Démission sur fond de scandale

Helena Guergis
Photo: Helena Guergis

Ottawa — Qu'a donc encore fait la conservatrice Helena Guergis? La députée ontarienne a été expulsée hier non seulement du cabinet, mais aussi du caucus de son parti à cause «d'allégations sérieuses» qui restent nébuleuses pour l'instant. Le premier ministre Stephen Harper n'a pas éclairci la situation, se limitant à dire que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et le Commissariat aux conflits d'intérêts et à l'éthique (CCIE) avaient été saisis de l'affaire.

«Ça devient de plus en plus sérieux. Ça veut dire maintenant que c'est une affaire criminelle», s'est exclamé le chef libéral, Michael Ignatieff. Il est extrêmement rare qu'un premier ministre invite la police à faire enquête sur un de ses ministres. Le dernier cas recensé est celui de Marcel Masse, qui avait dû démissionner du cabinet de Brian Mulroney en 1985 lorsque la GRC a fait enquête sur ses dépenses électorales. Il avait été blanchi et avait réintégré le cabinet plus tard.

Que reproche-t-on à Mme Guergis, qui occupait la fonction de ministre d'État à la Condition féminine? Mystère. Depuis quelques semaines déjà, les controverses la concernant s'accumulent, mais aucune a priori ne semblait justifier l'intervention policière.

«Hier soir [jeudi], mon cabinet a été mis au courant d'allégations sérieuses en ce qui a trait à la conduite de l'honorable Helena Guergis, a déclaré M. Harper au cours d'un point de presse annoncé hier à la dernière minute. Ces allégations ont rapport avec la conduite de Mme Guergis et n'impliquent aucun autre ministre, député, sénateur ou employé du gouvernement fédéral. J'ai transmis les allégations à la commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique, ainsi qu'à la GRC. Étant donné les circonstances, je ne ferai pas d'autre commentaire.»

Le porte-parole du premier ministre a indiqué que ce qui était reproché à la ministre constituait «de nouvelles allégations» encore jamais révélées et qu'elles étaient «bien plus graves».

La principale intéressée n'a pas été plus claire non plus. Dans un courriel envoyé à certains journalistes, Helena Guergis écrit avoir remis sa démission hier matin. «Les neuf derniers mois ont été très difficiles pour moi, écrit-elle. J'ai commis des erreurs et je m'en suis excusée. Je veux que la population de l'Île-du-Prince-Édouard sache que lorsque j'ai parlé avec émotion, je faisais référence à l'aéroport puisque jamais je ne voudrais insulter la terre natale de mon père. Je m'excuse encore.»

De controverse en controverse

Les problèmes de Mme Guergis ont en effet débuté en février, lorsqu'une source anonyme a fait circuler un compte-rendu de son esclandre à l'aéroport de Charlottetown. La ministre avait crié des obscénités aux agents de sécurité lui demandant de retirer ses bottes et s'était plainte qu'elle resterait, à cause d'eux, coincée dans ce «trou».

Quelques jours plus tard, son conjoint, l'ex-député conservateur Rahim Jaffer, a obtenu une sentence-bonbon — une amende de 500 $ — après que les accusations d'excès de vitesse, de conduite en état d'ébriété et de possession de cocaïne qui pesaient contre lui eurent été abandonnées.

Puis, il a été découvert que de nombreuses lettres aux lecteurs vantant les mérites de la ministre et publiées dans la foulée de ces controverses avaient en fait été écrites par son entourage politique qui ne s'identifiait pas comme tel.

Mardi, l'opposition libérale a révélé que Mme Guergis a acheté à Ottawa une résidence de 880 000 $ sans aucune mise de fonds. La députée libérale Marlene Jennings voulait s'assurer que la ministre «n'avait pas obtenu de faveur et que quiconque dans la même situation financière serait en mesure d'obtenir la même hypothèque».

Jeudi, le Toronto Star a révélé que le fameux soir où Rahim Jaffer a été arrêté en possession de cocaïne, il avait rencontré un homme d'affaires louche qui s'est par la suite vanté d'avoir, par son entremise, un accès direct au bureau du premier ministre du Canada.

Trafic d'influence?

«Y a-t-il des preuves [établissant] que Mme Guergis a communiqué avec des membres du gouvernement pour promouvoir les intérêts professionnels de son mari?» a demandé hier un journaliste à M. Harper. «Je n'ai aucune information qui impliquerait d'autre ministre, député, sénateur ou employé du gouvernement», a répété le premier ministre.

