L'organisme Droits et Démocratie ferme son antenne de Genève

Les déchirements au Moyen-Orient ont une autre conséquence sur l'organisme canadien Droits et Démocratie: la fermeture de son antenne suisse. Le nouveau président du conseil d'administration, Aurel Braun, n'apprécie pas que le bureau de Genève échappe à son contrôle.

Ottawa — Le conseil d'administration de l'organisme Droits et Démocratie a décidé lundi de fermer sa succursale de Genève, malgré une évaluation très positive de son travail. Son président, Aurel Braun, soupçonnait le bureau suisse d'avoir participé à l'organisation de la Conférence mondiale contre le racisme de 2009, décriée comme étant antisémite.

La haute direction de Droits et Démocratie n'a pas répondu aux demandes d'entrevue du Devoir hier. Selon nos informations, l'exploitation de la succursale suisse de Droits et Démocratie coûte environ 180 000 $ par année. Cette fermeture frustre d'autant plus les employés montréalais de l'organisme qu'une évaluation complétée en décembre conclut que ce pied-à-terre européen répond à des besoins stratégiques. Il permet notamment à Droits et Démocratie, basé à Montréal mais actif sur la scène internationale, de se tenir au courant des développements de l'ONU sur le front des droits de la personne, son Conseil des droits humains étant basé à Genève.

Droits et Démocratie est secoué par une violente crise. Son ancien président, Rémy Beauregard, est décédé d'une attaque cardiaque en janvier à la suite d'une rencontre houleuse avec le conseil d'administration présidé par Aurel Braun. M. Braun et son vice-président, Jacques Gauthier, reprochaient à M. Beauregard un manque de sensibilité pour la cause israélienne. Ils l'accusaient même d'avoir rencontré des représentants du Hamas et du Hezbollah, considérés comme terroristes par Ottawa, accusation qu'a démentie le principal intéressé avant de mourir.

La fermeture du bureau de Genève oppose une fois de plus les employés de l'organisme à leur nouvelle direction. Elle semble elle aussi dictée par le conflit israélo-palestinien, tel que l'indique un rapport d'évaluation du bureau de Genève daté de janvier 2010 et dont Le Devoir a obtenu copie.

Le consultant Pierre Robert rapporte qu'Aurel Braun et Jacques Gauthier voulaient savoir si l'antenne suisse avait «contribué directement ou indirectement, financièrement ou autrement, à la mise en oeuvre de la Conférence de suivi» contre le racisme tenue à Genève en 2009. Le gouvernement conservateur a boycotté cette conférence, la jugeant antisémite, et s'en vante depuis chaque fois qu'il s'adresse à la communauté juive.

Pierre Robert conclut que le bureau européen de Droits et Démocratie n'a pas collaboré à cette conférence et que, de manière générale, MM. Braun et Gauthier devraient trouver dans son rapport des «réponses satisfaisantes de nature à lever les préoccupations exprimées».

Le rapport suggère que la succursale suisse de Droits et Démocratie reste ouverte, mais qu'elle se dote d'un meilleur plan stratégique. Le fonctionnement du bureau coûte 180 000 $ par année, mais sa fermeture n'engendrerait qu'une «fausse économie» parce qu'elle rendrait nécessaire le recours à des consultants presque aussi onéreux. En outre, les employés montréalais de Droits et Démocratie devraient alors se rendre plus souvent à Genève.

Par ailleurs, notons que la démission du nouveau directeur général de Droits et Démocratie, Charles Auger, a été confirmée. M. Auger ne sera resté en poste que quatre jours la semaine dernière. Selon nos informations, Aurel Braun a nommé à ce nouveau poste un membre du conseil d'administration, Marco Navarro-Génie.
1 commentaire
  • Karim Jbeili - Abonné 17 février 2010 10 h 43

    Terrorisme victimaire

    Le terrorisme victimaire continue son oeuvre. Après avoir dévasté impunément le Moyen-Orient, il s’attaque aux institutions démocratiques de l’Occident.
    Dès qu’on est reconnu comme victime on peut se permettre toutes les exactions possibles; on est blanchi d’avance. Qu’on soit Juif, Musulman ou Chrétien, peu importe; on est victime. C’est le nouveau totem de la post-modernité.
    Pour stimuler les papilles gustatives des téléphages il n’y a rien de tel.