Détenus afghans - Trois anciens ambassadeurs justifient les transferts

Ottawa — Le Canada était bien au courant des risques d'abus et de torture courus par les détenus dans les prisons afghanes, ont confirmé hier trois anciens ambassadeurs en Afghanistan. Mais ceux-ci affirment que tout a été fait pour que les détenus transférés par le Canada ne soient pas, eux, maltraités.

«Nous n'avons jamais eu d'illusions quant à la situation des droits de la personne en Afghanistan», a lancé David Sproule, ambassadeur entre octobre 2005 et avril 2007 — soit durant la période névralgique où les détenus étaient transférés sans être bien suivis. M. Sproule témoignait hier devant le Comité parlementaire sur l'Afghanistan en compagnie de ses successeurs, Arif Lalani (d'avril 2007 à août 2008) et Ron Hoffman (d'août 2008 à août 2009).

M. Sproule a reconnu qu'il y avait des «problèmes systémiques» de violation des droits de la personne en Afghanistan. «C'est pourquoi nous sommes là.» Les risques liés au transfert des détenus préoccupaient le gouvernement, et c'est pourquoi un protocole de transfert a été signé en décembre 2005, a-t-il expliqué.

Selon M. Sproule, le Canada avait alors «obtenu les assurances les plus élevées» que les détenus transférés seraient bien traités et que «le gouvernement afghan prendrait ses responsabilités». Interrogé pour savoir quelles assurances avait le Canada en ce sens, M. Sproule a répondu que «l'assurance [venait] du fait que le gouvernement afghan avait signé le protocole de transfert».

Il a affirmé que, durant son mandat, «aucun incident de mauvais traitement d'un détenu ne [leur] a été signalé». «Nous n'avons jamais transféré de détenus capturés par le Canada s'il y avait quelque risque de torture que ce soit. Jamais», a-t-il martelé. M. Sproule a confirmé qu'il lisait les rapports du diplomate Richard Colvin et que ceux-ci étaient transférés à Ottawa.

Mais le protocole de 2005 avait de grosses lacunes, a clarifié Arif Lalani. Dès son premier jour en poste, celui-ci a ainsi reçu l'ordre de trouver un nouveau protocole pour colmater trois grandes brèches: le processus trop lent et compliqué pour avertir la Croix-Rouge d'un transfert, l'absence de système de surveillance et la mauvaise tenue des dossiers.

M. Lalani et M. Hoffman ont affirmé hier que ce nouveau protocole était plus efficace et qu'il a permis d'arrêter le processus de transfert dès qu'une allégation sérieuse était notée (comme ce fut le cas en novembre 2007).

Ron Hoffman a indiqué qu'il était «convaincu que les mesures adoptées par le Canada garantissaient que le risque des détenus était réduit au minimum». «Notre système de surveillance a suscité le respect et les éloges» des alliés, a-t-il dit.