«NAFTAgate»: l'ex-ambassadeur Wilson a craint de devenir un bouc émissaire

Ottawa — L'ancien ambassadeur du Canada aux États-Unis a craint qu'un membre du gouvernement de Stephen Harper n'ait tenté de faire de lui un bouc émissaire pour une fuite embarrassante lors de la campagne présidentielle de Barack Obama, selon un courriel.

Michael Wilson a été projeté au coeur d'une tempête politique après la fuite d'une note de service diplomatique indiquant que M. Obama ne devait pas être pris au pied de la lettre quant à sa volonté de réformer l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA).

Le 29 février 2008, ABC News rapportait qu'une source proche du bureau de Stephen Harper lui avait confirmé qu'un diplomate canadien avait rencontré un conseiller financier de Barack Obama à Chicago. Ce dernier aurait affirmé que les propos de M. Obama sur l'ALENA devaient être pris avec une certaine prudence.

Dans le même reportage, ABC News citait cette source affirmant que M. Wilson avait exagéré concernant les affirmations du conseiller financier lorsque l'ambassadeur en avait discuté avec Ian Brodie, alors chef de cabinet de Stephen Harper.

Des propos maladroits de M. Brodie à un journaliste de CTV trois jours auparavant avaient déclenché le «NAFTAgate», nom donné à la controverse entourant la position de Barack Obama au sujet de l'ALENA.

L'incident avait soulevé des questions concernant la neutralité du Canada dans la campagne présidentielle américaine. Le gouvernement canadien peinait alors à contenir les dommages, et des courriels internes démontrent que Michael Wilson craignait de devenir un bouc émissaire dans cette affaire.

«Je suis troublé par la manière dont le nom de [Barack] Obama et l'exagération se sont retrouvés dans les médias», a écrit M. Wilson dans un bref courriel envoyé à M. Brodie le jour suivant le reportage d'ABC News, et dont La Presse canadienne a obtenu copie.

«Nous avons protégé avec prudence le contact avec le camp [Obama]. Si l'identité de la source est exacte, soit un proche du bureau du premier ministre, cela est sérieux. Ces propos nous font mal [...].»

«La fuite concernant l'exagération [de M. Wilson sur les affirmations du conseiller financier de M. Obama] crée la perception publique que le bureau du premier ministre est embêté par une nomination hautement politique pour un poste névralgique [celle de M. Wilson]. Cela n'aide en rien ni le gouvernement ni moi.»

Michael Wilson, un ancien ministre des Finances conservateur, a été nommé ambassadeur du Canada aux États-Unis peu après l'arrivée au pouvoir de Stephen Harper, en 2006.

Il avait exhorté Ian Brodie à la prudence dans ses affirmations aux médias.

«Le mal a été fait, mais il est plus important que jamais d'éviter tout autre commentaire [...], avait conseillé M. Wilson dans son courriel.