Même cap, mais autre ordre du jour?

Ottawa — Un gouvernement peut-il remanier son ordre du jour tout en gardant le cap? C'est en tout cas la quadrature du cercle que l'équipe de Stephen Harper entend effectuer, alors que le Parlement fédéral reprend enfin le collier aujourd'hui après un congé forcé de deux mois.

L'activité politique fédérale, entre parenthèses depuis décembre, s'articulera cette semaine autour de deux événements phares: d'abord, un discours du Trône visant à donner au gouvernement conservateur une nouvelle direction — et à justifier du même coup la prorogation contestée; ensuite, un budget tout en continuité qu'on nous promet sans surprise.

Le discours du Trône devant être lu au Sénat cet après-midi par la gouverneure générale Michaëlle Jean, en présence du premier ministre, tranchera avec les quatre précédents. Le gouvernement promet un texte-fleuve de 6000 mots devant durer de 60 à 90 minutes. Rien à voir avec ceux de 2006, de 2007 et de 2008, d'une vingtaine de minutes, et encore moins avec celui de 2009, au style télégraphique, qui tenait sur quatre pages.


Question d'économie

Les porte-voix du premier ministre, qui refusent d'être nommés comme d'habitude, ont indiqué hier que le discours s'intitulera «Un Canada plus fort. Une économie plus forte. Maintenant et pour l'avenir.». La moitié du texte portera sur l'économie, en particulier sur les efforts déjà consentis pour traverser la récession. Il sera aussi question de moyens pour créer les «emplois et les industries de l'avenir». L'autre moitié du discours sera divisée en trois sous-sections: une portera sur la loi et l'ordre, une autre sur les militaires et la troisième sur l'environnement, les autochtones, le Grand Nord et la politique étrangère.

«Cela arrive bien tard», s'est exclamé hier le chef libéral, Michael Ignatieff, à propos de la création de l'économie de demain. Le premier ministre, dit-il, «a commencé [son mandat] en disant que, moins il y a de gouvernement, mieux c'est. C'était l'idéologie du commencement en 2006. Alors, pas d'investissement dans l'avenir des Canadiens. Maintenant, il change de cap et dit: "Ah! on doit investir dans l'avenir des Canadiens. On doit investir dans les technologies et les bonnes choses." C'est bien, mais nous avons perdu quatre ans.»

Le budget de demain, quant à lui, a été présenté comme s'inscrivant dans la continuité. L'entourage de M. Harper a multiplié les assurances aux journalistes sur le fait qu'il ne contiendra pas de nouvelles mesures. Le plan de relance économique, lancé l'an dernier et devant s'étaler sur deux ans, a encore environ 19 milliards de dollars à offrir. La seule surprise viendra probablement de la stratégie d'élimination du déficit.


Gouffre budgétaire

Le gouvernement présentera son plan pour combler le gouffre budgétaire (56 milliards cette année). Seules données connues, le gouvernement s'engage à ne pas toucher à la santé et à l'éducation, donc aux transferts aux provinces, ni au régime de pension des personnes âgées. Il s'engage aussi à ne pas augmenter les impôts (bien qu'il ait annoncé la semaine dernière une augmentation des droits pour la sécurité aéroportuaire qui rapporteront 336 millions de plus par année, en hausse de 87 %). Il entend aussi renouer avec l'équilibre budgétaire en réduisant le taux de croissance des dépenses des divers ministères. La commande est imposante: une fois les intouchables écartés, il reste à Ottawa une assiette de dépenses d'environ 100 milliards de dollars où aller récupérer les 11 milliards (selon Ottawa) ou les 19 milliards (selon le directeur parlementaire du budget, Kevin Page) qui manqueront toujours à l'appel en 2013-2014.

Le chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, suggère d'annuler les réductions d'impôt promises aux entreprises, «comme les banques et les pétrolières», au cours des deux prochaines années, qui feront perdre à Ottawa 6 milliards de dollars par an. «Elles n'ont pas besoin de notre aide maintenant, elles ont reçu beaucoup des gouvernements précédents. Les priorités doivent être l'amélioration du sort des aînés qui vivent dans la pauvreté, les chômeurs qui perdent leurs prestations, la création d'emplois.»

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Avec la collaboration de Guillaume Bourgault-Côté