Droits et Démocratie - Ottawa s'apprête à nommer un nouveau président

Lawrence Cannon va confirmer lundi que la firme d’experts-comptables Samson, Bélair, Deloitte et Touche va éplucher les livres des années 2005 à 2009 de Droits et démocratie.
Photo: Agence Reuters Alfred Cheng Jin Lawrence Cannon va confirmer lundi que la firme d’experts-comptables Samson, Bélair, Deloitte et Touche va éplucher les livres des années 2005 à 2009 de Droits et démocratie.

Le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, nommera dans les prochains jours un nouveau président à Droits et Démocratie. Le processus d'embauche est très avancé et le gouvernement est sur le point de soumettre une candidature aux partis d'opposition, comme la loi l'exige, a appris Le Devoir.

M. Cannon en fera état dès lundi. Si le ministre n'est pas en mesure d'annoncer le nom du nouveau président — des sources précisent que les ficelles ne seront peut-être pas toutes attachées —, il affirmera néanmoins que le gouvernement est très près de trouver un successeur à Rémy Beauregard, décédé le 7 janvier dernier à la suite d'une réunion houleuse du conseil d'administration.

De plus, M. Cannon va confirmer que la firme d'experts-comptables Samson, Bélair, Deloitte et Touche va éplucher les livres des années 2005 à 2009 de l'organisme. La firme devra faire rapport au ministre et au conseil d'administration dans trois semaines. Le document sera rendu public.

Pour l'instant, le ministre Cannon n'entend pas congédier des membres du conseil d'administration, y compris ceux au coeur de la tourmente, mais il pourrait agir si le travail des consultants démontre des problèmes de gouvernance, dit-on en coulisse.

La nomination imminente d'un nouveau président devrait faire baisser la tension au sein de l'organisme, puisque le président par intérim, Jacques Gauthier (aussi au conseil d'administration), est très contesté à l'interne.

Le 12 janvier dernier, les 47 employés de Droits et Démocratie ont signé une lettre pour demander la démission de trois membres du conseil d'administration: le président, Aurel Braun, le vice-président, Jacques Gauthier, ainsi qu'Elliott Tepper. On leur reproche d'avoir harcelé psychologiquement certains employés et d'avoir exercé une pression injustifiée sur Rémy Beauregard, l'ancien président.

En fait, Droits et Démocratie est secoué sur deux fronts, puisque deux membres du conseil d'administration ont démissionné le 8 janvier pour protester contre le virage pro-Israël et sans nuance qu'Aurel Braun et ses alliés au conseil d'administration tentent de faire prendre à l'organisme.

Une interférence inappropriée

Par ailleurs, les partis d'opposition à Ottawa ont demandé hier que le président du conseil d'administration soit démis de ses fonctions pour interférence inappropriée. «Aurel Braun a outrepassé ses fonctions», estime Paul Dewar, le critique du NPD en matière d'affaires étrangères. «ll était complètement inapproprié qu'il dise à Rémy Beauregard qu'il n'aurait pas dû contredire le point de vue du gouvernement.»

En entrevue avec l'hebdomadaire Embassy en avril 2009, Rémy Beauregard, alors président de Droits et Démocratie, avait laissé entendre qu'il avait averti Ottawa des mois à l'avance qu'une loi misogyne était sur le point d'être adoptée en Afghanistan. Les faits sont toutefois plus nuancés, puisque ses propos avaient été pris hors contexte.

Ce qu'il voulait dire, c'est que Droits et Démocratie avait averti Ottawa qu'une loi sur la famille était dans le collimateur et qu'une version rétrograde était considérée, mais le contenu final n'était pas connu. Finalement, le président afghan a endossé la version rétrograde à la surprise de tous, y compris celle des ministres canadiens et des gens de Droits et Démocratie. En comité parlementaire le mois suivant, Rémy Beauregard avait d'ailleurs clarifié ses propos.

C'est sur la foi de cet article d'Embassy qu'Aurel Braun a rabroué Rémy Beauregard lors de la réunion du conseil d'administration en mai. Il n'acceptait pas que M. Beauregard contredise le gouvernement Harper.