Lutte contre le déficit - La reprise devra être au rendez-vous

Ottawa — Des réductions de dépenses et la fin du plan de relance... mais aussi beaucoup d'espoirs placés sur les effets attendus de la reprise économique: pour sortir du rouge sans couper trop largement, Ottawa fait le pari que la croissance sera au rendez-vous.

Le budget Flaherty d'hier établit en effet que mis à part les sommes économisées avec la fin du Plan de relance économique, le déficit sera comblé à parts presque égales entre les différentes mesures d'économie annoncées hier (17, 6 milliards) et la reprise économique (18,7 milliards attendus d'ici cinq ans).

Par exemple, entre 2010-11 et 2011-12, Ottawa prévoit réduire son déficit de 21,6 milliards. La grande partie de cette réduction est directement attribuable à la fin du Plan d'action économique (15,7 milliards pour cette année financière — il reste au total 19 milliards au plan de relance). Un autre 1,1 milliard viendra des différentes mesures d'économies annoncées hier. Ce qui laisse à la reprise économique le rôle de ramener 4,8 milliards dans les coffres du gouvernement.

L'effet est plus prononcé les années suivantes. En 2012-13, le gouvernement estime que sur la réduction du déficit de 10,1 milliards, 3,1 milliards proviendront de son plan de réduction, et 7 milliards de la reprise économique. Même chose en 2013-14 (5 millions de la reprise, et 4 millions des réductions).

Un plan pour l'équilibre

Globalement, le budget énonce un plan en trois points pour rétablir l'équilibre budgétaire à moyen terme. Selon les chiffres présentés hier, le déficit de 53,8 milliards cette année chutera à 49,2 milliards l'an prochain, à 27,6 milliards en 2011-12, puis à 17,5 milliards, 8,5 milliards et 1,8 milliard (en 2014-15).

Pour atteindre ces objectifs, le gouvernement mise d'abord sur la fin annoncée du Plan d'action économique. Tous les projets financés par le Plan devront être terminés avant le 31 mars 2011. Ajoutée à cela, la croissance des dépenses du gouvernement sera freinée et devrait permettre des économies de 17,6 milliards sur cinq ans.

L'élimination des échappatoires fiscales permettra de récupérer 2,5 milliards. La poursuite des examens stratégiques éliminera quant à elle 1,26 milliard d'ici cinq ans. Habituellement, ces examens permettent aux ministères de déterminer quels sont les 5 % de leurs programmes étant moins prioritaires et moins performants et de «proposer des réinvestissements des économies» trouvées au sein du ministère. Cette fois, le gouvernement demande clairement de ne proposer aucun réinvestissement: l'argent sera coupé.

Ottawa veut aussi économiser 6,8 milliards en cinq ans en limitant les coûts administratifs de l'appareil gouvernemental. Le gel des salaires des députés et des budgets des ministères s'inscrit ici. Puisque les salaires annuels dans l'administration publique vont augmenter de 1,5 % cette année, les ministères devront couper ailleurs pour financer ces augmentations prévues par les conventions.

Si tous les ministères sont visés par cette mesure d'austérité, le gouvernement accorde un traitement privilégié à la Défense. Elle sera assujettie aux mesures de compression des dépenses, indique-t-on, mais son budget continuera néanmoins d'augmenter. Le rythme de croissance sera simplement moins important que prévu. La réduction ne s'appliquera qu'à compter de 2012-13 pour éviter de nuire à la mission en Afghanistan. Par rapport aux annonces antérieures, 2,5 milliards ne seront pas dépensés sur trois ans.

L'aide internationale fait aussi les frais de la lutte contre le déficit. Le budget 2010 de ce secteur est certes bonifié de 364 millions, soit 8 % de plus que l'an dernier, de manière à respecter un engagement pris en 2002 de doubler d'ici 2010 l'aide internationale canadienne, qui s'établit maintenant à 5 milliards.

Mais ce sera la fin de cette promesse d'injecter chaque année 8 % de plus dans le budget de l'aide internationale. Le gouvernement a en effet annoncé hier que ce budget était maintenant plafonné à 5 milliards. Il ne sera pas indexé non plus dans les années à venir. De cette manière, le gouvernement Harper économisera 4,5 milliards d'ici 2014-15.

Finalement, le gouvernement trouvera d'autres millions en faisant un «examen exhaustif des fonctions administratives et des frais généraux de l'État».