Un faucon à la présidence

Le point de départ des tensions qui ont finalement provoqué une crise à Droits et Démocratie, c'est la nomination d'Aurel Braun en tant que président du conseil d'administration en mars dernier.

Aurel Braun, professeur à l'Université de Toronto, est connu dans les milieux universitaires comme un faucon de la cause israélienne. Il a déjà siégé au conseil d'administration de l'organisme juif activiste B'nai Brith. Lors du décès de sa femme, M. Braun a demandé à ses proches de faire un don à l'Association for the Soldiers of Israel, une fondation mise en place pour aider les soldats israéliens à protéger «la terre juive», comme l'indique leur site Internet.

Aurel Braun est un ami très proche de Gerald Steinberg, professeur d'université à Ramat Gan, en Israël, et dont la thèse est la suivante: les organismes non gouvernementaux qui oeuvrent au Proche-Orient utilisent le paravent des droits de la personne pour critiquer Israël et saper son droit d'exister. Les agences internationales comme l'ACDI et Droits et Démocratie leur accordent, déplore-t-il, une légitimité en les finançant. M. Braun a invité Gerald Steinberg à faire une présentation au conseil d'administration de Droits et Démocratie, mais certains membres du conseil ont refusé.

Aurel Braun était en conflit avec le président de l'organisme aujourd'hui décédé, Rémy Beauregard, à propos de trois subventions de 10 000 $ accordées aux groupes al Haq, Bt'selem et al Mazan, engagés au Proche-Orient. «Il s'agit d'organisations très, très vicieuses impliquées dans de viles activités, a-t-il déclaré au National Post. Même en faisant preuve d'imagination, on ne peut les qualifier d'organisations humanitaires.» Il estime que ces organismes sont «liés au terrorisme», ce que les principaux intéressés ont nié avec véhémence dans les dernières semaines (appuyés par plusieurs sommités mondiales en matière de droits de la personne). Cet automne, après d'énormes pressions, Rémy Beauregard a accepté de cesser le financement à ces organismes.

Au printemps dernier, M. Braun avait deux alliés avec lui au conseil d'administration: Elliot Tepper et Jacques Gauthier, un avocat de Toronto qui soutient que Jérusalem Est appartient seulement aux juifs et pas aux Palestiniens (une position qui va à l'encontre du consensus international).

Le trio a accusé M. Beauregard d'avoir obtenu une accréditation au nom de Droits et Démocratie à la Conférence mondiale contre le racisme tenue à Genève en 2009. Cette conférence est la bête noire du gouvernement Harper, qui la juge antisémite et n'y a pas participé. Avant de mourir, en janvier dernier, M. Beauregard a nié avoir fait une telle chose.

Pour appuyer Aurel Braun, Jacques Gauthier et Elliot Tepper, le gouvernement Harper a nommé deux nouveaux membres au conseil d'administration cet automne: David Matas, avocat du B'nai Brith, et Michael Van Pelt, qui dirige l'organisme social chrétien Cardus et qui a déjà été porte-parole du Parti de l'héritage chrétien dans les années 80. Parmi les autres membres du conseil, on retrouve Brad Farquhar, ancien directeur technique du Reform Party et candidat conservateur à Regina lors des élections fédérales de 2008.

Le conseil d'administration devenant de plus en plus agressif sur la question israélienne, deux membres du conseil ont démissionné en janvier pour protester contre ce virage. Un autre a été mis à la porte.

De plus, dans une note interne rédigée par Rémy Beauregard en juin dernier, six mois avant son décès, on apprend que Jacques Gauthier a demandé pourquoi il n'y avait pas de juif parmi les employés de Droits et Démocratie. La réplique de M. Beauregard avait été cinglante. «Il est complètement inacceptable qu'un membre du conseil d'administration s'enquière de l'ethnicité et/ou de l'appartenance religieuse des employés, en particulier dans une organisation des droits de la personne.»

La totalité des employés de Droits et Démocratie ont signé une lettre demandant la démission d'Aurel Braun, de Jacques Gauthier et d'Elliot Tepper pour cause de harcèlement.

Malgré les preuves écrites de cette intervention de Jacques Gauthier, ce dernier a été nommé président par intérim de l'organisme après la mort de Rémy Beauregard. Au moment de le remplacer par le controversé Gérard Latulippe, lundi, le ministre Lawrence Cannon a dit que le profilage ethnique et religieux des employés de Droits et Démocratie serait «inacceptable», mais il a ajouté que rien n'était prouvé.

Et la saga se poursuit, puisque la nomination de Gérard Latulippe — un ancien lieutenant de Stockwell Day à l'Alliance canadienne — est fortement contestée par les employés de l'organisme et les partis d'opposition.
1 commentaire
  • Jean de Cuir - Abonné 27 février 2010 09 h 57

    Belle synthèse

    Bravo. Serez-vous accuser d`être anti-sémite ou plus précisément anti-juif ou anti-Israël?