Droits et Démocratie - La nomination de Latulippe ne fait pas l'unanimité

Ottawa — La crise qui sévit à Droits et Démocratie n'émeut pas outre mesure le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon. Celui-ci a réaffirmé hier sa confiance totale dans le conseil d'administration de l'organisme, pourtant conspué par les employés, et a nommé un nouveau président, un ancien collègue politique du ministre et militant de la première heure de l'Alliance canadienne.

Gérard Latulippe entrera en fonction à la mi-mars, après que le gouvernement aura consulté les trois partis d'opposition à propos de cette nomination. On sait déjà qu'Ottawa n'obtiendra pas le feu vert de tous. Le NPD s'oppose à ce choix partisan, le Bloc québécois l'accepte avec des conditions tandis que les libéraux le critiquent. On ne sait pas avec certitude si leur approbation est nécessaire.

Gérard Latulippe cumule une longue expérience en matière de travail sur la scène internationale. Il a été délégué général du Québec à Bruxelles, notamment. Il est à l'heure actuelle directeur résident du National Democratic Institute (NDI) en Haïti. Il était auparavant directeur du NDI au Maroc et a travaillé pour cette même organisation en Jordanie, Libye, Irak, Géorgie, Mauritanie, Côte d'Ivoire, Égypte et au Burkina Faso.

C'est cependant le parcours politique de Gérard Latulippe qui fait tiquer. Il a été ministre libéral provincial sous Robert Bourassa à l'époque où Lawrence Cannon faisait son entrée en politique provinciale. Il a dû démissionner pour des raisons de conflit d'intérêts. Gérard Latulippe a surtout été un militant convaincu de l'Alliance canadienne.

En 2000, il a coprésidé la campagne au leadership de Stockwell Day qui, une fois chef, en a fait son lieutenant québécois. Il s'est présenté à l'élection générale de 2000 dans Charlesbourg contre le bloquiste Richard Marceau. Il a récolté 15 % des voix. En 1994, il s'était dit souverainiste.

Celui qui dirigera la destinée de l'organisme qui se consacre aux droits de la personne s'est déjà prononcé contre le mariage homosexuel, le mariage devant à son avis avoir pour but la procréation. Il s'est aussi prononcé en faveur de la peine de mort dans les cas de «criminels en série».

«Je crois fermement que M. Latulippe est le candidat idéal pour rediriger Droits et Démocratie vers la promotion des valeurs canadiennes telles que la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit», a dit le ministre Cannon dans son communiqué. Est-ce à dire que Droits et Démocratie s'était éloigné de ces valeurs, et si oui, quand? Évasif, le ministre a répondu en conférence de presse qu'il s'agissait d'«un rappel». Il a nié qu'il s'agit d'une nomination partisane.

Le ministre Cannon a d'ailleurs réaffirmé sa confiance dans le conseil d'administration de l'organisme. «Le gouvernement a pleinement confiance dans le conseil d'administration pour gérer la destinée de Droits et Démocratie.» C'est pourtant de ce conseil que se plaignent les employés. Ils en critiquent le président, Aurel Braun, et ses collègues Jacques Gauthier, David Matas, Eliott Tepper, qui ont tous contribué, entre autres, à la réorientation de l'organisme en faveur d'une position plus pro-Israël dans le conflit au Moyen-Orient. Le ministre conserve tous ces gens en poste. Il n'est pas question non plus d'annuler la décision antérieure de M. Gauthier de suspendre trois directeurs.

Le seul reproche émis par le ministre concerne cette enquête effectuée auprès des employés montréalais de Droits et Démocratie. Jacques Gauthier s'était plaint qu'aucun ne soit juif. Le ministre dit ne pas avoir de confirmation qu'une telle enquête ait eu lieu, mais «si c'est le cas, ce serait complètement inacceptable», a-t-il dit.

