Forces armées canadiennes - Finie la guerre après 2011?

Photo: Agence Reuters Eduardo Munoz

En juillet 2011, le Canada retirera ses soldats de l'Afghanistan. Que faire ensuite? Quel rôle la force militaire canadienne devrait-elle jouer dans le monde? Une nouvelle étude du Canadian Defence and Foreign Affairs Institute conclut qu'Ottawa a toutes les raisons de revenir à son rôle traditionnel de maintien de la paix au sein des missions de l'ONU, une tâche qu'il a délaissée depuis plusieurs années.

L'étude, dont Le Devoir a obtenu copie, est intitulée Qu'est-il advenu du maintien de la paix? L'avenir d'une tradition. Elle sera rendue publique ce matin. Ce document est l'un des plus complets rédigés sur le sujet au Canada ces dernières années. Non seulement l'étude aborde-t-elle le rôle du Canada, mais elle fait aussi la synthèse des études réalisées dans le monde sur l'efficacité des missions de paix menées sous l'égide des Nations unies. Le document sera d'ailleurs consulté et analysé dans les plus hautes sphères du gouvernement fédéral, a appris Le Devoir, puisque les sous-ministres de la Défense nationale et des Affaires étrangères s'intéressent au dossier.

Le document a été écrit par Jocelyn Coulon, également directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix de l'Université de Montréal, et Michel Liégeois, du département de sciences politiques de l'Université de Louvain, en Belgique.

Mûr pour un nouveau virage

Après huit mois de recherche et de multiples visites dans des pays où se déroulent des opérations de maintien de la paix de l'ONU, les auteurs concluent que le Canada est mûr pour un nouveau virage. Après tout, le Canada a inventé les Casques bleus, en 1956, lors de la Crise de Suez.

«Dans quelques mois, le Canada amorcera le retrait de son contingent militaire en Afghanistan après une décennie de présence, écrivent MM. Coulon et Liégeois. Au cours de ces années, les autorités gouvernementales canadiennes ont préféré engager le Canada dans des interventions militaires hors du cadre de l'ONU et, dans le cas particulier de l'Afghanistan, dans une mission de lutte anti-insurrectionnelle. Ce choix est parfaitement légitime. Mais les Canadiens et leurs élites doivent aussi se rappeler que [Lester B.] Pearson a laissé un héritage dont l'étonnante transformation et la grande vitalité surprennent. [...] Le Canada, fort de cette tradition et de l'expérience exceptionnelle et courageuse de ses militaires en Afghanistan, est dorénavant en mesure de se réengager dans les opérations de paix.»

Le Canada 57e

Le Canada arrive actuellement au 57e rang des pays participant aux opérations de l'ONU (voir tableau), avec 142 soldats ou policiers sous le drapeau des Nations unies. Ottawa, comme plusieurs capitales occidentales, a tourné le dos aux Casques bleus, ces dernières années, préférant multiplier les missions sous la direction de l'OTAN. Aujourd'hui, l'ONU doit se rabattre sur des pays émergents, comme le Pakistan, l'Inde ou le Bangladesh, pour garnir les rangs de ses missions.

Ce désengagement du Canada s'est effectué sans débat public, déplorent les auteurs. Les politiciens et les experts n'ont pas expliqué aux citoyens que la nature de la présence militaire canadienne dans le monde avait changé. Au point que, selon les sondages, la majorité des Canadiens considèrent encore leur pays comme une nation de Casques bleus, alors que la contribution est famélique. «Le refus des Occidentaux en général, et du gouvernement canadien en particulier, de distinguer le maintien de la paix et l'imposition de la paix afin de qualifier leurs interventions militaires est certainement le résultat d'une stratégie politique ayant comme objectif de faire accepter des interventions plus robustes par une opinion publique réticente», écrivent les auteurs.

La fin de la guerre froide

Le point de bascule a lieu au début des années 90, lorsque la guerre froide prend fin et avec elle les conflits classiques entre nations. Les nouvelles missions sont souvent des conflits à l'intérieur des États, où le chaos règne et où s'affrontent des pans entiers de la société. Il n'y a aucun cessez-le-feu en vigueur, et le banditisme est un mode de vie.

Mal adaptée à ces situations, l'ONU a trébuché lors de certaines opérations. «La première moitié des années 90 est une période particulièrement traumatisante pour les opérations de paix de l'ONU en général, et pour le Canada en particulier. La trilogie funeste — Somalie, Bosnie, Rwanda — secoue les consciences dans le monde et affecte directement les Canadiens», peut-on lire dans l'étude. Ottawa accélère alors son désengagement des missions de l'ONU et s'active à l'OTAN, l'alliance militaire qui regroupe ses alliés occidentaux. Le Kosovo puis l'Afghanistan deviennent ses principales missions.

