Les libéraux ne feront pas tomber Harper

Ottawa — Même si l'opposition a été unanime à dénoncer le budget des conservateurs comme inadmissible, le gouvernement minoritaire de Stephen Harper survivra, grâce à l'appui des libéraux.

Le chef libéral, Michael Ignatieff, a fait savoir à la suite du dépôt du document, hier, que ses députés s'opposeraient au budget fédéral, mais pas en nombre suffisant pour renverser le gouvernement. «On va voter contre, dit-il, mais on ne va pas déclencher une élection.»

«J'ai lu le budget. J'ai fait de mon mieux pour trouver quelque chose de bon dans le budget. Je n'ai pas réussi», a-t-il néanmoins déclaré, d'entrée de jeu.

Les leaders libéral, bloquiste et néodémocrate ont tour à tour déploré, en point de presse à leur sortie des Communes, le fait que le budget du ministre des Finances, Jim Flaherty, ne vienne pas en aide aux chômeurs, aux aînés ou à l'environnement.

Mais seul le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a été catégorique sur le fait que ses membres voteraient contre le budget, car ce dernier n'a rien de rentable pour le Québec, selon lui. «Non seulement on ne l'appui pas, assure M. Duceppe, mais on va voter contre.»

Citant au passage le manque d'aide apporté à l'industrie forestière, à l'aéronautique, à l'hydroélectricité, au logement social ou encore à la culture, M. Duceppe a estimé que le budget démontrait «que le fédéralisme n'est pas rentable pour le Québec».

Du côté du Nouveau Parti démocratique, le leader de la formation, Jack Layton, a laissé planer le doute, malgré les questions incessantes des journalistes. Il a affirmé qu'il n'appuyait pas le document, mais il a été impossible de savoir si son parti se prononcera contre le gouvernement au moment du vote.

Quelques minutes après que le chef libéral eut mis fin au suspense en annonçant qu'il sauverait le gouvernement conservateur, le parti a toutefois dépêché son chef adjoint, Thomas Mulcair, pour préciser sa position.

M. Mulcair a ainsi fait savoir, à demi-mot, que les néodémocrates voteraient contre le budget. Mais le caucus du parti doit d'abord en discuter, a-t-il souligné. «Je pense que ça ne requiert pas énormément d'analyse pour comprendre comment je m'oriente», a simplement indiqué le député québécois, après avoir soutenu que le budget fédéral ne prévoyait rien pour les pensions de retraite, les personnes âgées, la création d'emplois et les chômeurs.

L'appui d'un seul parti d'opposition suffit au gouvernement minoritaire pour survivre à un vote de confiance.

Pas d'élections

Pour justifier sa position, M. Ignatieff a soutenu avoir entendu les Canadiens, qui ne veulent pas d'élections pour le moment.

Le chef libéral avait accusé un sévère revers dans les intentions de vote partout au pays l'automne dernier, lorsqu'il a menacé de renverser le gouvernement à la première occasion. Depuis, il se fait plus prudent.

Refusant d'admettre qu'il maintenait les conservateurs au pouvoir parce que son parti n'est pas prêt à affronter l'électorat canadien, M. Ignatieff a argué qu'il préparait plutôt une solution de rechange au gouvernement Harper.

«Étape par étape, nous mettons sur pied une alternative», a-t-il expliqué.

«Et quand cette alternative sera prête, quand les Canadiens verront un choix clair entre des compressions et des gels et des subterfuges, et une alternative qui fait rouler cette économie, qui répond vraiment aux défis de l'emploi et de la croissance, alors peut-être que nous aurons une élection», a détaillé le leader libéral, semblant ainsi reconnaître du bout des lèvres qu'il attendait que sa formation soit en meilleure position dans les sondages.
4 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 5 mars 2010 09 h 02

    Où est l'alternative?

    Diable qu'elle tarde à se manifester cette alternative crédible! Les libéraux semblent toujours croire que le pouvor va leur tomber dans le bec comme le veut la fable. Ce temps-là est révolu! Où est leur programme, leur équipe, leur chef original et emballant? Je ne les vois toujours pas. Les libéraux se comportent toujours comme un club sélect à qui le pouvour est dû d'office. Une attitude bien consternante et stupide!

  • Baker - Inscrit 5 mars 2010 10 h 57

    Ignatief n'est pas l'alternative...

    Combien de temps encore avant que les libéraux réalisent qu'Ignatief n'est pas leur sauveur?

  • moimeme - Inscrit 5 mars 2010 17 h 38

    penser autrement

    peut-etre devrons nous apprendre a penser et agir autrement
    il est révolue le temps des rouges ou des bleus... il est temps de passer a autre chose que les libéraux ou les conservateurs...

  • Pierre Vincent - Inscrit 5 mars 2010 22 h 18

    Le NPD laisse passer une occasion inespérée

    Du jamais vu! Le principal parti d'opposition (le PLC) admet candidement qu'il ne constitue pas (présentement) une alternative au parti au pouvoir (qui n'est pas particulièrement populaire) et voilà que l'aspirant présumé de toujours (le NPD) se cantone dans une timidité exemplaire, au lieu de sauter dans l'arène et claironner "sa" vision alternative. Mais alors, que veut le NPD, ou plus exactement, quelles sont ses ambitions?-- Difficile de ne pas conclure qu'il ne cherche rien de plus que le rôle tranquille d'un figurant vaguement à gauche de l'échiquier politique, bien à l'abri du risque de se laisser entraîner à assumer éventuellement les responsabilités du pouvoir.

    La perspective qui s'annonce est donc la suivante: lorsqu'un jour le PCC "perdra" le pouvoir, ce sera aux mains d'un groupe (le PLC) ou d'un duo (le PLC "appuyé" par le NPD) qui ne se sera pas distingué par son intrépidité, une constatation fort instructive pour le Bloc et pour la majorité des Québécois.