons concentrer nos efforts sur des choses qui unissent la population du Canada et non pas sur des choses qui la divisent», a dit Stephen Harper hier, faisant référence à une motion libérale sur la santé maternelle, votée il y a un mois, et qui ne faisait pas mention de l’avortement.
Photo: Agence Reuters Blair Gable «Nous pouvons concentrer nos efforts sur des choses qui unissent la population du Canada et non pas sur des choses qui la divisent», a dit Stephen Harper hier, faisant référence à une motion libérale sur la santé maternelle, votée il y a un mois, et qui ne faisait pas mention de l’avortement.

Ottawa — Le premier ministre Stephen Harper soutient que c'est par respect pour la volonté de la Chambre des communes qu'il refusera de financer des avortements dans les pays en voie de développement.

«C'est le chef du Parti libéral qui a insisté pour tenir un vote en cette Chambre, a rappelé M. Harper hier. Les décisions du gouvernement respectent le vote de la Chambre et les définitions de l'Organisation mondiale de la santé. Nous avons beaucoup de façons d'aider, de sauver la vie de femmes, de mères et d'enfants partout dans le monde. Nous pouvons concentrer nos efforts sur des choses qui unissent la population du Canada et non pas sur des choses qui la divisent.»

M. Harper fait référence à la motion libérale, votée il y a un mois, qui demandait que «l'initiative du gouvernement pour le G8 en matière de santé de la mère et de l'enfant comprenne tout l'éventail des options de planification familiale, ainsi que de santé sexuelle et reproductive, y compris la contraception». Nulle part ne faisait-elle référence à l'avortement, même si c'est ainsi que plusieurs députés pro-vie l'ont interprétée. La motion a été battue.

Si le premier ministre voulait vraiment être fidèle à la volonté du Parlement telle qu'exprimée par ce vote, ne devrait-il pas bloquer le financement de la planification familiale et de la contraception? Le porte-parole de M. Harper, Dimitri Soudas, a répondu qu'il «n'est pas nécessaire d'être un génie pour comprendre clairement que les libéraux voulaient rouvrir le débat sur l'avortement».

Selon les chefs des trois partis d'opposition, c'est précisément ce que font les conservateurs. «Ils ont renversé le consensus du Canada, ils ont renversé le consensus au sein du G8, et nous aurons un programme international au G8 qui va diviser le G8 au lieu de l'unir», a déclaré le chef libéral Michael Ignatieff.

Le député Bob Rae a rappelé qu'au Congo, le viol était une des armes utilisées dans le conflit. «Est-ce la politique du Canada [que les femmes] ne devraient pas avoir accès à l'avortement après avoir été violées?» Le premier ministre a répondu qu'il y avait tant à faire pour améliorer la santé des femmes que le Canada pouvait se permettre de limiter son champ d'action.

Décision décriée

Les groupes actifs sur la scène internationale ont été unanimes à dénoncer la décision d'Ottawa. «Nous ne pouvons ignorer le fléau des avortements non sécuritaires. Ils sont responsables de 13 % des décès maternels», a commenté l'International Planned Parenthood Federation. Oxfam dit avoir vu plusieurs filles de 11 ou 12 ans atteintes de problèmes de santé récurrents pour avoir mené une grossesse à terme. Dans ces cas, l'avortement est un «outil sécuritaire», explique Mark Fried.

Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, accuse les conservateurs d'exporter leur idéologie «rétrograde» de «preachers». La députée néodémocrate Irene Mathyssen juge quant à elle factice cette soudaine volonté de M. Harper de respecter la volonté du Parlement, énumérant toutes les motions votées par la Chambre dont le gouvernement n'a pas tenu compte. «M. Harper écoute le Parlement quand ça l'arrange.»

L'entourage de la ministre responsable de la Coopération internationale, Bev Oda, est toujours incapable de dire comment l'interdiction de financer les avortements sera appliquée sur le terrain. M. Harper a seulement confirmé que le Canada ne cessera pas pour autant d'aider les pays en voie de développement où l'avortement est légal.

***

Avec La Presse canadienne