Tous unis autour d'un repas de phoque

Le phoque a été présenté façon rillettes en entrée, puis en longe bardée de bacon doublement fumé, nappée d’une réduction de porto et accompagnée de légumes racines biologiques et d’un pavé de pommes de terre.
Photo: Agence Reuters Chris Wattie Le phoque a été présenté façon rillettes en entrée, puis en longe bardée de bacon doublement fumé, nappée d’une réduction de porto et accompagnée de légumes racines biologiques et d’un pavé de pommes de terre.

Ottawa — Tout le monde y était: le chef libéral Michael Ignatieff, la ministre fédérale des Pêches et Océans, Gail Shea, une caméra de la chaîne française BFM, une équipe de l'émission satirique This hour has 22 minutes, même Miss Terre-Neuve-et-Labrador et sa couronne. Tous ont voulu souligner l'arrivée de la viande de phoque sur le menu du prestigieux restaurant parlementaire à Ottawa. L'événement, hautement symbolique, visait à envoyer un message à la communauté internationale: la classe politique canadienne est unanime à appuyer cette chasse maudite à l'étranger.

La sénatrice libérale Céline Hervieux-Payette a organisé un dîner auquel ont participé une trentaine de politiciens de tous les partis représentés à la Chambre des communes. «On veut envoyer un message aux parlementaires européens», a expliqué la sénatrice. Il s'agit, dit-elle, «de donner un signal très clair que les législateurs canadiens ne changeront pas la législation parce que nous croyons que ces gens-là ont des activités légales et respectent les règlements.»

L'événement a attiré les foules et bien des médias: la salle était à ce point bondée qu'il n'était plus possible d'y circuler. Il a fallu prier certains caméramans de partir, ce qui a fait dire au chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, qu'«il y a plus de journalistes qu'il y a de phoques sur la banquise!».

Devant les caméras, le chef libéral, Michael Ignatieff, s'est fait un plaisir de déguster les hors-d'oeuvre de rillettes de phoque surmontées d'un concassé de mangue parfumé au romarin. «Ça goûte le gibier, comme le caribou, c'est bon!», s'est-il exclamé en ajoutant qu'il s'agit de «consommation symbolique pour appuyer de braves gens». «Nous respectons les animalistes, mais la réalité, c'est que depuis la nuit des temps, les êtres humains ont vécu avec les animaux et ont aussi abattu des animaux.»

Le repas qui a suivi consistait en une longe de phoque bardée de bacon doublement fumé, nappée d'une réduction de porto et accompagnée de légumes racines biologiques et d'un pavé de pommes de terre.

L'ambiance était bon enfant, et c'est de bon coeur que M. Ignatieff et son député Scott Brison se sont prêtés au jeu de l'équipe de This Hour has 22 minutes. À la demande du comédien Mark Critch, M. Brison a goûté un hors-d'oeuvre pour se faire demander: «Est-ce la chose la plus étrange qu'il vous a été donné de mettre dans votre bouche?», provoquant l'hilarité générale.

La ministre des Pêches et Océans a remercié les autres formations politiques. «Cela va paraître étrange, mais j'aimerais dire merci à mes critiques pour leur appui, a lancé Gail Shea. La chasse est une utilisation légitime d'une ressource abondante.»

À la journaliste de la chaîne de nouvelles en continu française BFM, Michael Ignatieff a lancé que «les Européens comprennent très mal l'enjeu pour les communautés pauvres et démunies de Terre-Neuve et du Québec qui ont fait de cette chasse une tradition depuis des siècles».

Il existe une rare unanimité sur la colline parlementaire sur la question de la chasse au phoque. Seul le sénateur libéral Mac Harb s'y oppose. Il a qualifié le dîner d'hier de «gimmick». Le Canada conteste l'embargo européen devant l'Organisation mondiale du commerce.
1 commentaire
  • Maurice Trempe - Inscrit 12 mars 2010 00 h 03

    Commercialisation du Phoque

    Quand les Chasseurs de Phoques vont-ils commercialiser leurs produits dans nos épiceries?
    Est-il normal que des poissons, fruits de mer, et autres produits de différents pays, soient importés et commercialisés dans nos épiceries et poissonneries alors que plusieurs produits de chez nous ne le sont pas?
    Donnons l'exemple, rendons disponible et consommons des produits de chez nous! Après, si nous sommes convaincus que c'est bon, nous pourrons les offrir aux pays étrangers.