Arar garde Ottawa à l'oeil

Maher Arar a pris part hier à l’assemblée générale d’Amnistie internationale section francophone, à Montréal.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Maher Arar a pris part hier à l’assemblée générale d’Amnistie internationale section francophone, à Montréal.
Conférencier à l'Assemblée générale annuelle d'Amnistie internationale section francophone et invité à parler de la protection des citoyens canadiens ici et à l'étranger, M. Arar a déploré hier le fait que la sécurité nationale soit devenue un alibi derrière lequel le gouvernement Harper se cache pour priver ses citoyens de «réponses importantes». «C'est la raison qui a souvent été invoquée pour cacher des malversations et des actions embarrassantes», a soutenu M. Arar. «Un régime comme le Canada, basé sur la démocratie et la transparence, ne peut pas utiliser la question de la sécurité nationale dans son sens absolu, car cela peut conduire à l'arbitraire et à l'abus des droits des citoyens.»

Ne pas abandonner

Il a d'ailleurs invité les journalistes «à aller jusqu'au bout» dans leurs enquêtes sur les violations des droits. «Il ne faut pas abandonner un sujet parce qu'il est complexe ou parce que le gouvernement essaie de cacher des preuves», a-t-il insisté. Avec sa webcam, M. Arar a d'ailleurs filmé la conférence, comprenant des présentations de Nathalie Des Rosiers, directrice de l'Association canadienne des libertés civiles (ACLC), et de Peter Leuprecht, ex-directeur de l'Institut d'études internationales de Montréal à l'UQAM, qu'il diffusera sur le site de son magazine Internet. «Moi, je suis ingénieur, je ne suis pas né pour être un défenseur des droits de la personne. Mais je fais mon possible comme citoyen», a-t-il dit. «Je pense qu'il faut commencer petit à petit. Ça prend du temps, mais je suis content de ce qu'on a fait dans les derniers mois.»

Tentant toujours de dissiper les cauchemars de sa détention, M. Arar vient de terminer un doctorat sur les technologies sans fil «pour reprendre confiance en lui». Même s'il reçoit beaucoup de messages de soutien de la part des citoyens canadiens, sa vie est loin d'être revenue à la normale. «Pour moi, une vie normale, c'est travailler dans mon domaine de 9h à 17h. Ce n'est pas ce que je fais», a reconnu M. Arar en disant craindre de se remettre à chercher activement un emploi. «Chaque fois que j'ai été rejeté, je suis tombé en dépression pendant au moins un ou deux mois.»

Prérogative royale

M. Arar ainsi que les deux autres conférenciers de renom déplorent que les actions des services secrets canadiens soient menées en fonction de «la tête du client». Il y aurait quelque 2000 ressortissants canadiens détenus ailleurs dans le monde, principalement aux États-Unis. Pour Peter Leuprecht, tout porte à croire que le gouvernement est guidé dans ses interventions par des critères discriminatoires et racistes. «Le gouvernement devrait pourtant faire pleinement usage des droits consulaires pour défendre ses Canadiens», croit cet ancien secrétaire général adjoint au Conseil de l'Europe. M. Leuprecht dénonce l'immobilisme canadien qui justifie son pouvoir discrétionnaire en se référant «à de vieux concepts britanniques d'un autre âge», notamment la prérogative royale (crown prerogative). «Juridiquement ça ne veut rien dire. Ça ne fait qu'ouvrir la porte à l'arbitraire», a-t-il déploré.

«La prérogative royale, c'est de décider d'intervenir ou non, en fonction de ce qu'on pense être les besoins de la cause. C'est ce qui nous choque, il n'y a pas d'imputabilité», a critiqué à son tour Me Nathalie Des Rosiers, en plaidant en faveur d'un cadre législatif plus contraignant, qui n'exigerait pas de modification constitutionnelle.

D'autres solutions

Pour obliger le gouvernement à plus de transparence, d'autres solutions s'imposent. «La [loi sur l'accès à l'information] manque de punch. On en demande l'amélioration afin que ce ne soit pas le fardeau de tout un chacun de faire des demandes et que le gouvernement soit plus prompt à rendre certaines choses publiques», a-t-elle noté. Les requêtes en dommages et intérêts, comme celles menées actuellement par Abousfian Abdelrazik, un Montréalais coincé au Soudan pendant six ans parce que le Canada ne voulait pas lui délivrer un passeport, sont un outil à ne pas négliger en raison de la visibilité qu'elles procurent.

Les panélistes ont également condamné les ratés dans l'affaire Omar Khadr, sur laquelle s'est récemment prononcée la Cour suprême. «On a voulu ménager la chèvre et le chou. La Cour a dit oui, les droits d'Omar Khadr ont été violés et il doit y avoir réparation [...], mais la manière dont ce sera fait est laissée au pouvoir discrétionnaire du gouvernement», constate avec dépit M. Leuprecht.

Alors que s'amorce demain aux États-Unis la dernière étape avant le procès militaire en juillet d'Omar Khadr, citoyen canadien détenu à Guantánamo, Maher Arar rappelle que le plus grand ennemi de ces ressortissants, dont on a violé les droits, demeure le silence. «Même moi, quand j'ai parlé publiquement de mon cas, plusieurs membres de ma famille n'étaient pas d'accord. Ils avaient peur. [...] On a toutes sortes de réflexes. Alors, je me demande s'il y a d'autres Canadiens qui ne parlent pas publiquement parce qu'ils ont peur. Le travail du journaliste c'est d'aller parler aux communautés, de fouiller. D'après moi, il y en a d'autres.»
3 commentaires
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 26 avril 2010 07 h 44

    Pauvre chômeur

    à 10 millions par année. Combien ont eu les 500 Québécois emprisonnés par Trudeau en 1970?

    Québec

  • Roland Berger - Inscrit 26 avril 2010 14 h 49

    Rodrigue, as-tu du coeur ?

    Tu veux 10 millions. Fais du militantisme, fais-toi arrêter et expédier dans une prison à l'étranger pour y être torturé, et tu auras droit à 10 millions. Courage.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

  • JAMAIS UN QUeBEC PAYS - Inscrit 26 avril 2010 20 h 22

    10 million beaucoup trop

    Son cas aurait pu être réglé pour beaucoup moins cher... beaucoup moins cher.