Santé maternelle à l'étranger - Pas d'argent pour l'avortement

Ottawa — On s'en doutait, mais le gouvernement conservateur l'a confirmé hier: le Canada ne financera pas les avortements à l'étranger dans le cadre de son initiative pour la santé maternelle.

Le verdict est tombé lors de la période de questions à la Chambre des communes: «La contribution du Canada à la santé maternelle et à la santé des enfants pourra inclure la planification familiale, mais la contribution du Canada n'inclura pas le financement de l'avortement», a déclaré Jim Abbott, le secrétaire parlementaire de la ministre de la Coopération internationale, Bev Oda. Mme Oda était justement à Halifax où s'ouvrait une rencontre de ses homologues du G8 pour discuter de cette initiative.

Stephen Harper a décidé de faire de l'amélioration de la santé des mères dans les pays en voie de développement le projet phare de sa présidence du G8. La controverse a toutefois éclaté quand le chef libéral, Michael Ignatieff, a demandé si le Canada permettrait que le nouvel argent consacré à cette initiative soit utilisé pour financer la contraception et l'avortement. Les conservateurs étaient restés énigmatiques, répétant qu'ils n'avaient pas l'intention de «rouvrir le débat sur l'avortement». La déclaration lue hier scelle la question.

Dans une déclaration envoyée hier soir, la ministre Oda indique que l'initiative consistera à fournir une meilleure alimentation et des médicaments aux femmes, à prévenir certaines maladies, comme la malaria ou la diarrhée, à faire du dépistage de maladies transmises sexuellement et à faire de la planification familiale.

«Le gouvernement du Canada accepte la définition reconnue internationalement du planning familial [...] qui inclut la possibilité pour une femme d'espacer et de limiter ses grossesses, ce qui a un impact direct sur sa santé et son bien-être», est-il écrit. On ignore toutefois si cette position d'Ottawa met en danger les fonds déjà consacrés à des organismes impliqués à l'étranger qui offrent parfois des avortements.

On ignore aussi où le gouvernement établira la limite. «C'est à peu près impossible», soutient Katherine McDonald, la directrice générale d'Action Canada for Population and Development, un groupe militant pour les droits de la personne reliés à la santé sexuelle dans les pays en voie de développement. «Dans les pays où l'avortement est légal, à peu près toutes les cliniques offrent à tout le moins un service de référence.»

Les partis d'opposition étaient furieux hier, mais pas surpris. «Le chat sort du sac», a lancé la bloquiste Nicole Demers. «S'ils ne le financent pas ailleurs, on est en mesure de se demander s'ils vont vouloir continuer à le financer ici», dit-elle en rappelant le projet de loi conservateur C-510 rendant illégal le harcèlement d'une femme enceinte pour qu'elle mette un terme à sa grossesse.

La ministre des Affaires intergouvernementales, Josée Verner, une des rares conservatrices ouvertement pro-choix, s'est dite à l'aise avec la position de son gouvernement. Selon elle, il s'agit de ne pas «exporter notre position» ailleurs sur la planète.