Gel du salaire des conservateurs - Une économie d’un maigre million

Le ministre des Finances, Jim Flaherty a entrepris de «vendre» le budget aux Canadiens par une tournée pancanadienne.
Photo: Agence Reuters Geoff Robins Le ministre des Finances, Jim Flaherty a entrepris de «vendre» le budget aux Canadiens par une tournée pancanadienne.

Ottawa — Deux des éléments hautement symboliques annoncés dans le discours du Trône mercredi ont du plomb dans l'aile. Devant le tollé, le gouvernement conservateur renonce à réécrire la version anglaise de l'hymne national. Et on apprend que le gel, annoncé en grande pompe, des salaires des élus, sénateurs et des budgets des bureaux de ministres permettra à peine d'économiser 1 million de dollars.

La feuille de route du gouvernement conservateur, lue cette semaine par la gouverneure générale Michaëlle Jean, contenait de nombreuses promesses accrocheuses. Dans la section portant sur la lutte contre le déficit, les conservateurs s'engageaient à se mettre au régime les premiers.

«Notre gouvernement prêchera par l'exemple et présentera des mesures législatives pour geler les salaires du premier ministre, des ministres, des députés et des sénateurs», était-il écrit au sommet de la liste des mesures envisagées pour parvenir à l'équilibre budgétaire. «Il gèlera le budget global des cabinets des ministres et demandera aux députés et aux sénateurs de faire de même», continuait le discours. Étrangement, le budget du lendemain ne pipait mot des sommes qu'Ottawa entendait épargner ainsi.

Après de nombreuses demandes effectuées par Le Devoir, la réponse est finalement venue hier après-midi: 1 million de dollars par année. Le premier ministre touche un salaire d'environ 310 000 $ par année, les ministres, 225 000 $, les députés, 155 000 $ et les sénateurs, 130 000 $. Il y a 26 ministres et 11 ministres d'État (ils touchent le même salaire), 308 députés, dont le premier ministre Stephen Harper, et 105 sénateurs.

Cette économie de 1 million de dollars, ou de 5 millions d'ici 2014-15, représente une infime part des restrictions budgétaires qu'Ottawa impose à la machine gouvernementale: 0,03 % des 17,6 milliards de dollars coupés.

Le «Ô Canada» intouchable

Le bureau du premier ministre a annoncé hier en fin de journée qu'il faisait marche arrière dans sa volonté de revoir la version anglaise de l'hymne national canadien.

«Nous avons consulté les Canadiens et Canadiennes sur cette question, et ceux-ci se sont exprimés haut et fort: par une immense majorité, ils ne veulent pas ouvrir ce dossier. Le gouvernement n'ira pas plus loin en vue de modifier l'hymne national», a indiqué le porte-parole du premier ministre, Dimitri Soudas.

Le gouvernement entendait changer l'hymne pour qu'il soit inclusif des femmes. En effet, la version actuelle parle des «fils» allant au front qui commandent notre respect. Il était question de le remplacer par une formule neutre. Mais les médias se sont déchaînés: la plupart des journaux ont fait état de ce changement proposé à leur une. Les bulletins de nouvelles ont effectué des vox-pop. Même le Toronto Star, le quotidien ayant le plus grand tirage au pays, s'est fendu hier d'un éditorial endossant les changements.

Cet hymne, composé en 1880 à la demande du lieutenant-gouverneur du Québec pour célébrer la Saint-Jean-Baptiste du 24 juin, a été rédigé par Adolphe-Basile Routhier et mis en musique par Calixa Lavallée. La version anglaise est venue par la suite, mais les anglophones se sont souvent plaints de cette version mal adaptée à la musique et difficile à prononcer. La version anglaise a changé à quelques reprises pour cette raison. Finalement, le Ô Canada n'est devenu l'hymne national du Canada officiellement, par loi, que le 1er juillet 1980.