Rahim Jaffer distribuait encore ses cartes professionnelles de député (bien qu'il a été défait en octobre 2008) et affichait encore jeudi midi le logo du Parti conservateur sur son site Internet. Le Toronto Star a révélé qu'il utilisait également un BlackBerry gouvernemental appartenant à sa conjointe.

La piste du trafic d'influence paraît être la plus crédible aux yeux de Michael Ignatieff. «Est-ce que la ministre était conforme à la loi [...], quant au comportement de son mari envers le registre des lobbyistes?» a-t-il demandé en point de presse. Selon M. Ignatieff, le premier ministre doit «dissiper les ténèbres» en expliquant un peu plus les raisons de la mise en quarantaine de Mme Guergis. M. Harper a qualifié de «fausses» les affirmations voulant que M. Jaffer jouissait d'un accès privilégié.

Le leader parlementaire du Bloc québécois, Pierre Paquette, estime que tout cela constitue une entreprise de «pelletage par en avant». «La semaine prochaine, ils vont nous dire qu'ils ne peuvent pas répondre pour ne pas nuire à l'enquête», a-t-il en entrevue téléphonique. Selon M. Paquette, les faits reprochés jusqu'à présent à Mme Guergis ne justifient pas une enquête policière. «Il doit y avoir quelque chose d'autre qu'on ne connaît pas. [...] C'est beaucoup plus grave.»

Autre information publiée cette semaine: la ministre a réclamé un remboursement à Élections Canada, à titre de dépenses électorales, pour des vêtements de jogging, des chaussures et un sac à main totalisant environ 600 $. Elles n'ont pas encore été approuvées par Élections Canada.

Hier, Stephen Harper s'est dit «déçu» de la tournure des événements. «Je suis très déçu, c'est un jour triste. Vous savez, dans ce domaine, vous recevez les pots et les fleurs et lorsque vous êtes confronté à ces choses, vous devez les gérer et c'est ce que nous avons fait.» Est-ce une démission ou un congédiement? Le premier ministre a laissé entendre que la nuance n'avait pas beaucoup d'importance. «Compte tenu des circonstances, une démission était invariable [inévitable].»

Helena Guergis a fait son entrée à la Chambre des communes en 2004. La fusion des partis de droite a permis de mettre un terme au règne libéral dans Simcoe-Grey, une circonscription logée sur les rives de la baie Georgienne. À la dernière élection, elle a obtenu une victoire confortable, obtenant 55 % des voix. L'actuelle ministre des Travaux publics, Rona Ambrose, la remplacera à la Condition féminine.
 
10 commentaires
  • Augustin Rehel - Inscrit 10 avril 2010 07 h 21

    Le cover-up

    Ce qui est assez inconcevable dans ce dossier, c'est que le gouvernement exige la démission invoquant des «allégations sérieuses», exigeant même une enquête de la GRC, et le tout sans expliquer ce qui est reproché à la ministre.

    C'est un cover-up assez honteux!

  • Loraine King - Inscrite 10 avril 2010 07 h 25

    Pourquoi le GRC?

    Pourquoi la GRC ne donne-t-elle pas de plus amples informations quant à la nature des allégations contre Madame Guergis? La même GRC avait bien dévoilé en pleine campagne électorale qu'elle faisait enquête sur le bureau de Ralph Goodale, une lettre avait été rendue publique, etc. Je ne comprends pas pourquoi la GRC resterait muette dans ce cas-ci.

    Madame Guergis et son époux sont le genre de politiciens dont nous n'avons pas besoin mais qui peuplent de plus en plus les communes. Stephen Harper est l'exemple parfait : sa carrière est entièrement vouée au financement et à l'organisation de partis politiques. Idem pour Jaffer, Guergis, Beard, Clement... la liste n'en finit plus.

    Qu'on m'accuse d'élitisme, mais je préfère des députés moins 'star' médiatiques. Je préfère des députés dont les compétences à l'extérieur des partis politiques sont réelles : on a besoin de plus d'avocats et de gens d'affaires que de backroom boys. Nos politiciens sont trop bien payés. Ils devraient quand ils se présentent devant l'électorat avoir suffisamment travaillé dans leur domaine (droit, science, fonction publique, etc.) pour ne pas avoir besoin du salaire et du fond de pension pour vivre - des gens qui comme Marcel Massé (pas celui mentionné dans l'article) qui est entré en politique en 1993 pour redresser les finances publiques et qui a quitté en 1999 quand il eut finit le travail.