Un allianciste mal reçu

Les partis d'opposition estiment que le ministre passe à côté du problème, celui de la gouvernance au sommet. «Nous nous opposons à cette nomination qui par ailleurs ne s'attaque pas au vrai problème», indique Paul Dewar, du NPD. Le chef libéral, Michael Ignatieff, n'a pas donné son avis définitif, mais il croit que cette nomination d'un conservateur «empire le problème». Le Bloc québécois voudrait d'abord convoquer M. Latulippe en comité parlementaire pour obtenir son point de vue sur différents enjeux internationaux.

Notons par ailleurs que la haute direction non suspendue de Droits et Démocratie a fait savoir à la firme Samson Bélair, embauchée vendredi, qu'elle ne collaborerait pas à son enquête. Du moins, pas tant qu'elle n'aura pas une explication approfondie, et par écrit, des motifs de cette enquête. «Les conditions nécessaires à une enquête indépendante, équitable et transparente ne sont pas réunies», écrivent les quatre directeurs dans une lettre dont Le Devoir a obtenu copie.

***

Avec la collaboration d'Alec Castonguay
5 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 23 février 2010 07 h 56

    J'ai bien des doutes!

    Ça me paraît mal parti avec cette nomination de Gérard Latulippe. Cette nomination ne semble pas faire l'unanimité. Elle me paraît partisane et l'homme semble sans grande envergure. Je doute donc qu'elle relance l'organisme Droits et Démocratie.


    Michel Lebel
    Ancien professeur des droits et libertés de la personne

  • André Doré - Inscrit 23 février 2010 09 h 17

    Le véritable problème n'est pas réglé...

    "La crise qui sévit à Droits et Démocratie n'émeut pas outre mesure le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon. Celui-ci a réaffirmé hier sa confiance totale dans le conseil d'administration de l'organisme, pourtant conspué par les employés..."

    Je crois que ce ministre ne comprend pas grand chose à grand chose...
    Il dit réaffirmer sa confiance dans le conseil d'administration de l'organisme, mais c'est justement et précisément ce qui fait problème. Il lui fallait limoger ceux qui sont critiqués par TOUS les employés: Braun et les autres qui essaient d'orienter l'organisme en faveur d'une position plus pro-Israël dans le conflit au Moyen-Orient. La simple nomination de M. Latulippe, même si elle était jugée acceptable, n'est pas le remède qu'il faut à ce malade. Il faut extirper le cancer... un point, c'est tout. Où le ministre Cannon a-t-il la tête? D'abord... en a-t-il une? Et si oui, quand va-t-il nous montrer qu'il sait l'utiliser?

  • chcoutu - Inscrit 23 février 2010 11 h 14

    Cannon manque son coup

    J'ai honte qu'un minsitre québécois ne soit pas concient des problèmes que vit l'organisation Droit et Démocratie et les emplois qui sont en jeux. En effet il me semble évident aujourd'hui que le plan des conservateurs est de fermer cette institution et de la remplacer par un organisme partisan allianciste qui sera déménagé plus proche de leur chateau fort en Alberta. Des pertes d'emplois à Montréal suivront et l'image internationale du Canada sera irrémediblement affecté. Je demande à tous les partis d'opositon de refuser cette nomination.

  • Robert Boucher - Abonné 23 février 2010 16 h 56

    ENQUÊTE PUBLIQUE SUR LA MORT DE M. BEAUREGUARD...

    Mme Buzzetti, qu'advient-il de la demande d'enquête publique demandée par la proche famille de M.Beaureguard concernant son décès?
    Robert Boucher

  • Raymonde Chouinard - Inscrite 24 février 2010 10 h 15

    Enquête publique....

    Oui, qu'on déclenche une enquête publique sur les circonstances entourant la mort de M. Beauregard et qu'on pénalise les coupables siégant sur ce conseil d'administration de merde......que les représentant de ce lobby (dont je ne nommerai pas le nom) soient à jamais bannis de nos organismes qu'ils veulent infiltrer pour nous imposer leur vision politique dans la cause israélo-palestinienne; il y a bien assez de Harper qui est en train de se fourvoyer, au grand désespoir des canadiens qui ne partagent pas ses visées politiques.