L'armée canadienne après 2011 - L'ONU voit le Canada au Congo, les États-Unis, en Afghanistan

Photo: Alec Castonguay - Le Devoir

L'Organisation des Nations Unies (ONU) a discrètement demandé au gouvernement canadien de déployer des Casques bleus au Congo en 2012, après son retrait d'Afghanistan. Et Ottawa ne ferme pas la porte à cette possibilité.

Selon les informations obtenues par Le Devoir de différentes sources canadiennes, la demande — pour l'instant non officielle — est venue du Département des opérations de maintien de la paix de l'ONU tard l'automne dernier. Les Nations unies souhaiteraient même que le Canada prenne la tête d'une mission reconfigurée au Congo. Depuis, les hauts gradés des Forces canadiennes étudient différents scénarios qui permettraient à Ottawa de répondre à cette demande.

La requête de l'ONU arrive au même moment que celle des États-Unis, qui veulent toutefois que le Canada poursuive son engagement en Afghanistan. Hier, dans une entrevue au réseau CTV, Hillary Clinton, la secrétaire d'État américaine, a confirmé les informations qui ont circulé la semaine dernière, à savoir que Washington souhaite que le Canada maintienne entre 500 et 600 militaires en Afghanistan après juillet 2011.

Ces militaires pourraient être postés à Kaboul où ils seraient soldats-entraîneurs pour former l'Armée nationale afghane. Il ne s'agirait pas d'une mission de combat. «Nous aimerions voir une forme d'aide continuer, parce que le Canada a une bonne réputation», a dit Mme Clinton, qui est de passage à Gatineau pour une rencontre des ministres des Affaires étrangères du G8. «Plusieurs scénarios sont possibles, a poursuivi Hillary Clinton. Les militaires pourraient glisser davantage vers une mission d'entraînement qu'une mission de combat.»

Un dilemme politique

Le gouvernement Harper se retrouve donc devant un dilemme. Étant donné qu'il répète depuis des semaines qu'il n'a pas l'intention de laisser un seul soldat canadien en Afghanistan après 2011, accéder à la demande des États-Unis provoquerait un intense débat politique aux Communes.

En revanche, la demande de l'ONU pour sa mission au Congo est moins explosive politiquement, puisque les sondages montrent que les Canadiens souhaitent un retour de leurs soldats sous l'égide de l'ONU.

Déjà, le NPD a fait savoir au Devoir qu'il appuierait une telle mission canadienne en Afrique. «Si Harper veut revenir à une participation du Canada sous une mission de l'ONU, celle au Congo serait un excellent choix. Nous serions d'accord», a dit en entrevue le député Paul Dewar, porte-parole néodémocrate en matière d'affaires étrangères.

Une source gouvernementale a confirmé au Devoir que les Forces canadiennes analysent différentes possibilités afin de déployer des soldats au Congo après 2011. «C'est leur rôle de planifier ce type de mission», affirme cette source, qui précise toutefois que le gouvernement n'a pas encore pris de décision. «La discussion politique sur un possible déploiement au Congo n'a pas encore eu lieu.»

Le ministre de la Défense, Peter MacKay, n'a pas fermé la porte hier aux Communes. «Jusqu'en 2011, notre attention est en Afghanistan, a-t-il dit. Ensuite, il y aura une évaluation de notre capacité de déploiement ailleurs, et le gouvernement consultera les dirigeants des Forces canadiennes.»

L'un des scénarios à l'étude concerne le déploiement d'un quartier général militaire pour diriger la mission de l'ONU au Congo. Si cette possibilité est retenue, le nombre de soldats canadiens serait limité à quelques centaines, ce qui laisserait le temps à l'armée de prendre un peu de repos après un difficile déploiement à Kandahar.

Hier, l'Ottawa Citizen rapportait que le général canadien Andrew Leslie, qui quittera la direction de l'armée de terre dans les prochaines semaines pour aller terminer un doctorat, pourrait être appelé à diriger une mission en Afrique. L'ONU aurait l'oeil sur le général Leslie parce qu'il a l'expérience requise (il a été commandant adjoint des forces de l'OTAN en Afghanistan) et qu'il parle un excellent français. Un atout dans un pays francophone comme le Congo, où le Canada compte déjà douze observateurs militaires au sein de la mission de l'ONU.

Le retour de l'ONU

C'est la deuxième fois que l'ONU frappe à la porte du Canada pour sa mission de paix au Congo, la MONUC, qui dure depuis 1999. En 2003, les Nations unies avaient demandé au Canada de s'impliquer activement dans cette mission, mais Ottawa avait préféré aller en Afghanistan aux côtés de ses alliés de l'OTAN.

La mission onusienne au Congo est la plus importante de l'organisme dans le monde, avec 20 000 soldats provenant de 50 pays agissant sous le drapeau bleu. Le Sénégal est actuellement à la tête de cette mission, dont les pays contributeurs les plus importants sont l'Inde, le Pakistan, l'Égypte, le Bangladesh, l'Afrique du Sud et le Népal. La mission a fait 158 morts parmi les soldats de l'ONU depuis 1999.

Le coordonnateur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix de l'Université de Montréal, Étienne Tremblay-Champagne, affirme que l'arrivée d'un contingent expérimenté, bien entraîné et bien équipé comme le Canada «serait la bienvenue» dans cette mission. De plus, les soldats canadiens parlent français. «La MONUC a subi beaucoup de critiques dans les derniers mois parce qu'elle peine à assurer la sécurité des civils», dit M. Tremblay-Champagne.

Depuis une douzaine d'années, ce conflit aux dimensions régionales importantes a fait près de quatre millions de morts et a entraîné le déplacement de deux missions de personnes. La situation est particulièrement problématique dans l'est du pays, dans les Kivus, où les massacres de civils se poursuivent. Cette région, qui échappe au contrôle de Kinshasa, est sous l'influence de milices qui tirent leur pouvoir des pays limitrophes (Rwanda et Ouganda, notamment). Encore récemment, l'Armée de résistance du Seigneur est accusée d'avoir tué au moins 321 civils en décembre 2009 dans le nord-est du pays.

L'ONU souhaite reconfigurer sa mission au Congo. Ainsi, un retrait des Casques bleus de certaines zones plus stables au Sud devrait commencer d'ici septembre, permettant aux soldats de se concentrer dans les secteurs à risques de l'est et du nord-est du pays. Le Canada, qui a une expérience de contre-insurrection en Afghanistan et qui a l'équipement pour faire face à des milices violentes, pourrait y jouer un rôle, fait-on valoir à l'ONU. De plus, le Canada a l'expérience pour former les policiers locaux et entraîner l'armée d'un pays en difficulté.
1 commentaire
  • Le Voyageur - Inscrite 30 mars 2010 07 h 22

    Espérons!

    Espérons que le Canada va le faire: intervenir dans un pays ravagé par la guerre civile et les massacres pendant...une vingtaine d'années! 20 ans et nos médias n'en parlent presque jamais! Pourtant, un génocide a encore lieu au Congo!