  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 10 avril 2010 08 h 06

    Le pouvoir tue l`honnêteté

    Qu`ils soient Libéraux ou Conservateurs à Ottawa ou Libéraux à Québec les films d`horreurs se multiplient. La serre parlementaire les difforment et ces députés deviennent des malfrats. Scandale des commandites, enveloppes brunes sont passés par des Premier ministres et ministres à une vitesse renversante. Curieusement aucun d`eux s`ont poursuivis en justice comme ce serait le cas pour le commun des mortels. Ce Canada avec des valeurs dites canadiennes fait réfléchir. La luxure politique est un mode de vie sans restrictions morales après tout.

  • Sanzalure - Inscrit 10 avril 2010 10 h 36

    Comme au Vatican

    Finalement, c'est la même méthode au gouvernement qu'au Vatican : on ferme les yeux pendant que ça se passe et on tâche d'étouffer l'affaire après que le chat soit sorti du sac.

  • Paul Corbeil, Québec et Labrador - Inscrit 10 avril 2010 11 h 16

    Autres scandales qu'il ne faut pas oublier

    Le meilleur pays au monde comme le dit si souvent Jean Chrétien, mon œil Jean Chrétien, les centaines de millions de dollars du scandale des commandites qui ont ‘’fourrés’’ littéralement tous les Québécois de leur argent dans leur propre portefeuille, ca Jean Chrétien, ca te passe dix pieds par-dessus la tête. Pis la reine Élizabeth d’Angleterre qui a eu le culot, qui t’as nommé Sir Jean Chrétien parce que tu as sauvé le canada, la reine (et l’Angleterre) avec sa propre démocratie d’envahisseurs se fou complètement de la fraude référendaire du comité du non de l’unité canadienne, parce qu’on la gagné réellement ce référendum la en 1995! De quoi qu’elle se mêle elle, la reine d’Angleterre avec son colonialisme résiduelle en terre Québécoise, en pays Québécois ! Le Bloc Québécois avec son chef Gilles Duceppe que je qualifie de vraie et pur insignifiant et le Partie Québécois n’ont rien fait devant les instances internationales pour contester cette fraude référendaire! Assez que je me demandais si j’hallucinais et je me le demande toujours aujourd’hui, le BQ et le PQ se ce sont comportez comme de véritable traites à cette époque suite à cette fraude en restant les bras croisés comme de véritable lâches! Je n’ai par la suite, jamais voté pour cet insignifiant Gilles Duceppe, cet incompétent personnage qui aurait du démissionner sur le champ mais qui s’accroche au pouvoir comme une plaie lépreuse après la peau! Gilles Duceppe a eu l’hypocrisie de parler d’indépendance lorsque tous ses moutons de députés du BQ l’on fêté pour ses vingt annés de pouvoir du BQ à Ottawa, Gilles Duceppe il aura mieux fallu que tu te caches dans un fond de garde robe! Quand Gilles Duceppe démissionnera pour le bien de la démocratie! Le gouvernement d’Ottawa est prêt par tous les moyens illégaux de nous empêcher de devenir un pays libre et démocratie! Juste à voir leur dépôt militaire en plein cœur de Montréal près de la rue Haig et qui est un véritable dépôt d’armement, de bombes, de munitions, de véhicules blindés! Avez-vous tous les élues au Québec et les élues municipaux pensez et réaliser s’il se produisait une explosion dans ce dépôt militaire en plein cœur de Montréal le nombre de morts civiles qu’ils auraient??? Rappelez vous que la ville d’Halifax avait disparue et rayer complètement de la carte au siècle passé lors de l’explosion dans le port d’Halifax en Nouvelle Écosse d’un de leur dépôt militaire du canada anglais! Il avait eu des milliers de morts civiles en plus des leurs! Tous les dépôts militaires en sol et pays Québécois n’a pas aucune raison d’être. Tous les Québécois ne sommes pas des envahisseurs comme le canada anglais! Que va faire l’insignifiant Gilles Duceppe du Bloc Québécois dans ce dossier à suivre?
    Paul Corbeil
    Saint-Joseph de Mékinac