Revue de presse - Restons calmes...

Le chef libéral Michael Ignatieff a annoncé cette semaine qu'il allait ordonner à ses députés de voter contre un projet de loi abolissant l'enregistrement des armes d'épaule, mais, en échange, il apportera, une fois élu, des modifications au registre afin de le rendre plus acceptable à ses opposants. La décision de M. Ignatieff a fait des vagues, surtout dans l'Ouest, parce que l'automne dernier, ce même projet de loi a pu être adopté en deuxième lecture grâce à l'appui de 12 néodémocrates et de huit libéraux.

Dan Lett, du Winnipeg Free Press, pense que le chef libéral a pris une décision déterminante pour sa carrière car, s'il se trompe, ce sera le début de la fin pour lui. Pour Ignatieff, il s'agit d'une occasion de démontrer son leadership sur quelque chose. Lett doute toutefois de l'utilité des amendements promis. «C'est comme si Ignatieff croyait qu'il peut à la fois garder le registre et séduire les électeurs ruraux. L'histoire nous a montré que cela a bien peu de chances d'arriver. Dans l'Ouest, le registre est devenu le symbole de tout ce qui ne va pas avec le Parti libéral. Rien, à part son élimination, ne sera acceptable pour la majorité des propriétaires d'armes et pour les députés libéraux qui craignent de perdre leurs sièges aux mains des conservateurs à cause de cet enjeu.» Il n'est d'ailleurs pas assuré qu'Ignatieff puisse convaincre tous ses députés de respecter son ordre, prévient Lett. Or, s'il échoue, le choc sera ressenti dans tout le parti et le leadership d'Ignatieff s'en ressentira.

Le ton posé de Lett tranche avec la colère du Star-Phoenix, de Saskatoon, qui affirme qu'Ignatieff a laissé tomber les Canadiens ruraux. Il y a un an seulement, rappelle le quotidien, le chef libéral avait dit si bien comprendre l'Ouest qu'il laisserait ses députés libres de voter comme ils l'entendent sur le registre, une des choses qui a le plus nui aux libéraux dans la région. On n'y digère toujours pas qu'on puisse transformer en criminels d'honnêtes fermiers et chasseurs de canards simplement parce qu'ils refusent de se soumettre à un registre. Mais voilà qu'Ignatieff parle d'imposer une position commune au caucus. Si c'est le cas, «il deviendra apparent que ces racines ne sont pas bien profondes dans l'Ouest».

Matt Gurney, dans le National Post, parle de la nouvelle erreur de Michael Ignatieff. Le journaliste affirme, sans le démontrer, que les changements proposés rendront encore plus inefficace un registre déjà inutile. Farouchement opposé au registre, Gurney se demande «pourquoi Michael Ignatieff gaspille du capital politique et sa légitimité démocratique à ficeler un échec à coup de réformes contraires au bon sens». L'équipe éditoriale du Globe and Mail, elle, juge que le chef libéral a mal choisi son enjeu pour imposer sa loi au caucus. Ce registre mal conçu sème la chicane depuis des années et a fait bien peu pour protéger les Canadiens. «La fin de l'enregistrement des armes d'épaule ne signerait pas la fin du contrôle des armes à feu au Canada, rappelle le Globe, mais seulement la fin d'une fiction.»

Pour grincer des dents

On ne sera pas surpris d'apprendre que le National Post et la plupart de ses chroniqueurs s'opposent à ce qu'on fasse du bilinguisme une exigence pour devenir juge à la Cour suprême, comme le prévoit un projet de loi du député néodémocrate Yvon Godin tout juste arrivé au Sénat. Lorne Gunter parle d'une «distorsion de la raison, de la démocratie et de l'unité». L'équipe éditoriale et lui parlent du danger de se priver de l'expertise de juges très compétents mais unilingues. Ils insistent sur le fait que la grande majorité des Canadiens, tant francophones qu'anglophones, ne parlent pas les deux langues officielles. Mais Gunter, lui, affiche ouvertement ses couleurs. «L'effet pratique sera de donner aux francophones bilingues une influence disproportionnée sur [l'interprétation] de la Charte et les cours.» Visiblement ignorant des règles gouvernant la composition de la Cour suprême, Gunter, tout comme le Post, affirme qu'on pourrait se retrouver avec une Cour composée à majorité de Québécois.

Le Post n'est pas plus subtil en ce qui a trait au poids politique du Québec à la Chambre des communes. Si le Québec veut le maintenir, dit-il, qu'il accueille plus d'immigrants. Avant de s'établir quelque part, dit-il, les immigrants cherchent un endroit stable, économiquement attrayant et où ils se sentent acceptés. «À tous ces égards, le Québec se révèle moins attrayant que l'Ontario, la Colombie-Britannique et l'Alberta. La raison? Les effets des politiques étatistes et séparatistes défendues par des politiciens comme Gilles Duceppe.» En matière d'acceptation des immigrants, le Post parle de tensions sérieuses générées par le désir de protéger le français tout en attirant des allophones. «Au fil des ans, les gouvernements séparatistes ont adopté des lois draconiennes qui limitent les choix scolaires et nuisent au développement des affaires, deux enjeux importants pour les immigrants.» Et il y a cet étatisme qui a fait du Québec une province «moins productive, moins riche et moins attirante». Par conséquent, si le Québec veut plus de sièges aux Communes, à lui de les «mériter» au lieu de les «mendier», conclut le Post.