Détenus afghans - Colvin persiste et signe dans le moindre détail

Le diplomate Richard Colvin
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Le diplomate Richard Colvin

Ottawa — Six heures d'un interrogatoire aride pour revenir sur le témoignage qui a mis le feu aux poudres au Parlement cet automne: le diplomate Richard Colvin a persisté, signé et réitéré hier que le gouvernement a été prévenu dès 2006 des risques de torture courus par les détenus afghans transférés.

Le ton assuré mais courtois, Richard Colvin a répondu hier à des centaines de questions devant la Commission d'examen des plaintes concernant la police militaire (CPPM), qui a repris la semaine dernière l'étude de ce dossier délicat. L'audience affichait complet: des dizaines de journalistes se sont entassés dans la petite salle, refoulant plusieurs collègues dans le hall.

Six heures, donc, mais sans grandes révélations. Après avoir déposé un affidavit devant la CPPM en octobre, après son témoignage explosif devant le comité parlementaire sur l'Afghanistan en novembre survenu après la publication d'une lettre réfutant point par point la défense du gouvernement en décembre, Richard Colvin avait en effet déjà dévoilé l'essentiel de ses informations.

Mais il a précisé plusieurs points et réaffirmé que le Canada — tant le gouvernement que les autorités militaires — était au courant d'un «risque systématique de torture et d'abus» dans les prisons afghanes. Le diplomate était en poste depuis à peine un mois quand il a entendu parler du problème par des sources «crédibles». Et il a exposé la situation à de nombreuses reprises aux autorités, a-t-il dit en déplorant que cet enjeu ne semblait préoccuper personne.

Sur le terrain, jusqu'à l'adoption d'un nouveau protocole de transfert en mai 2007, l'absence de collaboration du Canada avec la Croix-Rouge (chargée de suivre les détenus après leur transfert) a fait en sorte que les prisonniers transférés disparaissaient de l'écran radar. «Nous perdions plusieurs, si ce n'est pas la plupart ou même la totalité de nos détenus», a indiqué M. Colvin. La Croix-Rouge s'est plainte «énergiquement» du problème: les informations transmises par le Canada à l'organisme arrivaient trop tard, et étaient ténues. Parfois, des mois pouvaient s'écouler avant la Croix-Rouge soit mise au courant du transfert d'un détenu, a indiqué Richard Colvin.

Pressé de questions par l'avocat du gouvernement qui voulait lui faire admettre que ses rapports n'étaient pas assez précis pour que le gouvernement agisse, M. Colvin a répliqué qu'il y a plusieurs manières de dire les choses. Le mot «torture» n'apparaissait peut-être pas dans ses comptes-rendus (aujourd'hui largement caviardés), mais l'esprit était très clair, a-t-il dit. D'autant qu'il s'adressait à un «auditoire raisonnablement averti», capable de lire entre les lignes.