Scientifiques muselés - Prentice nie une directive spéciale

Ottawa — À l'Environnement comme partout ailleurs. Le ministre Jim Prentice a laissé entendre hier en Chambre que le protocole qui interdit aux scientifiques de son ministère de répondre directement aux questions des journalistes n'a rien d'unique et représente plutôt la norme dans le gouvernement.

«Environnement Canada a la même politique de relations publiques que tous les autres ministères au gouvernement du Canada», a lancé M. Prentice durant la période de questions. Il a qualifié «d'allégation grotesque» une question du député libéral David McGuinty faisant état d'un rapport interne d'Environnement Canada où l'on déplore que les scientifiques du ministère ne puissent plus s'exprimer librement dans les médias.

Dévoilé dans certains journaux hier, le rapport indique que le gouvernement a implanté un protocole de relations avec les médias très serré pour les scientifiques. Ceux-ci doivent renvoyer tous les appels directs de journalistes au service des communications, et faire rapport de l'appel à leur supérieur et à leur conseiller en communication. S'ils participent à une conférence où des médias sont «susceptibles» d'être présents, les scientifiques doivent aussi aviser le service des communications.

Si on leur permet de parler à un représentant des médias, les scientifiques doivent indiquer à l'avance les réponses détaillées qu'ils fourniront et rédiger un rapport après l'entrevue. Le rapport montre que la politique a l'effet escompté: les médias font de moins en moins appel à ces scientifiques qui n'arrivent pas à répondre aux questions dans les délais de la presse.

Environnement Canada a calculé que la couverture médiatique de la science des changements climatiques a diminué de 80 % depuis l'entrée en vigueur de la directive, en février 2008. Avec les nouvelles règles, quatre de ses scientifiques renommés ont pratiquement disparu des écrans radars des médias. Cités dans 99 articles pour les neuf premiers mois de 2007, ils n'ont plus été demandés que pour 12 articles durant la même période en 2008.

Selon David McGuinty, il s'agit là d'une «politique délibérée de censure». La députée bloquiste Claude DeBellefeuille a pour sa part dit que «le gouvernement veut tellement nier la réalité des changements climatiques qu'il n'hésite pas à couper les vivres aux scientifiques qui le contestent [une référence à la Fondation canadienne pour les sciences du climat et de l'atmosphère]. Il pousse maintenant la censure jusqu'à museler les scientifiques à son emploi en faisant obstruction à leurs interventions publiques». La critique du NPD en matière d'environnement, Linda Duncan, a exprimé les mêmes critiques.
1 commentaire
  • Malartic - Inscrit 17 mars 2010 14 h 09

    Scientifiques muselés

    Je crois que le ministre Prentice a tout à fait raison d'interdire à ses
    employés de répondre directement aux journalistes. J'ai travaillé dans l'entreprise privé et c'était la norme sous entendue. Imaginez vos employés critiquant vos décision, procédures, méthodes, etc... parfois pas drôles, sur la place publiques!... Les membres d'une équipe peuvent addresser leur doléances à leur supérieurs et s'ils ne sont pas content, ils sont libre de quitter et aller se plaindre ou ils voudront.
    Remarquez que si j'avais à être l'employeur d'une telle personne,
    j'y penserais 2 fois avant de le prendre à bord.
    Désolé pour les journalistes!....