Détenus afghans - L'opposition peste contre l'obstruction d'Ottawa

Ottawa — L'opposition a accusé hier le gouvernement de vouloir étouffer la Commission d'examen des plaintes concernant la police militaire (CPPM) en refusant de lui transmettre des documents essentiels à son enquête sur le transfert des détenus afghans.

Selon le président intérimaire de la CPPM, Glenn Stannard, la Commission n'a reçu que 460 pages de documents — censurés — depuis deux mois. La CPPM attend des milliers d'autres pages nécessaires à son enquête. Le gouvernement, qui a refusé le droit à la Commission de voir les documents non censurés, affirme que les censeurs sont débordés par l'ampleur de la tâche.

Résultat: un bloc de huit jours d'audiences pourrait être annulé la semaine prochaine, et la Commission pourrait devoir suspendre ses travaux à la mi-mai.

En Chambre, le député libéral Ujjal Dosanjh a parlé hier d'une «culture de l'escroquerie». «Le gouvernement cache ces documents à la Commission, a-t-il dit. Les conservateurs font de l'obstruction systématique [qui] empêche les Canadiens de connaître la vérité.» Selon lui, même les «censeurs sont censurés».

Des allégations «absolument ridicules», selon le ministre de la Justice, Rob Nicholson, qui a souligné que le mandat de la CPPM a été mis en place par le gouvernement libéral et qu'il y a des procédures à respecter avant de livrer des documents. Il estime que M. Dosanjh «devrait avoir confiance en la Commission et la laisser faire son travail» au lieu de poser des questions.

Le témoignage de trois anciens ambassadeurs devant le Comité parlementaire sur l'Afghanistan mercredi a lui aussi rebondi durant la période de questions. Avec des interprétations fort différentes.

Si Claude Bachand, du Bloc québécois, a vu dans certains propos de l'ambassadeur David Sproule une preuve claire des risques de torture courus par les détenus, le ministre Peter MacKay a cité d'autres extraits prouvant, selon lui, qu'aucun détenu n'a jamais été transféré si des risques étaient connus. Conclusion: une enquête publique pour faire la lumière sur le dossier, a plaidé Jack Harris, du NPD.