Jaffer demandait 115 millions à Ottawa

Rahim Jaffer avec son partenaire Patrick Glémaud, mercredi, avant de témoigner devant un comité parlementaire.
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Rahim Jaffer avec son partenaire Patrick Glémaud, mercredi, avant de témoigner devant un comité parlementaire.

Ottawa — Des documents rendus publics dans la foulée du témoignage de l'ancien député conservateur Rahim Jaffer ont mis le feu aux poudres à la Chambre des communes. On y apprend que le mari de l'ex-ministre Helena Guergis a sollicité le gouvernement pour des projets d'une valeur de 850 millions de dollars. Les trois partis d'opposition sont maintenant convaincus que M. Jaffer s'est adonné au lobbyisme sans le déclarer.

Depuis que les partis d'opposition cherchent à savoir pourquoi, au juste, Helena Guergis a été expulsée du cabinet, ils s'intéressent à son conjoint. Ils veulent découvrir si Rahim Jaffer s'est rendu coupable de trafic d'influence et s'il a du coup précipité la chute de son épouse. Déjà, il a reconnu avoir approché le secrétaire parlementaire du ministre des Transports, Brian Jean, à propos de trois projets.

Des documents consultés hier par Le Devoir montrent que Rahim Jaffer a pistonné ces trois projets dans le domaine des énergies renouvelables au nom de cinq de ses clients. Pour ces projets d'une valeur totale de 850 millions de dollars, il sollicitait auprès du gouvernement fédéral une somme de 115 millions, laquelle aurait été puisée à même le Fonds pour l'infrastructure verte.

Son intervention a été efficace dans la mesure où son ancien collègue, M. Jean, a fait suivre deux des trois projets au directeur général des politiques et des priorités au ministère en juillet. Le ministère a étudié les projets et a répondu — par la négative — en septembre pour l'un et en octobre pour l'autre. Une lettre de réponse officielle du ministre John Baird a même été rédigée, mais n'a finalement pas été envoyée.

Des règles contournées?

Pour les trois partis d'opposition, il ne fait aucun doute que les projets ont reçu un traitement de faveur puisqu'ils n'ont pas transité par les canaux habituels du ministère. Ces projets, a lancé le libéral Bob Rae, «ont non seulement été discutés, mais étudiés directement par le ministère. Il y a eu des réponses du ministère à ces projets. [...] Si cela ne constitue pas du lobbyisme, ne constitue pas un accès spécial pour les amis et les proches du Parti conservateur, le premier ministre voudrait-il nous dire exactement ce que c'est?»

Le premier ministre Stephen Harper a soutenu que ses ministres et députés avaient respecté les règles et que c'est pour cette raison qu'aucun contrat gouvernemental n'a été accordé. «Si M. Jaffer ou un quelconque autre individu a contrevenu aux règles, je suis sûr qu'il sera tenu pour responsable», a-t-il déclaré.

Les partis d'opposition estiment qu'une démarche n'a pas besoin d'être couronnée de succès pour constituer du lobbyisme. Selon le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, la logique «aberrante» du premier ministre ferait en sorte qu'une personne «arrêtée à la porte d'une banque avec une mitraillette, mais qui n'a pas fait le vol», ne serait pas accusée.

«C'est de la magouille. C'est du copinage, estime le néodémocrate Thomas Mulcair. Ce sont les façons de faire des libéraux que les conservateurs ont toujours dénoncées. [...] On commence à comprendre que les conservateurs sont aussi corrompus que les libéraux [l'ont été].»