Droits et Démocratie - Latulippe tourne la page

Ottawa — Gérard Latulippe, le nouveau président de Droits et Démocratie, est venu dire aux parlementaires hier qu'il tournait la page sur les récents événements survenus à l'organisme. Il endosse totalement le conseil d'administration en place et soutient que l'organisme aura encore le droit de mener sa barque indépendamment de la politique étrangère du Canada.

Gérard Latulippe est récemment entré en fonction dans la tourmente, les partis d'opposition le jugeant inapte au poste à cause de son passé partisan au sein de l'Alliance canadienne et de certaines prises de position personnelles sur le mariage gai, la peine de mort et la présence de musulmans au Québec.

En comité parlementaire hier, il a soutenu que ces considérations n'étaient pas pertinentes. «Je ne suis pas ici pour débattre de mes idées personnelles», a-t-il répondu au député libéral qui voulait savoir s'il avait changé d'avis. Il a aussi dit qu'il n'était pas souverainiste.

Au coeur de la tourmente à Droits et Démocratie se trouve un conflit entre les employés de l'organisme et le conseil d'administration, auquel siègent des individus farouchement alignés sur la politique d'Israël, notamment. M. Latulippe s'est porté à la défense du conseil d'administration, avec qui il dit pouvoir travailler.

Par contre, il a critiqué les employés, jugeant qu'ils avaient «eu tord» de rédiger une lettre ouverte demandant leur démission.

Une affaire d'indépendance

La question de l'indépendance de l'organisme a été soulevée. Le conseil d'administration a été accusé de prendre ses ordres du gouvernement en place. Droits et Démocratie peut-il encore prendre des positions n'allant pas dans le sens de la politique étrangère du Canada? Oui, a laissé entendre M. Latulippe de manière alambiquée. «La politique étrangère est l'affaire du ministère des Affaires étrangères. [...] La programmation de Droits et Démocratie, c'est la programmation de Droits et Démocratie», a-t-il dit.

À titre d'exemple de cette indépendance, il a indiqué que l'organisme «n'est pas obligé de travailler dans les pays prioritaires du gouvernement». Toutefois, à un député conservateur qui lui demandait pourquoi l'organisme n'avait pas de programmes au Venezuela, à Cuba ou en Iran, M. Latulippe a lancé: «On doit travailler plus dans les Amériques. [...] Je m'apprête à en parler à mon personnel.» On sait que le gouvernement de Stephen Harper a fait de l'Amérique latine sa priorité diplomatique.

En entrevue avec Le Devoir, M. Latulippe a donné l'exemple de l'implication en Mauritanie du NDI, un organisme américain des droits de la personne pour lequel il a travaillé, malgré le coup d'État que les États-Unis avaient désavoué. «Les rôles ne sont pas les mêmes.»

Notons enfin que M. Latulippe a levé le voile sur les multiples contrats accordés par le vice-président Jacques Gauthier depuis janvier, lorsqu'il a assuré la présidence par intérim. Au total, les contrats accordés à des firmes d'avocats, de comptables, de communications et de détectives privés totalisaient, en date du 31 mars, environ 381 000 $. Ces contrats ont été accordés sans appel d'offres en invoquant «l'urgence pressante» ou alors le droit «d'engager des employés ou des consultants», a expliqué M. Latulippe.