Objectifs atteints à long terme

Malgré les ratés de certaines opérations de l'ONU dans les années 90, les deux auteurs déclarent, après une synthèse de plusieurs études internationales, que plusieurs pays (dont le Canada) ont trop rapidement conclu à l'échec de l'ONU. «La polémique sur l'efficacité ou non du maintien de la paix a-t-elle eu lieu trop tôt? Nous croyons que oui», peut-on lire dans la conclusion.

D'abord, les études montrent que la majorité des opérations de l'ONU ont atteint leurs objectifs sur une longue période. Ensuite, l'ONU a appris de ses erreurs et ne mène plus ses interventions de la même manière.

Les auteurs en veulent pour preuve l'actuelle mission de l'ONU au Liban, la FINUL II. «Son mandat ne s'éloigne guère de ceux des opérations dites traditionnelles, mais à y regarder de plus près, les différences sont considérables, et ce, à tous les niveaux: armement lourd (chars de combat, composante navale, etc.), règles d'engagement renforcées, état-major adapté aux standards de l'OTAN, création d'une "cellule militaire stratégique", non-subordination du commandant de la force à un chef de mission... Le Canada n'a donc plus rien à craindre des nouvelles opérations de paix de l'ONU, d'autant plus que l'expérience acquise par ses troupes en Afghanistan pourrait être d'une grande utilité dans ces opérations où la force peut être utilisée, et la mission et ses effectifs mieux défendus qu'auparavant», affirment les auteurs.

Conscients des transformations en cours à l'ONU, plusieurs pays occidentaux ont récemment donné une nouvelle chance aux opérations de maintien de la paix, soulignent les auteurs. L'Italie et la France, par exemple, ont repris du service. Sans dire que le Canada doit en faire le centre de sa politique étrangère et militaire, MM. Coulon et Liégeois affirment qu'Ottawa, avec sa tradition de Casques bleus, a le profil parfait pour contribuer davantage aux missions de l'ONU et ainsi aider l'organisme à s'adapter aux conflits modernes.

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5 commentaires
  • Delisle-Gagnon,Valérie - Inscrite 2 mars 2010 08 h 59

    fierté

    Quand j'étais petite j'étais fier de savoir que notre armée n'était pas du bord de méchants comme dans le livres mais bien du bord des gentils et de la paix. Je crois que si l'armée Canadienne redevient un peu ce que je voyais d'elle dans mon enfance, moi et plusieurs autres auraient beaucoup moins de mal a s'identifier à ce trop grand pays beaucoup trop de droite pour nos valeurs québecoise socialistes.

  • epervier - Inscrit 2 mars 2010 10 h 06

    Le Canada, fierté?

    J'admirais le Canada pour sa neutralité et le travail magnifique de nos soldats québécois et canadiens à travers le monde.
    Maintenant le gouvernement fédéral a bifurqué misérablement vers d'autres tangentes malicieuses.
    Le Canada se doit de revenir à sa grande tradition d'entr'aide.
    Espérons que nos politiciens sauront s'enrichir d'un raisonnement plus
    modérateur que par le passé

  • michel lebel - Inscrit 2 mars 2010 11 h 29

    L'armée exécute les politiques, ne les fait pas.

    Les conflits, les enjeux changent. Le rôle des forces armées est donc aussi appelé à changer. Revenir au rôle traditionnel des Casques bleus? Peut-être, mais qui peut prédire le déroulement de la scène internationale pour les dix prochaines années?
    Il est à souhaiter que le Canada revienne plus près des missions traditionnelles de l'ONU, que le Canada revienne à l'international à la Pearson. mais on ne peut être sûr de l'évolution des choses. L'armée ne fait pas les politiques, elle les exécute; elle doit être prête à tout.



    Michel Lebel

  • Gilbert Talbot - Abonné 2 mars 2010 12 h 15

    Le contexte géopolitique a changé

    aujourd'hui la menace principale vient davantage des changements climatiques et des tremblements de terre. Dernièrement, l'armée canadienne a été appe;é à soutenir le sauvetage des gens en Haïti. aujourd'hui c'est au Chili que la terre a tremblé plus fort qu'ailleurs. Les inondations les ouragans, la famine sont les plus grandes menaces actuelles. le nombre de réfugiés écologiques augmentent à cou de millions e personnes. C'est là que les armées de la planète devront intervenir e plus en plus. Pour cela, il faudra modifier les équipements et les formations des soldats, des marins et des aviateurs.

    Il y aura sûrement encore des despotes, des tentatives de génocides et des atteintes aux droits des citoyens. Et pour cela, il faudra encore des Casques bleues, mais ce ne sera plus l'aspect principal du travail de l'armée canadienne.

    L'important dans tout cela, c'est que notre armée cesse d'être vu comme l'agresseur, l'envahisseur de pays en guerre civile. C'est l'erreur que nous avons fait en Afghanistan, qu'il ne faut plus répéter.

  • Nicolas Thibodeau - Inscrit 2 mars 2010 15 h 53

    10 piasses hypocrites...

    Il faudrait changer le billet de 10 dollars pour des soldats de l'OTAN avec des champs de pavot... pardonnez, est-ce de l'ironie ou du sarcasme?