Afghanistan: les États-Unis voudraient contourner la motion du Parlement canadien

Le gouvernement Harper répète depuis des semaines qu’il n’a pas l’intention de laisser un seul soldat canadien en Afghanistan après 2011.
Photo: Agence Reuters Shamil Zhumatov Le gouvernement Harper répète depuis des semaines qu’il n’a pas l’intention de laisser un seul soldat canadien en Afghanistan après 2011.

Cruellement à court de soldats-entraîneurs pour former l'Armée nationale afghane, l'OTAN souhaite que le Canada maintienne entre 500 et 600 militaires en Afghanistan après juillet 2011. Ces soldats seraient postés à Kaboul, au camp de formation de l'armée afghane. La demande viendrait de l'administration Obama, via l'OTAN, d'ici la fin de l'année.

Selon des sources anonymes canadiennes et américaines citées par le quotidien torontois The Globe and Mail, Washington pense pouvoir inciter le Canada à prendre ce virage, notamment parce que la motion adoptée par le Parlement canadien en 2008 stipule que la suite de la mission ne sera pas militaire et qu'elle sera concentrée hors de Kandahar. Deux conditions qui seraient respectées si les soldats canadiens sont à Kaboul dans un rôle de formation.

Or, depuis des semaines, le gouvernement Harper répète qu'il n'a pas l'intention de laisser un seul soldat canadien en Afghanistan après 2011. Accéder à la demande de l'OTAN et des États-Unis serait donc un changement de position qui provoquerait un intense débat politique aux Communes. Déjà, le NPD s'oppose à cette idée et le Bloc québécois a marqué son opposition, même s'il préfère qu'il y ait un vote sur cette question. «Toute mission de ce genre dans un pays en guerre doit faire l'objet d'un vote ici», a dit Gilles Duceppe hier.

Au Parti libéral, on refuse de se prononcer, affirmant que le gouvernement devrait d'abord présenter son plan aux députés. «On a été clairs, on veut que la mission militaire prenne fin en juillet 2011. Maintenant, je ne vais pas me prononcer sur des "si". Le gouvernement doit présenter une motion s'il veut changer quelque chose ou s'il a une nouvelle proposition», a soutenu Bob Rae, critique du PLC en matière d'affaires étrangères. Le PLC prendra une décision en temps et lieu, a-t-il dit.

Pas de demande, dit Harper

De passage en Ontario, le premier ministre Stephen Harper a soutenu que son gouvernement n'avait pas reçu la demande américaine et qu'il s'agit de «spéculations». «Nos soldats planifient la fin de la mission militaire en 2011», a-t-il dit, refusant de préciser sa pensée.

Au bureau du ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, on affirme: «Nos ministères examinent le rôle potentiel non militaire pour l'après-2011», a dit la directrice des communications, Catherine Loubier.

La formation de l'Armée nationale afghane est la pierre angulaire de la stratégie de sortie d'Afghanistan des pays de l'OTAN. Lorsque les soldats locaux pourront prendre en charge des provinces et des régions du pays, les forces occidentales vont entamer leur retrait. Or, l'OTAN se plaint depuis des années d'un manque de ressources dans la formation des militaires afghans.

En novembre dernier, Le Devoir révélait que le ministère de la Défense s'attendait à ce qu'on exerce de la pression sur le Canada pour qu'il laisse des soldats en Afghanistan. Le nombre avancé de 600 est toutefois plus élevé que les évaluations des Forces canadiennes. Actuellement, près de 220 militaires entraînent les soldats et les policiers afghans au sein des équipes de mentorat, à Kandahar.