Aide fédérale - Pas de parti pris en faveur des groupes juifs

Ottawa — Silence radio. La classe politique fédérale n'a pas voulu se mouiller hier à expliquer pourquoi 85 % des fonds d'un programme d'aide aux communautés culturelles a profité à la communauté juive. Tout au plus, le bureau du ministre de la Sécurité publique affirme que les demandes ont été traitées avec équité.

Dans son édition d'hier, Le Devoir a révélé que 85 % des fonds du Programme pilote de financement des projets d'infrastructures de sécurité pour les collectivités à risque sont allés à des groupes juifs, contre 8 % à des groupes musulmans. Ce programme permet aux communautés ayant fait l'objet de crimes haineux de se doter de caméras de surveillance ou encore de grillage.

«Les approbations de projets ont été faites en fonction des soumissions reçues», a indiqué par courriel Christopher McCluskey, porte-parole du ministre de la Sécurité publique, Vic Toews. «Les organismes doivent soumettre une demande, et bien sûr se qualifier, pour recevoir des fonds. [...] Toutes les demandes ont été traitées équitablement.» M. McCluskey soutient qu'Ottawa a reçu plus de demandes de la communauté juive.

Aucun des trois partis d'opposition n'a voulu commenter les chiffres compilés par Le Devoir. La députée libérale Yasmine Ratsani, la première musulmane à être élue à la Chambre des communes, a accordé «le bénéfice du doute» au gouvernement. «Il y a une perception bien établie au sein de la communauté juive d'être l'objet de violence, alors il est possible que la communauté se soit prévalue au maximum du programme.» Elle note que certaines autres communautés craignaient que l'ajout de mesures de sécurité ait pour effet de les isoler ou de rendre leurs lieux de culte difficiles d'accès.

Le B'nai Brith a recensé 1135 cas d'attaque à caractère antisémite en 2008, en constante augmentation depuis 2001. L'organisme n'avait alors recensé «que» 286 cas.