Une «régurgitation», dit l'opposition

La gouverneure générale Michaëlle Jean a livré le discours du Trône, hier, au Sénat. Les partis d’opposition l’ont critiqué notamment sur les enjeux de l’environnement, de la crise de l’emploi et du vieillissement de la population.
Photo: Agence Reuters Chris Wattie La gouverneure générale Michaëlle Jean a livré le discours du Trône, hier, au Sénat. Les partis d’opposition l’ont critiqué notamment sur les enjeux de l’environnement, de la crise de l’emploi et du vieillissement de la population.

Ottawa — Deux mois de prorogation pour accoucher d'un «ramassis de vieux trucs»: l'opposition s'est dite vivement déçue hier du manque de vision du discours du Trône.

«On a fermé la porte du parlement pour ça? s'est exclamé Michael Ignatieff au moment où Michaëlle Jean terminait la lecture du discours. C'est ça, une recalibration [des priorités]? Pour moi, c'est davantage une régurgitation.» Selon le chef libéral, le discours d'hier est le «travail d'un gouvernement fatigué qui a fermé le Parlement parce qu'il était coincé par l'opposition.» Il a dénoncé le fait que les conservateurs «essaient de faire passer comme une nouvelle vision pour le pays» ce qui d'après lui est du vieux matériel.

M. Ignatieff en a contre les éléments manquants du discours et les solutions «symboliques» à des problèmes de fond. «Il y a des silences incroyables, a-t-il dit. Il n'y a rien sur l'énergie, rien sur l'environnement, rien pour répondre à la crise de l'emploi. C'est un silence complet sur des enjeux cruciaux. Qu'est-ce qu'ils font avec le défi du vieillissement de la population? Avec la réforme des pensions? Ils nous offrent une Journée des aînés. Je veux bien avoir une Journée des aînés, mais ce n'est pas du sérieux, c'est du symbolique.»

Même constat en ce qui concerne le changement promis au texte anglais de l'hymne national. «Avec respect pour ceux que ça préoccupe, on a des enjeux beaucoup plus importants que ça.» De même que pour le gel des salaires des députés et du budget des ministères: «Ce n'est pas une stratégie de réduction du déficit sérieuse.»

S'il se dit «déçu» du discours d'hier, M. Ignatieff a clairement indiqué qu'il ne fera pas tomber le gouvernement pour autant. «Je n'entends personne crier pour avoir une élection», a-t-il répété.

Gilles Duceppe a pour sa part analysé le discours comme étant une preuve de plus «qu'Ottawa ne répond pas aux besoins et aux intérêts du Québec». La liste des récriminations du Bloc québécois est longue. «Sur le plan économique, ce qui est accordé à l'industrie automobile en Ontario ne l'est pas au secteur forestier au Québec, a dit le chef de la formation souverainiste. On maintient aussi cette date butoir du 31 mars 2011 pour les projets d'infrastructure», alors que les municipalités québécoises réclament une prolongation de cette échéance.

M. Duceppe estime qu'en culture, l'ouverture à l'investissement étranger dans les télécommunications «est contre les intérêts fondamentaux et identitaires du Québec». En environnement, «c'est ce qu'on a vu de pire à ce jour», avec «une réduction des normes». En justice, le discours indique clairement la «volonté d'abolir le registre des armes à feu», dit-il en relevant qu'on «ne parle plus d'un projet privé». M. Duceppe a aussi dénoncé des oublis par rapport à l'assurance-emploi, le supplément de revenu garanti ou l'éducation.

En bref, «ça n'annonce rien de bon» pour le budget, estime Gilles Duceppe.

Le NPD se désole

Le chef du NPD, Jack Layton, n'était pas plus entiché du discours que ses deux collègues. «On est désolés parce qu'il n'y a pas une vision cohérente pour une relance de l'économie et pour la création d'emplois, a-t-il dit. Le gouvernement choisit de continuer les réductions d'impôts pour les plus grandes entreprises au lieu de s'assurer que ceux et celles qui souffrent dans cette récession, notamment les aînés, puissent avoir un peu d'aide.»

Si M. Layton a souligné certains points positifs (l'engagement à s'occuper du dossier des femmes autochtones disparues, notamment), il juge que le gouvernement a généralement fait «les mauvais choix» en ce qui concerne les enjeux clés. «En environnement, ils disent que c'est une priorité essentielle, mais la seule chose qu'ils vont faire est de réduire les règles pour l'exploitation des sables bitumineux et pour aider les grandes pétrolières à réaliser leurs projets. Cela n'a pas de bon sens.»

Le ministre Christian Paradis a quant à lui défendu les décisions du gouvernement et la nécessité de la prorogation. S'il a reconnu que le discours annonçait des assouplissements dans les règles d'évaluation environnementales des projets énergétiques, il a promis que cela se ferait avec un souci de trouver un «équilibre» entre l'investissement et l'environnement.